"En le revoyant, j'ai envie de pleurer" : quand John Carpenter critiquait l'un des plus grands réalisateurs de westerns
Aude Mackau
Aude Mackau
Passionnée de cinéma, Aude a grandi dans les salles obscures tout en tombant amoureuse des séries à côté. Jonglant entre le petit et grand écran, elle se spécialise désormais dans tout ce qui fait l'actualité, de l'anecdote du passé à la dernière info sensationnelle à relayer.
Co-écrit avec :
Corentin Palanchini

Même les légendes du cinéma ne sont pas à l’abri de la critique : John Carpenter n’a pas été tendre vis-à-vis de John Ford, dénonçant son excès de sentimentalisme… et ses erreurs techniques. Découvrez ses propos virulents.

John Carpenter, le réalisateur culte derrière des films comme The Thing ou Christine, n’a jamais caché son avis tranché sur certains grands noms du cinéma américain. Parmi eux, John Ford, souvent célébré comme l’un des plus grands cinéastes du pays, a essuyé les critiques de Carpenter.

Dans un entretien publié il y a plusieurs années, Carpenter n’a pas mâché ses mots : il reprochait à Ford une tendance excessive au sentimentalisme. Selon lui, le réalisateur de classiques du western comme La Prisonnière du désert ou L’Homme tranquille avait un penchant pour l’exagération émotionnelle, notamment lorsqu’il s’agissait de représenter les femmes et les figures maternelles.

Le vaudeville irlandais, je ne supporte plus. Je n’en peux plus de ces scènes où ils dansent. La Prisonnière du désert est un film génial mais il est gâché, vraiment gâché au milieu par le retour, le mariage, le ‘pose ta main sur mon épaule et regardons le feu dans la cheminée’...

Et enfant j’avais aimé L’Homme tranquille mais en le revoyant, j’ai envie de pleurer. C’est tellement sentimental, avec un point de vue d’immigrant, là où Hawks était un réalisateur complètement intégré. (...) Ford sentimentalisait l’Ouest, surtout les femmes, les mères... Bien sûr, dans les coulisses, ce n’était pas comme ça mais c’est ce qu’il montrait”, confiait Carpenter, soulignant que Ford adoptait donc souvent ce point de vue “d’immigrant”, contrastant avec des réalisateurs comme Howard Hawks, qu’il jugeait plus intégrés dans leur narration.

L'Homme tranquille
L'Homme tranquille
Sortie : 22 octobre 2002 | 2h 09min
De John Ford
Avec John Wayne, Maureen O'Hara, Barry Fitzgerald
Presse
5,0
Spectateurs
4,0
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Les défauts techniques de Ford selon Carpenter

Même lorsqu’il reconnaissait la qualité d’un film, John Carpenter ne manquait pas de pointer les défauts techniques. Il critiquait par exemple La Chevauchée fantastique pour des erreurs dans l’utilisation des “stage lines”, des lignes imaginaires essentielles au respect de la règle des 180 degrés en cinéma. Cette règle assure que les personnages restent orientés correctement à l’écran, et Carpenter estimait que John Ford ne la respectait pas toujours.

Bien sûr que je fais l’erreur sur tous mes films, mais ce type était incapable de mettre en scène les stage lines”, disait-il.

Un chef-d’œuvre tout de même

Cependant, Carpenter savait également reconnaître les chefs-d’œuvre. Il qualifiait Les Raisins de la colère de “vraiment génial” et de “son grand film”. L’adaptation du roman de John Steinbeck suit Tom Joad, interprété par Henry Fonda, qui revient dans sa ferme de l’Oklahoma pour découvrir que sa famille a été expulsée par la crise économique. Le récit raconte leur périple jusqu’en Californie, à la recherche d’une vie meilleure.

Malgré son admiration pour certains films, John Carpenter ne pouvait s’empêcher de dénoncer ce qu’il considérait comme le côté trop sentimental de John Ford, un trait qui, selon lui, venait nuire à l’impact de certaines de ses œuvres.

L’Homme tranquille, La Chevauchée fantastique ou encore Les Raisins de la colère sont pour la plupart à (re)découvrir en VOD, ou sinon en DVD et Blu-ray.

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