Un bon film, c'est aussi une bonne fin ! Mais il y a différents types de fin, et certaines ne conviennent pas à tout le monde. C'est le cas de celle du film Le Lauréat avec Dustin Hoffman, qui possède une conclusion très ouverte qui laisse les spectateurs s'interroger sur sa signification.
Et pourtant, c'est l'une des meilleures de l'histoire du cinéma
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A la fin du film, Benjamin Braddock se rend au mariage de la femme qu'il aime, Elaine, qui s'apprête à dire oui à son fiancé, étudiant en médecine. Surplombant l'église, il hurle le nom de sa bien-aimée, qui, après avoir hésité, s'avoue qu'elle l'aime aussi. "Ben" fait une entrée remarquée en saccageant le mariage et en s'enfuyant avec Elaine en bloquant toute sortie de l'édifice aux nombreux invités.
Les deux amants montent dans le premier bus qui passe et rient aux éclats de leur coup d'éclat, devant le regard noir et pantois des autres passagers, tous relativement âgés, qui les dévisagent. Ben et Elaine se regardent en souriant et se laissent porter par le bus. La caméra les montre tous les deux face caméra, alternant sourire, gêne et regard lointain, le tout sur la chanson The Sound of Silence, qui accompagnait déjà la sublime ouverture du long métrage.
Que comprendre de cette fin ouverte ?
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Elle est évidemment soumise à interprétation, mais c'est la façon dont est filmée toute cette séquence, qui nous aide à la comprendre. Le personnage joué par Dustin Hoffman qui surplombe l'assemblée du mariage est un symbole : celui de la jeunesse qui s'élève et qui contemple le "monde d'avant", celui des conventions et des chemins tout tracés.
En refusant de se marier, Elaine exprime elle aussi son désir d'une autre vie, loin de celle bien rangée à laquelle on la prédestinait. En choisissant Ben et en s'enfuyant avec lui, elle choisit un ailleurs, mais lequel ? Et c'est là que la scène du bus entre en jeu.
La scène du bus : explications
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Le réalisateur Mike Nichols commence par filmer la surprise des passagers du bus pour montrer l'opposition entre la génération précédente et celle des années 60, qui se mobilisera à travers des mouvements contestataires. Puis, le metteur en scène laisse sa caméra tourner alors que la scène est finie, et laisse ses acteurs sans rien à jouer.
Katharine Ross et Dustin Hoffman restent donc figés, parfois le sourire aux lèvres, parfois le regard perdu. Et en gardant cela au montage, Mike Nichols interroge : le rejet du carcan était la première étape, mais ensuite ? Comment construire quelque chose de différent ? Comment ne pas retomber dans la norme une fois le moment de rébellion passé ? Ben et Elaine se sont libérés, mais quel sera leur avenir à présent ? Tout est à faire, et ce ne sera pas facile.
Comme l'ouverture du film nous donnait parfaitement le ton du film et l'état d'esprit de son héros, la fin laisse un goût amer, en demi-teinte, en pointant là aussi avec une lucidité remarquable les défis qu'aura à relever cette jeunesse qui aspire à autre chose. Déjà, la désillusion qui accompagnera tout le cinéma des années 1970 est dans Le Lauréat, et dès 1967. Un film aussi révolutionnaire que visionnaire.
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