Ça parle de quoi ?
Russie, dans les années 1990. L’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur 'Tsar' Vladimir Poutine.
Plongé au cœur du système, Baranov devient un rouage central de la nouvelle Russie, façonnant les discours, les images, les perceptions. Mais une présence échappe à son contrôle : Ksenia, femme libre et insaisissable, incarne une échappée possible, loin des logiques d’influence et de domination.
Tsar à domicile
Pour beaucoup, Le Mage du Kremlin sera "le film dans lequel Jude Law joue Vladimir Poutine", et cela peut se comprendre : même s'il occupe une place très secondaire dans ce récit étalé sur trois décennies, l'acteur anglais est glaçant sous les traits de l'actuel Président russe, et il y a même une petite ressemblance à laquelle on ne s'attendait pas forcément lorsque le casting a été révélé. Mais le personnage principal du nouveau film d'Olivier Assayas, qui ajoute un titre de plus à sa collection de thrillers politiques internationaux après Cuban Network et surtout Carlos, est celui incarné par Paul Dano.
Soit Vadim Baranov, artiste devenu producteur de télé-réalité à l'aube de la chute du bloc soviétique, avant d'être le conseiller d'un certain Vladimir Poutine, alors ex-agent du KGB. Donc l'homme qui, en coulisses, a favorisé son ascension vers ce fauteuil de Président de la Fédération de Russie sur lequel il est assis depuis le 4 mars 2012, ce qui lui a valu d'être comparé à Raspoutine et de gagner le surnom de "Mage du Kremlin", titre du roman de Giuliano da Empoli paru en 2022 et aujourd'hui transposé au cinéma, le temps d'un film qui permet de comprendre un peu mieux le monde dans lequel on vit.
"Vadim Baranov est fictif, mais inspiré de personnes ayant existé"
Non sans prendre quelques libertés avec les faits historiques. Comme dans tous les films qui s'aventurent sur ce terrain, nous direz-vous. Mais Le Mage du Kremlin va un peu plus loin : "Le personnage de Vadim Baranov est fictif, mais il est inspiré de personnes ayant existé", nous précise en effet Paul Dano. S'il y a bien eu un écrivain appelé Vadim Baranov dans l'Histoire de la Russie, celui du livre et de son adaptation cinématographique s'inspire en grande partie de l'homme politique Vladislav Sourkov, principal conseiller politique du Kremlin au cours des années 2000, qui a joué un rôle majeur dans l'accession de Vladimir Poutine au pouvoir.
Si vous vous demandiez si Le Mage du Kremlin était tiré d'une histoire vraie, la réponse est donc : oui et non. "Ce que j'ai aimé dans le scénario, que j'ai lu avant le livre, c'est la fenêtre qu'il ouvrait pour moi sur un monde que je ne connaissais pas et sur lequel il lève le rideau. Ce monde qui a un grand impact sur nos vies et nous permet d'observer la politique moderne à travers l'exemple de la Russie, sans ne parler que de la Russie, car nous avons vu ces outils utilisés ailleurs, et notamment dans mon pays, les États-Unis. C'était une lecture captivante, et je me suis dit que si je voulais être acteur, il fallait que je fasse ce film."
Gaumont
"Jouer Vadim Baranov était alors très différent de Brian Wilson [chanteur des Beach Boys qu'il a incarné dans Love & Mercy, ndlr], envers qui je ressentais une responsabilité car il était toujours vivant et impliqué dans le projet. C'est quelqu'un que je voulais honorer de la meilleure des façons, et le mieux, pour y parvenir, c'est de capturer son esprit ou son âme autant que vous le pouvez. Pas en faisant une imitation, car on parle d'un artiste de très haut niveau, auquel on veut rendre justice. Mais c'était différent ici, car on parle d'un personnage fictif, même s'il est inspiré de personnes réelles."
"Le scénario a été ma bible, le livre de Giuliano un peu aussi. L'histoire personnelle de Vadim est ainsi très différente de celles de l'une des personnes dont il est inspiré donc, en tant qu'acteur, je dois faire avec ce qui m'a été donné. C'est important pour construire un point de vue : son grand-père est tombé sous les Bolchéviks, son père sous le communisme, donc mon personnage ne veut pas subir le même sort à son époque, il veut en faire partie, c'est aussi simple que cela. Son énergie est très différente de celle d'un homme comme Sourkov, l'un de ceux qui l'ont inspiré."
"Je me suis parfois senti mal à l'aise"
Ce n'est pas pour autant que Paul Dano s'est déconnecté de la réalité autour de laquelle gravite le long métrage d'Olivier Assayas : "Il y a des jours, sur ce tournage, qui ont été difficiles, à cause du sujet et de ce qu'il se passe toujours en Ukraine. Je me suis parfois senti mal à l'aise." Et il y a fortes de chances pour que vous ressentiez la même chose devant ce Mage du Kremlin, également incarné par Jeffrey Wright et Alicia Vikander, tout en étant pris dans ce film-fleuve qui couvre trois décennies et aide à mieux comprendre la Russie et le monde d'aujourd'hui.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 12 janvier 2026
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.