Le Diplôme : "La honte doit disparaître"... Clémentine Célarié (Delphine) se livre sur son rôle poignant
Betty Ramez
Betty Ramez
-Cheffe de rubrique TV
Passionnée par les séries depuis toujours, elle aime autant les quotidiennes que les teen shows et rêve d'épouser un jour Pacey Witter.

Dans Le Diplôme, Clémentine Célarié incarne une femme sous l'emprise de son mari et victime de violences. Un rôle fort qui parle beaucoup à l'actrice ! Confidences !

Primée par deux fois au Festival de la Fiction de La Rochelle 2025, la série Le Diplôme vient tout juste d'être lancée sur TF1. L'occasion de découvrir Clémentine Célarié dans un rôle particulièrement poignant.

Interrogée par nos soins, la comédienne est revenue sur le personnage de Delphine et ce qu'il évoque pour elle. Des confidences émouvantes qui devraient toucher les téléspectateurs en plein coeur !

AlloCiné : Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce projet ? J'ai cru comprendre que c'est un sujet qui vous touche personnellement.

Clémentine Célarié (Delphine) : J’avais vu ce documentaire, Vivantes, que je recommande à tout le monde. C’est un documentaire de Claire Lajeunie, diffusé sur Canal+. Personnellement, ayant vécu deux situations de violences différentes et diverses, j’avais tout entassé.

Avec les réseaux sociaux, le buzz et toutes ces chimères, on a parfois peur de parler librement parce qu'on n'a pas envie que ce qu'on dit puisse être récupéré. Je m'étais dit : "Je ne parle pas de ça".

Puis, j'ai vu ce documentaire. Nous, les acteurs, nous sommes des "passeurs". Nous sommes là pour faire passer des émotions et des sujets qui résonnent avec des enjeux de société. Je me suis dit : "Là, je vais le faire". Fanny (la réalisatrice/productrice) me l'a proposé deux fois.

Elle m'avait déjà proposé le rôle d'une femme qui a le cancer dans Les Randonneuses — elle savait que je l'avais eu — et c’est génial de faire ça parce qu’on dépasse la réalité. C’est absolument cathartique, ça transforme les choses.

Cela pourrait faire peur de devoir se reconfronter à toutes ces épreuves...

Non, moi ça ne me fait pas peur. Je pense aux autres femmes. Je me suis dit : "Il faut le faire car c’est urgent". Il faut parler de ces thèmes de façon urgente, ne serait-ce que pour éviter qu’une femme ne soit tuée dans deux ou trois jours sous les coups de son compagnon. Il y en a tellement qui meurent par jour.

Ce rôle est très vrai, très humain. Ce n'est pas du tout anxiogène car c’est la vie, et surtout, il y a cet amour. Le grand problème dans ces situations, c'est qu'il y a de l'amour. On a du mal à croire à l'horreur à cause de cet amour. Quand j'ai lu le scénario, c’était comme un cadeau. Je n'ai pas vécu exactement ce que vit mon personnage, Delphine, Dieu merci, je ne sais pas comment je m'en serais sortie. Mais j'ai nourri l'écriture de ma propre vérité.

J'ai demandé à une autrice : "Pourquoi Delphine disparaît et on ne voit pas ce qui se passe ?". Elle m'a répondu : "Parce que je ne peux pas croire qu'à un moment donné, cet homme l'enfermait." J'ai répondu : "Si. Moi je l'ai vécu. Ça existe."

Il y a des choses qu’on ne peut pas croire, mais qui sont pourtant réelles. Dans la série, l'enfermement de Delphine et la vérité autour de cette intrigue demandaient que le mari soit joué par un acteur très fort et crédible.

C'est dur pour un homme de jouer le "salaud". Charles Berling qui interprète le mari, je l'adore, c'est mon ami. Pour ce genre de scènes, il faut beaucoup s'aimer, se faire confiance et ne jamais avoir peur. Il faut faire la chose et aimer avec beaucoup d'attention.

Comment se sont passés le tournage de ces scènes parfois très violentes ?

Charles a été très attentif. Nous avions des codes. Il me disait : "Si tu dis un mot, ça veut dire stop." Le code, c'était son prénom, "Charles". Si je le prononçais, on arrêtait tout. Je ne l'ai pas dit, mais il y a des moments où je le suppliais d'arrêter. Pour lui, c'était dur aussi. C'est pour ça qu'il est courageux et que c'est un acteur incroyable : il a osé aller dans la monstruosité, parce que c'est monstrueux.

Il y a des séquences très fortes, comme celle avec les papiers. C’est chorégraphié. On ne le "vit" pas au sens littéral, mais je dois aller chercher l'émotion. Un partenaire qui vous met une gifle, ça peut aider à passer dans un certain état, mais on ne veut pas forcément en arriver là.

Quand on joue des alcooliques, on ne se bourre pas forcément la gueule. Ça dépend de l'engagement. Mais là, la mémoire personnelle revient tout de suite. J'y vais à fond pour les femmes qui sont en train de le vivre. On est des vecteurs.

Ce qui me touche énormément, c'est de voir des jeunes femmes regarder les scènes et pleurer. J'allais leur faire des câlins pour leur dire merci de croire en notre jeu, et elles me disaient : "C’est mon histoire". Je leur répondais : "Tu sais, je l'ai vécu aussi."

Il y a cette pudeur qui fait qu'on ne le dit pas tout de suite, mais c'est un truc qui doit partir. Il faut parler. Si un homme vous fout une gifle, il faut s'en aller immédiatement. C'est très dur parce qu'on l'aime, parce qu'on se dit qu'il va arrêter, que c'est complexe, qu'on est sous emprise...

On croit toujours qu'on va le sauver, que l'amour va le sauver. Mais le problème, c'est le premier coup. Ce projet m'a fait tout remonter. Je ne savais pas qu'il y avait autant de femmes touchées. C'est effrayant.

Il y a aussi ce silence social, cette "bourgeoisie" du silence...

Oui, cette forme de bourgeoisie qui consiste à ne pas parler des choses "honteuses". Mais il le faut le dire. En en parlant, on libère la parole, on permet aux femmes de partir plus vite, de ne plus se sentir coupables ou responsables. Il ne faut pas avoir peur d'en parler.

Ça enlève la solitude. Le pire, c'est la honte et de se dire : "C'est ma faute" ou "C’est moi qui le pousse à bout". Non, ce n'est jamais de notre faute si un mec nous tape. C'est dingue qu'il n'y ait pas plus de choses faites pour protéger les femmes.

Dans la série, il y a aussi cet examen, le Bac, qui est très important pour Delphine.

Ce que j'ai aimé dans la série, c'est qu'il y a un "dehors". Dehors, c'est une protection. Le Bac, c'est un cadre. C'est important pour le personnage parce qu'elle veut se respecter elle-même, d'abord pour son mari, puis pour elle. C’est une émancipation par la culture et l'éducation.

J'ai rencontré Marie-Laure de La Rochejaquelein qui disait qu'il faut que les femmes travaillent, qu'elles soient indépendantes pour pouvoir partir. Le Bac, c'est l'accès à l'autonomie. Delphine veut sortir de cette maison qui est un "tombeau" chic et bourgeois où l'on fête des anniversaires de mariage alors que c'est affreux à l'intérieur.

Votre personnage se lie aussi avec Leïla (Camille Lellouche). Comment leur relation va-t-elle évoluer ?

Je ne peux pas trop en dire, mais leur relation évolue très bien. Elles se rencontrent dans leurs difficultés. C'est la solidarité féminine induite, pas appuyée. J'adore Camille, elle est merveilleuse. On a tellement rigolé toutes les deux !

Elle a beaucoup d'autodérision, elle est très sincère. Delphine est enfermée dans sa bourgeoisie où on ne dit rien, alors que Leïla est une guerrière. On va se rapprocher, et là, il n'y a plus de classe sociale, juste deux êtres humains qui se soudent.

Il y a aussi ce voisin qui semble comprendre ce qui se passe...

Je ne peux pas trop en dire non plus, mais il participe au fait qu'à un moment, Delphine va devoir réagir. Ce que j'aime, c'est qu'il y a une fausse piste au début, on croit que c'est lui le danger. C'est extrêmement bien écrit.

Delphine fait aussi un exposé sur l'emprise. Est-ce le moment où elle réalise sa propre situation ?

Je pense que c'est un mélange étrange. Elle veut en parler tout en restant extérieure à la situation, mais en se faisant piéger. C'est une façon de dire "C'est ça" sans dire "Je le vis", parce qu'elle a cette pudeur. La pudeur, c'est beau, mais il y a des sujets sur lesquels il ne faut pas être pudique pour faire avancer les choses.

Ce moment de l'exposé m'a rappelé le jour où j'ai embrassé un homme séropositif. Ça m'avait dépassée, je ne pouvais pas faire autrement. Je pense que Delphine, là, ne peut pas faire autrement non plus. Le sujet et les émotions la guident.

C'est une libération, même si les autres ne voient pas encore que c'est elle qu'elle décrit. C'est chouette de parler de tout ça, je pense aux autres femmes. Il faut parler de façon combative et joyeuse, parler de la vie telle qu'elle est.

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