"Impossible de citer une seule réplique d'Aquaman" : pour James Gray, les grands studios ne font pas du tout les bons choix en matière de films
Corentin Palanchini
Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.

Réalisateur de "La Nuit nous appartient" et "The Yards", James Gray dressait en 2022 un constat pessimiste concernant la prise de risque minimale des studios américains en matière de films, la jugeant nocive pour le médium tout entier.

En 2022, le réalisateur James Gray n'était pas satisfait de la façon dont les films étaient traités par les grands studios américains. Interrogé par Deadline au Festival de Cannes lorsqu'il y présentait en avant-première Armageddon Time, le cinéaste partageait sa vision de l'industrie cinématographique hollywoodienne dans laquelle il ne trouvait plus son compte :

"Vous ne pouvez pas me citer une seule réplique d'Aquaman"

Warner Bros.

"Je trouve que l'industrie du cinéma commet une erreur fatale, récente, mais fatale, qui est de penser : 'ce film n'a pas rapporté une tonne d'argent, donc on ne fait [plus de film comme ça] ; on fait ceux qui rapportent une tonne d'argent'. (...) Pourquoi c'est une erreur fatale ? (...) Quand vous ne faites que des films qui rapportent autant que ça, vous commencez à décourager un certain type de spectateurs d'aller au cinéma. Et vous commencez à faire culturellement disparaître l'importance du cinéma (...)."

"Je n'ai aucun souci avec les films adaptés de comics, j'en ai vu des très bons, je trouve que le second Batman de Tim Burton est un film brillant, Michelle Pfeiffer y est excellente. Ceux qu'ont fait Christopher Nolan, mon ami Matthew Vaughn, le Batman de Matt Reeves... Je sais que de bonnes choses peuvent sortir de ce genre. (...) Mais si je vous dis 'Je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser', vous savez instantanément de quel film ça vient. Vous ne pouvez pas me citer une seule réplique d'Aquaman. C'est impossible (...)."

"Nous devons revenir en arrière"

"Les Oscars le savent : 'Pourquoi les gens se désintéressent et que les audiences baissent ?' Elles baissent parce que nous n'avons pas investi dans l'engagement global avec le produit. Par exemple, je sais que Ice Storm d'Ang Lee n'a pas rapporté un milliard de dollars, mais il a conservé un public large intéressé [par le cinéma]. Nous devons revenir en arrière. Les studios devraient vouloir perdre de l'argent pendant un an ou deux sur des films artistiques. Et à la fin, ils y gagneront, car le grand public reviendra."

Ces propos datent d'il y a trois ans, les trouvez-vous toujours pertinents, adhérez-vous aux réflexions de James Gray sur l'état du cinéma et aux solutions qu'il propose ?

Côté artistique, James Gray vient de terminer le tournage d'un thriller intitulé Paper Tiger, l'histoire de deux frères prêts à tout pour réussir, au risque de s'opposer à la mafia russe. Porté par Adam Driver, Scarlett Johansson et Miles Teller, le film n'a pas encore de date de sortie en France. Autant dire qu'on pourrait tout à fait l'imaginer présenté au prochain Festival de Cannes en mai 2026.

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