Récompensé plus de 50 fois au cours de sa carrière, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro est l’un des cinéastes les plus célébrés de sa génération. En 2018, il finit même par décrocher l’honneur suprême en remportant les deux Oscars les plus convoités de l’industrie : celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. La subtilité et le sérieux de son travail sont alors reconnus au plus haut niveau.
En 2023, c’est à la plateforme Netflix que le cinéaste propose son tout nouveau film Frankenstein : un spectacle gothique à l’ambition colossale, nécessitant un budget de 120 millions de dollars, dont il rêvait depuis sa plus tendre enfance. Si le film a été bien accueilli (et beaucoup visionné), la démesure visuelle du projet n’a-t-elle pas entaché la subtilité habituelle du réalisateur ?
Un spectacle uniquement visuel ?
Frankenstein est un film visuellement très riche, qui pourrait être analysé sous beaucoup d’angles différents : le symbolisme caché dans les designs, le travail autour du gothique et sa modernisation, ou encore le rapport de l’Homme à la Nature, dont la créature est en réalité une métaphore quasi-littérale. Tous ces aspects témoignent de la richesse du travail de Del Toro, mais ils n’apparaissent qu’après plusieurs visionnages de spectateurs passionnés.
En revanche, ce qui nous frappe immédiatement devant Frankenstein, c’est le soin apporté au travail des couleurs. Et vous allez voir qu’en étudiant précisément la place qu’occupe l’une d’entre elles dans le film, on réalise que Guillermo del Toro nous raconte en réalité une toute autre histoire que celle à laquelle on pouvait s’attendre.
La couleur rouge
Couleur de l’amour et de la violence, le rouge est aussi la signature de Victor Frankenstein dans le film de Guillermo del Toro. En prêtant attention, vous remarquerez qu’il est en effet le seul personnage à porter cette couleur durant tout le film : ses gants sont rouges, son foulard est rouge, et même sa couverture est rouge.
Netflix
Un détail loin d’être anodin, puisque c’est aussi la couleur préférée de sa mère, emmitouflée dans de longues traînes couleur sang au début du film. Le décès brutal de celle-ci produisant un traumatisme chez le jeune Victor, on imagine sans mal que cette couleur devient pour Del Toro une manière de signifier que le deuil du personnage est encore présent à l’âge adulte. Sauf que vous allez le voir, le réalisateur ne s’arrête pas là.
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Le rouge est également présent en grande quantité lors d’une scène capitale du film : celle où Victor Frankenstein donne finalement vie à sa créature. La table d’opération est entourée de gigantesques piles vertes, qui virent finalement au rouge vif une fois chargées d’électricité. Littéralement, c’est donc la couleur signature de la mère de Victor qui permet la “résurrection”. Et on ne peut s’empêcher de remarquer que la plus importante de toutes ces piles rouges est située au niveau du cœur de la créature, symbole de l’amour.
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Et si l’objectif secret de Victor était en fait, depuis le début, de ressusciter sa mère défunte ? Une intrigue parallèle à celle du film, qui explique l’obsession maladive du personnage pour la résurrection, impossible à justifier par un simple intérêt scientifique. Tout ça raconté uniquement avec la couleur rouge. On vous laisse imaginer si on avait pris le temps d’analyser le vert…
Avec ce Frankenstein disponible sur Netflix, Del Toro confirme donc qu’il est un conteur subtil de grand talent, qui ne s’interdit pas de proposer un spectacle d’envergure quand on lui en donne les moyens. De quoi nous motiver à redécouvrir le film pour en percer de nouveaux secrets !