Il y a 10 ans, je recevais un mail de Netflix me proposant de découvrir en avant-première leur dernière production américaine afin de leur donner mon avis. Sur le papier, Stranger Things est tout ce que j’aime : une ode aux années 80, une vibe à la Spielberg / J.J. Abrams, un groupe d’enfants en héros…
C’est un coup de cœur. Lorsqu’on me propose de rencontrer dans la foulée Millie Bobby Brown - inconnue au bataillon - j’accepte avec un enthousiasme non feint. La jeune fille de 13 ans m’apparaît enjouée au téléphone, riant aux éclats entre deux gorgées de boisson gazeuse et à chaque fois que le chien de la famille vient nous interrompre.
Rien, absolument rien, n’aurait pu me faire dire que Stranger Things allait devenir le phénomène qu’il est aujourd’hui et que j’allais clore ce chapitre, avec des millions d’autres fans, 10 ans après. Et rien n’aurait pu prédire la déception que la dernière saison allait m’apporter.
Une saison 5 aussi trouée qu’un gruyère
Tout avait pourtant bien commencé avec une partie 1 plutôt intéressante, malgré quelques redites. La scène finale de l’épisode 4, qui révèle les pouvoirs de Will, m’a laissé bouche-bée. Mais pas autant que la révélation de la saison 4 de Stranger Things autour de Henry/001/Vecna. Les créateurs de Stranger Things n’ont jamais, à mon sens, réussi à atteindre ce même niveau d’émotion et de tension.
La partie 2, diffusée au lendemain de Noël, n’était ni faite, ni à faire : une intrigue au point mort, des incohérences à gogo, aucune explication intéressante sur le lore de Stranger Things, un manque d’enjeux évident. Et surtout, une écriture des personnages désastreuse. Il est clair à ce stade que la stratégie de Netflix de couper la saison 5 en trois parties l’a desservie. Mais on se dit que le final de 2H, présenté par certains comme l’une des meilleurs fins de série de tous les temps, va remonter le niveau.
J’ai bien ri (jaune), le 1er janvier, à 4h du matin, lorsque j’ai éteint mon ordinateur après avoir passé mes derniers moments à Hawkins. C’est un mélange de tristesse, de nostalgie et de colère que je ressens alors.
Je suis contente que tous les héros aient survécu, même si c’était assez évident. Je comprends également la vision des créateurs : Stranger Things est une ode à la jeunesse, aux derniers moments de l’enfance qu’on passe ensemble. La série est une partie de Donjons et Dragons IRL qui touche à sa fin et chacun doit aller de l’avant. Nous aussi.
Mais la série n’a pas respecté ses fans. La saison 5 est aussi trouée qu’un gruyère et on peut lister facilement une quarantaine de questions laissées en suspens à la fin de l’épisode 8, compilées dans la vidéo ci-dessous :
Comment les scénaristes de Stranger Things, qui ont eu trois ans (!!) pour faire la saison 5, 650H de rushes et un budget conséquent, ont-ils pu passer à côté d'autant d’incohérences ? Ce qui m’attriste le plus, c’est que les frères Duffer ont répondu à certaines de ces questions dans des interviews et leurs réponses sont toujours décevantes. Par exemple :
Pourquoi Joyce et Hopper n’ont-ils pas reconnu Henry de la pièce de théâtre ? Leur réponse ? Ils ont sûrement eu cette discussion à un moment donné en off.
Où sont les Démogorgons et les Démochiens lors du combat final avec Vecna, sachant qu’ils sont originaires de la Dimension X ? Leur réponse ? Ils n’étaient pas là parce que Henry a été pris par surprise. Ce qui est étonnant quand on sait qu’il utilise Will comme espion et qu’ils sont connectés. Il est également entré dans la tête de Hopper et d’Eleven, il doit donc savoir ce qui l’attend…
6 minutes de combat et puis sans va
Mais la plus grande incohérence de Stranger Things n’est-elle pas finalement l’existence même du flagelleur mental ? Il a fallu deux saisons à nos héros pour se débarrasser de cette créature venue de la Dimension X après qu’elle a fait beaucoup de dégâts à Hawkins (RIP Billy). Et se dire qu’ils ont réussi à l’achever en quelques minutes à coup de fusils à pompe et de couteaux, on se dit qu’il y a un problème quelque part.
Finalement, le combat contre Vecna/le flagelleur araignée n’aura duré que 6 minutes. Soit autant de temps que la scène de coming-out de Will. Quand on sait que cette séquence finale devait marquer l’apogée de Stranger Things et justifier le budget délirant de la saison 5, la déception est présente.
Je vais être honnête : je m’attendais à mieux, beaucoup mieux. J’ai lu des théories de fans qui étaient mieux écrites et pensées que la fin de Stranger Things. Les Duffer voulaient éviter l’effet Game of Thrones, je pense que malgré eux, ils ont fait la même chose.
En 10 ans, Stranger Things a perdu l’innocence et la légèreté des premières saisons. C’était peut-être inévitable, les enfants ayant énormément grandi entre-temps. L’erreur a peut-être été d’avoir mis autant de temps entre l’écriture et le tournage.
Mais ce que je retiens surtout de cette folle aventure, c’est la façon dont les fans se sont emparés de Stranger Things, se la sont appropriés, pour en faire une série intergénérationnelle et presque immortelle.
Si je clos ce chapitre un peu frustrée, je n’ai pas été déçue du voyage. Devant cette série Netflix, j’ai ri, pleuré, échangé de folles théories, fais des arrêts sur image pour voir le moindre détail caché et applaudi le génie des frères Duffer. De leur passion pour les jeux de rôle et la culture des années 80 est née une véritable déclaration d’amour à une époque révolue. Et ça nous a tous fait du bien. Alors merci Stranger Things et merci Netflix.
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.