"Plus le méchant est réussi, plus le film est réussi". C'étaient les propos d'un certain Alfred Hitchcock. Paroles d'expert et d'un véritable orfèvre en la matière; lui qui a effectivement laissé quelques uns des plus mémorables méchants vus au cinéma.
Nombreux sont les acteurs et actrices à préférer incarner un personnage vraiment malfaisant, extrême, démoniaque, psychotique, retors (liste non exhaustive, rayez la mention inutile...) souvent jugé plus intéressant à jouer. Et de laisser derrière eux des compositions particulièrement mémorables, glaçantes.
Que serait Se7en sans Kevin Spacey alias John Doe ? Inglourious Basterds sans Hans Landa ? Vol au-dessus d'un nid de coucou sans la sadique infirmière Miss Ratched ? No Country for Old Men sans son impitoyable tueur Anton Chigurh ? Le Silence des agneaux sans Anthony Hopkins alias Hannibal Lecter ? Sa performance oscarisée fut d'ailleurs classée, en 2003, première du Top 100 dressé par l'American Film Institute dans son palmarès des plus grands méchants de l'Histoire du cinéma, qui n'est pourtant présent que 16 min à l'écran.
A la 17e place de ce classement d'ailleurs figure bien une des plus grandes compositions de personnages maléfiques vus à l'écran. Celle de Kathy Bates dans Misery.
"God, i Love you !"
"Paul Sheldon écrivait pour gagner sa vie. Maintenant, il écrit pour rester en vie". C'était la géniale tagline du fabuleux film de Rob Reiner; une des meilleures adaptations du prolifique Stephen King, qui mit sur orbite une Kathy Bates absolument terrifiante sous les traits de l'ex infirmière Annie Wilkes. Un personnage oscillant entre illusion totale et profonde tristesse, provoquées par une conscience omniprésente et tragique de son propre état mental.
Une composition magistrale qui a valu à la comédienne l'Oscar de la Meilleure actrice; une grande première pour un film appartenant au genre horrifique. Si Annie la psychopathe admire le génie créateur de Paul Sheldon qu'elle recueille (formidable James Caan) après son accident, elle voue surtout un amour inconditionnel fou à son héroïne romanesque né de son imaginaire, la belle Misery. Elle est même sa raison de vivre. Et l'idée que Paul Sheldon puisse tirer un trait définitif sur la vie de son héroïne préférée lui est tout simplement insupportable...
Castle Rock Entertainment
Souvenez-vous... Lorsqu'elle découvre que son écrivain préféré a essayé de s'échapper de chez elle au lieu de continuer docilement à écrire, elle lui réserve un traitement de choc assez radical. Et vraiment, mais alors vraiment, méchant. On a mal pour lui. "Shhhh darling, trust me ! It's for the best !" Avant que la tortionnaire ne lâche au martyrisé un "God, i Love you !"
Une séquence qui a traumatisé pas mal de spectateurs et spectatrices...
"Quand le livre est sorti, un ami à moi a dit -c'était environ quatre ans avant qu'on fasse le film- : "quand ils feront le film, tu devrais jouer le rôle et Martin Sheen celui de Paul" racontait la comédienne dans un entretien en avril 2025. "J'ai répondu : "ouais, ouais, c'est ça". J'étais venue ici [NDR : à Los Angeles] pour faire du cinéma, mais j'ai fini par jouer beaucoup de pièces de théâtre à la fin des spectacles que j'avais donné à New York". C'est le scénariste William Goldman, qui adapte le roman de King, qui recommanda au réalisateur la comédienne, après l'avoir découverte dans une pièce de théâtre.
Si Kathy Bates s'est largement depuis illustrée au cours d'une très grande carrière, jouant dans plusieurs oeuvres mémorables, elle restera pour l'éternité Annie Wilkes. "On m'a récemment demandé "à quel personnage ressemblez-vous le plus ?" confiait la comédienne, facétieuse. "j'ai dit : "je pense à Annie Wilkes". Je deviens un peu maniaque, puis je peux devenir un peu déprimée. Vous savez, on peut parfois devenir obsédé par quelqu'un de très talentueux".
35 ans plus tard, on n'a pas fini d'être hanté par cette composition aussi terrifiante que géniale...