C'est l'une des meilleures scènes d'action du cinéma : il y a 19 ans, son réalisme sec et nerveux a surpris des millions de fans
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

En 2007, cette séquence d'action a fait transpirer des millions de fans, cassant les codes du genre avec fracas ! Retour sur une des bagarres les plus hallucinantes du 7ème art !

Jason Bourne (Matt Damon), les sens en alerte, aperçoit son adversaire au loin. Ce dernier est employé pour le tuer, lui et l'agent de la CIA Nicky Parsons (Julia Stiles). Mais il y a un problème : l'ennemi est dans l'immeuble d'en face, prêt à bondir sur la jeune femme.

Sans réfléchir une seule seconde, Bourne prend de l'élan, court à toute vitesse, prend appui sur la rambarde et s'élance dans le vide ! Dans un fracas assourdissant, il passe à travers la fenêtre, brisant la vitre en mille morceaux, et atterrit sur ses deux pieds.

Le tueur, pistolet chargé, se met à tirer dans sa direction. Pas d’hésitation, pas de pause héroïque : Jason Bourne entre dans le combat avec acharnement. Les corps s’entrechoquent, les coups fusent, c'est sec et nerveux, loin des combats qu'on a l'habitude de voir au cinéma.

Paramount

Un combat sec et nerveux

Ce n’est pas une chorégraphie élégante façon arts martiaux hollywoodiens. Non. C’est sale, brutal, viscéral. Deux prédateurs enfermés dans une cage trop petite. La caméra accompagne l'action comme elle peut, dans des secousses qui nous prennent aux tripes.

Les coups sont courts, secs, précis. Chaque objet devient une arme : murs, meubles, cadres, tout y passe. Jason Bourne ne se bat pas pour épater la galerie, il se bat pour survivre. Il anticipe, détourne, frappe là où ça fait mal. On sent qu’il connaît ce type : même entraînement, même instinct, même violence contenue.

La bagarre se poursuit dans une salle de bain exigue ; la caméra est toujours nerveuse, collée aux corps. On ressent chaque impact, chaque parade de Bourne quand il tente d'éviter le tranchant d'un rasoir dont s'est emparé son ennemi.

Il n'y a pas de musique héroïque pour nous tenir la main, juste le souffle, les grognements, le verre brisé et le chaos. C'est presque animal, avec deux ombres qui s’annulent, jusqu’à ce que Bourne prenne l’ascendant, par intelligence autant que par rage.

Quand le combat se termine… pas de triomphe. Juste un silence lourd. Le héros est épuisé, mais doit continuer sans perdre de vue son objectif. Cette scène, c’est Jason Bourne résumé en quelques minutes : efficacité absolue, violence réaliste, tension maximale. Du cinéma d’action brut, sans fioritures, qui a totalement redéfini le genre dans les années 2000.

Une scène d'action avant-gardiste

Cette séquence provient du 3ème épisode de la saga, La Vengeance dans la peau, sorti en 2007 et réalisé par Paul Greengrass. 5 ans auparavant, Bourne avait fait une entrée fracassante dans le 7ème art, dépoussiérant totalement à la fois les chorégraphies de combats, mais aussi la manière de les filmer. En 2006 par exemple, Casino Royale s'inspirera directement de Jason Bourne pour moderniser l'agent 007, avec un James Bond beaucoup plus réaliste et brutal.

La Vengeance dans la peau
La Vengeance dans la peau
De Paul Greengrass
Avec Matt Damon, Joan Allen, David Strathairn
Sortie le 12 septembre 2007
Presse
3,6
Spectateurs
4,0
Streaming

Ici, pas d'effets d'esbroufe, pas de musique pour signifier le moment "cool", c'est simple, direct, authentique. Les deux hommes frappent pour neutraliser, pas pour briller. On ressent immédiatement que chaque erreur peut être fatale. Résultat : on y croit vraiment. Et quand le spectateur y croit à fond, ça marque de manière spectaculaire.

De plus, la bagarre possède un enjeu narratif majeur. Jason Bourne est face à son miroir. L'adversaire n’est pas un simple méchant classique à éliminer et passer au suivant. C’est un autre Bourne : même formation, mêmes réflexes, même froideur. Cette scène devient alors plus qu’un combat ! C'est Bourne contre ce qu’il aurait pu devenir s'il n’avait pas cherché la vérité. Ça donne une dimension tragique au duel.

La révolution dans la peau

Comme évoqué plus haut, la mise en scène du combat est aussi révolutionnaire à l'époque. La caméra tremble, reste collée aux corps, refuse la distance confortable. C'est volontairement "illisible" car le réalisateur ne veux pas qu'on "regarde" la scène, il veut nous faire entrer dedans, qu'on la vive de l'intérieur. Chaque impact semble réel, chaque mur trop proche. Cela crée une tension physique rare dans le cinéma d’action.

Quand ça se termine, le spectateur n'est pas euphorique. Cette scène nous met sous tension, on en ressort presque vidé. Et c’est précisément pour ça qu’elle reste en mémoire : elle frappe autant la tête que les tripes. Entre James Bond, John Wick ou encore The Raid, la saga Jason Bourne aura influencé de nombreuses autres franchises d'action ; elles reprendront cette mise en scène impactante pour la transcender et y apporter de plus en plus de modernité.

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