Avant même que les dinosaures ne s’échappent ou que le chaos ne s’installe, Jurassic Park glisse un avertissement discret au spectateur. Steven Spielberg sème très tôt un signe presque invisible, mais révélateur : John Hammond, le créateur du parc, n’est peut-être pas l’homme capable de maîtriser un projet d’une telle ampleur.
Ce constat ne repose pas sur une grande scène spectaculaire, mais sur une succession de petites décisions – ou d’erreurs – qui dessinent le portrait d’un patron dépassé. Sous-payer ses employés, négliger la sécurité, croire que l’enthousiasme et l’argent suffisent à tout régler… Hammond incarne peu à peu une forme de naïveté dangereuse. À tel point qu’il frôle parfois le rôle d’antagoniste involontaire.
Un visionnaire déjà dépassé
Spielberg, fidèle à son sens du détail, va jusqu’à illustrer cette idée par un geste anodin. Lors d’une scène tranquille, alors qu’il reçoit Ellie Sattler (Laura Dern) et Alan Grant (Sam Neill), Hammond leur sert du champagne. Or, malgré la présence évidente de flûtes dans la cuisine, il choisit des verres à whisky. Ce choix, qui peut sembler sans importance, en dit long : les flûtes sont conçues pour préserver les bulles et les arômes du champagne. Hammond, habitué à être servi et à ne jamais se poser de questions pratiques, ignore – ou méprise – ce détail. Exactement comme il sous-estime les conséquences de gérer un parc peuplé de prédateurs préhistoriques.
Universal Pictures
Cette lecture du personnage est d’autant plus intéressante quand on connaît l’histoire de son interprète. Pour incarner John Hammond, Steven Spielberg n’a jamais hésité : il voulait absolument Richard Attenborough, absent des écrans depuis quatorze ans après La guerre des otages (1979). Le réalisateur a insisté, allant jusqu’à le supplier : “Je ne vois pas comment je pourrais engager qui que ce soit pour Jurassic Park tant que John Hammond n’aura pas été choisi. C’est le rôle principal et je ne vois personne d’autre que toi pour le jouer.”
À l’époque, Attenborough était surtout concentré sur la réalisation de Chaplin (1992), son biopic consacré au célèbre comédien avec Robert Downey Jr. dans le rôle-titre. Spielberg s’est alors montré particulièrement conciliant, acceptant d’adapter le tournage à son emploi du temps. Une attention qui a profondément marqué l’acteur, lequel n’a jamais caché son admiration pour le cinéaste : “Il est merveilleux, brillant, c’est un génie.”
Universal Pictures
Ce génie se manifeste précisément dans ces choix infimes qui enrichissent la lecture du film. Le John Hammond de Spielberg n’est pas un savant fou ni un tyran, mais un homme extrêmement intelligent, trop idéaliste et trop sûr de sa vision. Le détail du champagne, comme l’ensemble de sa gestion du parc, renforce ce contraste entre ambition démesurée et manque de pragmatisme.
Pour redécouvrir ces subtilités, Jurassic Park est à revoir en streaming sur Prime Video.
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.