Ça parle de quoi ?
Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.
Shakespeare in Loss
À l'origine du nouveau film de Chloé Zhao, revenue de son escapade dans le Marvel Cinematic Universe, il y a un roman signé Maggie O'Farrell, publié en 2020 et qui a donné lieu à une adaptation théâtrale. Mais le vrai point de départ de cette histoire remonte à bien plus loin, et plus précisément au mois d'août 1596, lorsque William Shakespeare et sa femme Anne Hathaway ont fait face à la mort de leur fils Hamnet, alors âgé de 11 ans, et dont le décès serait lié à la peste bubonique. Quelques années plus tard, le Barde s'est emparé d'une pièce déjà existante autour d'un personnage nommé Hamlet dont il a tiré sa propre version, apparaissant lui-même sur scène lors des premières représentations.
De là à penser que "Hamlet", avec son fils fantôme et son histoire de vengeance, a été écrit par William Shakespeare en réaction à la mort de son Hamnet, il n'y a qu'un pas... qui n'a jamais pu être officiellement franchi, malgré les éléments de la pièce qui tendent à confirmer cette théorie dont Maggie O'Farrell s'est emparée, avant que Chloé Zhao ne lui emboîte le pas, le temps d'un film produit par Steven Spielberg et Sam Mendes que la réalisatrice, oscarisée en 2021 grâce à Nomadland, a bien failli ne pas faire. La rumeur disant même qu'elle avait d'abord refusé le projet.
"J'ai dû attendre que les réponses se présentent à moi"
"Tout ceci m'a échappé", nous répond-elle en riant. "Ce n'est pas que j'ai refusé mais, pour tout vous dire, j'étais en train de conduire dans le désert du Nouveau-Mexique, où le réseau est très mauvais, quand Amblin [la société de production de Steven Spielberg, ndlr] m'a appelée. Il n'y avait pas donc pas l'espace pour une conversation. Tout ce que je savais, c'est qu'il s'agissait de Shakespeare et sa femme, de la perte de leur fils, et d'un film historique. Donc ma première réaction a été de demander pourquoi moi."
"Je ne comprenais pas ce qu'ils voyaient en moi, ce qui faisait de moi la personne idéale pour réaliser ce film. Et je n'ai pas pu entendre grand-chose de leur explication à cause du réseau, donc je leur ai dit que je ne me voyais pas faire le film. Mais tout a bougé lorsque j'ai rencontré Paul et Jessie, et que j'ai lu le livre. Je n'ai donc pas refusé, j'étais confuse. J'ai dû attendre que les réponses se présentent à moi."
Universal Pictures International France
"Paul et Jessie" pour Paul Mescal et Jessie Buckley, acteurs parmi les plus en vue du moment qui ajoutent une très belle ligne à des CV qui n'en manquaient alors pas, en s'emparant respectivement des rôles de William Shakespeare et de sa femme Agnes. Pas Anne, alors qu'il s'agit de la même personne que dans l'histoire vraie. Un changement qui ne traduit en aucun cas une volonté de prendre des libertés avec cette réalité jamais avérée, car l'explication réside dans ce carton qui ouvre le long métrage et nous explique que "Hamlet" et "Hamnet" étaient deux variantes du même prénom à l'époque à laquelle se déroule le récit.
Le titre du livre de Maggie O'Farrell et du film que Chloé Zhao ne contient donc pas de faute d'orthographe, pas plus qu'il y a eu une erreur au sujet de l'épouse du dramaturge, parfois appelée Agnes et pas Anne (dans le testament de son père notamment), les deux orthographes renvoyant alors au même prénom. Mais peu importe comme on l'appelle, c'est elle qui est au coeur de ce long métrage qui n'est pas un Shakespeare in Love (ou in Loss dans le cas présent), multipliant les références à "Hamlet" pour nous expliquer le pourquoi du comment.
Être ou ne pas être en deuil
Mêlant le rapport organique de Chloé Zhao à la nature avec une émotion vive, bien aidé par ses comédiens sur ce plan, Hamnet n'accorde finalement qu'une petite place à l'écriture et la représentation de "Hamlet", prenant le temps de commencer par la naissance de leur amour avant cette épreuve. Le drame est ainsi plus fort et l'ensemble plus universel. Car, sous couvert d'Histoire et de théâtre, il s'agit avant tout d'un long métrage sur le deuil, la manière de le surmonter et, dans le cas présent, la force cathartique que revêt l'art dans ce type de situation.
Plus le temps passe et plus Hamnet nous happe, jusqu'à nous bouleverser au cours de sa toute dernière scène, grâce notamment à ce geste final d'Agnes, jouée par une Jessie Buckley habitée qui a tout d'une magnifique lauréate de l'Oscar de la Meilleure Actrice, elle qui a déjà remporté un Golden Globe et un Critics Choice Award. L'année cinéma ne fait certes que commencer, mais on tient déjà l'un de ses sommets d'émotion, et il va sans doute falloir faire très fort pour l'égaler ou le surpasser.
Propos de Chloé Zhao recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 11 décembre 2025
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