Mickey et Mallory Knox forment un couple détonnant : jeunes et éperdument amoureux l'un de l'autre. Ils sont également les assassins les plus sauvages de la société américaine. Tenant la police en échec, ils deviennent grâce aux médias des figures populaires dont ne cesse de parler la radio, la Presse et surtout la télévision. Grâce à l'entremise d'un animateur TV aussi frénétique qu'obsédé par la course à l'audimat et la recherche du scoop, leur heure de gloire va permettre d'écrire une nouvelle page sanglante de l'Amérique...
Vous aurez peut-être reconnu sous ce pitch le génial film d'Oliver Stone, Tueurs nés, disponible dans le catalogue de Prime Video. Sorti il y a 32 ans, rarement un film n'aura déclenché une telle polémique, aussi bien aux Etats-Unis qu'outre-Atlantique, quand il ne fut pas carrément interdit (temporairement) comme en Irlande.
Totalement amoral, cette dénonciation sous acide de la surmédiatisation omniprésente était pourtant du jamais vu en 1994. Les partisans d'Oliver Stone concèdent volontiers que l'on peut contester le fond; mais la forme relève du génie : le film compte entre 2500 et 3000 plans, alors qu'en moyenne la plupart des films en compte entre 600-700.
Si Quentin Tarantino, auteur originel du script, n'a jamais pardonné au cinéaste d'avoir réécrit son scénario, au point de s'être toujours refusé à voir en entier le film comme il l'avait raconté en 2009, le film reste une sacrée grenade dégoupillée et balancée à la face d'un public pétrifié par le brûlot qui s'offre à lui, et qui reste une des meilleures oeuvres d'Oliver Stone.
Warner Bros.
Choquant encore aujourd'hui par sa violence sordide et sa mise à nu de l'obsession des médias pour le meurtre et la mort, Tueurs nés a, à bien des égards, annoncé la vague d'histoires policières et de tueurs en série qui envahissent aujourd'hui nos écrans, à commencer par les plateformes de streaming.
"En 1990, j'ai senti que le paysage médiatique était en pleine mutation, en particulier la couverture de la violence" racontait Stone au micro du site IndiWire, en 2019. "Elle a toujours existé, mais elle est devenue plus axée sur le profit lorsque le procès d'O.J. Simpson a eu lieu. Je n'avais jamais rien vu de tel. En grandissant, j'avais été témoin de beaucoup de sensationnalisme.
Nous vivons dans un monde où le sensationnel est quotidien, mais il est plus présent que jamais, et c'est la télévision qui en est responsable. Le procès O.J. a été couvert au détriment de presque toutes les autres actualités. Il était omniprésent. Je ne pense pas que la télévision ait jamais généré autant de revenus, et je ne pense pas qu'elle soit jamais revenue en arrière. C'est plus ou moins comme ça depuis lors, [même si la couverture médiatique] s'est déplacée du domaine des meurtres vers celui de la politique comme divertissement".
Un constat lucide, au bénéfice d'un chef-d'oeuvre à découvrir (ou à revoir !) de toute urgence.
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