1,8 sur 5 pour les utilisateurs d’AlloCiné : avec une telle moyenne, il est évident que le dernier long-métrage du réalisateur John Woo, remake de son propre film culte de 1989, n’a pas (du tout) convaincu les spectateurs. Alors qu’il débarque aujourd’hui sur Netflix, voici l’occasion d’explorer les raisons de cet échec, et surtout de comprendre pourquoi un monument du cinéma d’action comme The Killer (1989) ne pourrait plus être réalisé tel quel aujourd’hui.
Un projet vieux comme l’original
Le projet de remake américain de The Killer (1989) remonte au début des années 1990. Impressionnés par la virtuosité de ce petit film hongkongais, les studios hollywoodiens commandent rapidement à Walter Hill et David Giler un scénario adapté se déroulant aux États-Unis et mettant en scène Denzel Washington et Richard Gere dans les rôles principaux. Ce projet de remake, ainsi que toutes ses mutations ultérieures (et il y en aura beaucoup), ne verra jamais le jour, Hollywood ne parvenant pas à trouver comment adapter l’histoire pour “un public occidental”.
Metropolitan
Ce n’est qu’en 2017 que le réalisateur John Woo prend finalement l’initiative d’écrire et de réaliser lui-même le remake de son propre film, sorti 28 ans plus tôt. À l’époque, l’actrice oscarisée Lupita Nyong’o est annoncée dans le rôle principal, mais des conflits d’emploi du temps la forcent à quitter le projet, amenant à de nouvelles réécritures. Même avec le réalisateur du film original à la barre, ce qu’il faut désormais appeler la malédiction du remake de The Killer se poursuit.
Il faudra attendre encore 6 ans et l’année 2023 pour que les acteurs Omar Sy et Nathalie Emmanuel soient (enfin !) annoncés définitivement dans les rôles principaux. Le film se déroule désormais à Paris, et le tournage dans la capitale a lieu de juin à novembre 2023, perturbé par la grève historique du SAG-AFTRA (syndicat des acteurs d’Hollywood) qui se déroule au même moment. Décidément…
Un remake impossible
35 ans après l'original, The Killer (2024) sort finalement en salles, et c'est un échec à la fois critique et commercial. Sur un budget estimé à 30 millions de dollars, le film n’en rapportera que 300 000 lors de son exploitation à l’international, et sortira directement sur la plateforme Peacock aux États-Unis. Mais que s’est-il passé ?
Peacock
John Woo n’est pas le premier réalisateur à remaker l’un de ses films : citons Michael Haneke (Funny Games), Alfred Hitchcock (L’Homme qui en savait trop) ou encore Cecil B. DeMille (Les Dix Commandements). La principale différence entre le cinéaste hongkongais et ses collègues réside dans le budget alloué aux deux films : The Killer (2024) a coûté 30 millions de dollars, là où The Killer (1989) n’en a coûté que 5 (en tenant compte de l’inflation), c’est-à-dire 6 fois moins.
Or le budget d’un film a un impact énorme sur les choix artistiques du réalisateur, qui doit souvent rivaliser d’ingéniosité visuelle et sonore pour aboutir à un résultat satisfaisant esthétiquement, tout en évitant au maximum de dépenser de l’argent. La fameuse virtuosité de The Killer (1989), très remarquée à l'époque, est d’abord l’expression de l'inventivité d’un réalisateur qui a dû concevoir une mise en scène de film d’action épique malgré le manque de moyens. En ressort un film nerveux et imprévisible, parfaitement découpé, qui a marqué les spectateurs.
Peacock
Reproduire une mise en scène semblable en ayant 6 fois plus de budget n’aboutit pas au même résultat. The Killer (2024) paraît au contraire mal rythmé, bizarrement filmé, éclairé sans style là où l’abondance de fumée de l’original (une vieille technique pour camoufler un décor trop vide) donnait à l’image un véritable cachet. Pour le dire encore plus simplement : une caméra pellicule de mauvaise qualité qui tremble donne un effet guerrilla, là où une caméra 8 K tremblante nous fait juste nous demander si le cadreur n’a pas oublié de la poser sur un trépied.
The Killer (2024) est ainsi une preuve de plus de l’impact des conditions matérielles de la production d’un film sur ses ambitions artistiques : ce qui fonctionne sans budget à l’image ne fonctionnera pas avec un déluge de moyens, et vice-versa. Les contraintes peuvent stimuler la créativité et faire naître de grands artistes : John Woo est un de ceux-là. Et si ce remake n’est pas un bon exemple, le reste de sa filmographie parle pour lui.
The Killer (2024) est disponible sur Netflix.
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