C'est un rôle toujours très observé... Celui de maitre de cérémonie des César ! Savoir donner du rythme, dérider des spectateurs stressés par les enjeux de la soirée, rendre hommage à l'année cinéma et amuser la galerie entre autres. Cette mission a été confiée au virevoltant Benjamin Lavernhe pour la 51e édition qui se tiendra ce jeudi 26 février.
AlloCiné : En 2013, vous jouiez dans la série Casting(s) avec Pierre Niney, François Civil et beaucoup d'autres acteurs et guests. Il existe un épisode qui trouve un certain écho aujourd'hui, puisqu'il était consacré aux maitres de cérémonie...
Je m'en rappelle très très bien. C'est tout en délicatesse, tout en intelligence, en subtilité, une espèce de fantasme de comédie, de maître de cérémonie, complètement délirante avec la fantaisie de notre équipe de Casting(s) !
Est-ce que ça vous paraît un peu fou de vous dire qu'aujourd'hui, ce n'est plus un sketch, c'est bien vous le maitre de cérémonie...
Oui, c'est hallucinant, j'ai du mal à y croire. Même en faisant certaines interviews, je re-réalise que c'est bien moi qui vais présenter la 51e cérémonie et que c'est de l'ordre de l'impossible, a priori !
"Comment on en arrive là quand on rêve d'être comédien, à Poitiers ? C'est impossible d'imaginer ça, donc la vie est surprenante !"
De me dire, comment on en arrive là quand on rêve d'être comédien, à Poitiers ? C'est impossible d'imaginer ça, donc la vie est surprenante. Il faut savoir aussi saisir ses opportunités qui font très très peur.
Il y a quand même un vertige quand on vous demande d'être maître de cérémonie. On se dit : est-ce que je suis vraiment maso ? Est-ce que ma carrière va s'arrêter, ou au contraire, elle va peut-être devenir encore plus surprenante ? Quand je vois ce sketch de Casting(s), maître de cérémonie, j'ai vraiment mon petit enfant intérieur qui se marre, qui dit : "A toi de jouer !" Et puis là je me marre plus du tout !
C'est très drôle de revoir ces images, c'était y a une dizaine d'années, avec Antoine Gouy, Pierre Niney, Igor Gotesman et tous les autres... On s'est tellement marrés. J'espère qu'on va continuer à se marrer un peu. L'idée, c'est pas de devenir non plus très sérieux et austère, c'est évidemment le rêve aussi de faire rire un peu la salle, donc c'est encore de cet ordre là, sans forcément sauter en l'air sur le canapé et imiter Matthieu Chedid de manière assez désobligeante.
Dans ce sketch, il y a une réplique de François Civil assez marquante... "Salut bande de c**s, alors on est prêt pour récompenser des films qui font pas assez d'entrées, avec des acteurs trop payés ?" Quelle est l'idée que vous vous faites des César, et que répondez-vous à ces gens ?
Il y a un peu une schizophrénie du métier, ou en tout cas, dans l'idée que les gens se font des César. On oublie parfois que c'est la profession qui récompense son propre cinéma. Ce n'est pas parce qu'un film a fait 11 millions d'entrées qu'il faut forcément lui donner tous les César. Et en même temps, c'est perçu aussi comme une espèce de snobisme de la part de la profession, de ne pas reconnaître qu'un film qui marche énormément auprès du public va auto-financer le cinéma. Donc c'est capital d'avoir des grands succès populaires.
"J'aime l'idée que les César récompensent des grands films populaires de qualité, qui plaisent aussi à la profession, et c'est possible"
Moi j'aime l'idée que les César récompensent des grands films populaires de qualité, qui plaisent aussi à la profession, et c'est possible. Je pense à Albert Dupontel qui, très régulièrement, remporte beaucoup de César et qui remplit les salles.
Parfois il y a des déceptions, comme Le Comte de Monte Cristo qui ne gagne que 2 Césars alors qu'il a 11 nominations. Il y avait Le sens de la fête d'Olivier Nakache et Eric Toledano qui avait 11 nominations et 0 César. Parfois, on trouve que le métier est un peu snob et que c'est un peu dommage et que ça continue à creuser un fossé entre le grand public et la profession. Mais on n'aime pas forcément tous les mêmes films !
D'être convié à la fête et d'être nommé, moi je trouve que c'est la plus belle des récompenses, que l'on décroche la timbale ou pas... Je peux en parler ! J'ai été nommé 5 fois. Je ne suis pas rancunier puisque je suis devant vous.
Et dans votre carrière, il y a des films comme Antoinette dans les Cévennes, qui sont des succès public et critique...
Voilà, c'est la preuve par l'exemple des films qui sont des succès en salles et qui sont célébrés au César. On dit souvent que si on fait une comédie, on ne peut pas avoir le César, et Laure Calamy avait gagné le César de la meilleure actrice, donc elle est la preuve vivante qu'on peut faire un grand rôle de comédie et être récompensé. Moi, j'aurais adoré que Jean Dujardin remporte le César pour OSS 117 ou que Jean-Pierre Bacri le gagne pour Le sens de la fête. Ce sont des acteurs aussi merveilleux qui ont gagné.
Antoinette dans les Cévennes ou En fanfare, nommé aux César l'année dernière, ont en commun d'être des succès sur lesquels peu de personnes aurait misé...
C'est aussi ce qui rend fou, peut-être, les producteurs ! De ne pas savoir quelle est la recette miracle pour remplir les salles. Je pense que le plus grand des secrets est de ne surtout pas essayer d'appliquer une recette, mais c'est la plus grande sincérité des auteurs, cette grande sincérité d'une histoire intime à raconter. Et sans oublier le spectateur. De ne pas oublier que le film va se retrouver dans les salles et donc d'essayer de toucher un maximum de gens. Mais je ne connais aucune réalisatrice ou aucun réalisateur qui vous dira qu'il n'a pas envie de faire un succès populaire, ça n'existe pas !
Les gens sont pendus au résultat des chiffres du mercredi aussi parce qu'on est dans une économie très brutale. Un film peut, au bout d'une semaine, après 3 ans ou 4 ans de travail, sortir de l'affiche et c'est redoutable. Il y a une concurrence, c'est très difficile.
Dans Casting(s), il y a aussi cette génération d'acteurs qui connaissent un grand succès, comme Pierre Niney et François Civil. Comment voyez-vous le déploiement de ces acteurs ?
L'année dernière, on était nommé avec François Civil et Pierre Niney dans la catégorie meilleur acteur. On était sacrément émus. On n'en revenait pas. De se dire : vous vous rappelez, les gars, quand même, il n'y a pas si longtemps, c'était la récré, même si c'était la récré avec exigence, on répétait Casting(s). C'est le rêve qui devient réalité, que c'est possible, ça ramène à l'enfance. On était assez émerveillés.
On s'est fait un dîner l'année dernière. On n'en revenait pas et on a trinqué, on était tellement heureux et fiers d'être ensemble dans la catégorie meilleur acteur. C'est l'histoire des groupes, des bandes.
Moi je tiens beaucoup aux familles, comment on s'inspire en groupe, comment on se tire vers le haut, dès l'école, cours Florent, au conservatoire, on crée des familles, à la Comédie française, l'esprit de troupe. Là j'adore écrire pour les Césars avec François de Brauer, Juliette Chaigneau et Mohamed Hamidi qui sont mes trois collaborateurs. On communique, on se critique, on rigole... C'est fertile.
Jim Carrey, l'un de vos acteurs préférés, va recevoir un César d'honneur cette année...
C'est fou, c'était l'année. C'est hallucinant. Parce que moi je m'identifie à lui. Carrey m'a inspiré, c'est le maître, c'est mon idole. Donc j'ai été très ému, quand on me l'a dit. J'hésitais encore, parce que je vais répéter le Cid pour la comédie française, qui se joue fin mars, au théâtre de la Porte Saint-Martin, parce que la comédie française se délocalise le temps de travaux, dans 5 - 6 théâtres parisiens.
C'est Denis Podalydès qui met en scène, et les répétitions commencent le 3 février. Vous avez le calendrier en tête ? Et le 27 février c'est la cérémonie. Donc c'était la cata, la panique. J'hésitais, et quand on m'a dit, Jim Carrey a dit oui en 48 heures pour recevoir son César d'honneur, j'ai eu les larmes aux yeux, et j'étais bouleversé. C'est comme s'il me poussait, et qu'il me disait : « Come on guy, do it, just do it ! ». Ca m'a donné des ailes, du courage, ça m'a ému. J'ai trouvé que c'était un parrain.
On oublie même qu'il habite sur la même planète que nous, qu'il peut venir à Paris, qu'il se déplace, qu'il respire, et que c'est un de nos derniers grands comédiens burlesques, grands clowns. C'est un privilège immense qu'il soit là. Déjà qu'il sache que j'existe, c'est une petite dinguerie. Je ne pense pas qu'il aura vu tous mes films, comme moi j'ai vu les siens, loin de là... Quoique, on ne sait jamais ! J'ai du mal à y croire encore, aujourd'hui.
Est-ce que vous savez déjà comment vous allez l'approcher ? Quels sont les premiers mots que vous allez lui dire ?
Comment m'adresser à lui, sans le mettre mal à l'aise. D'aller le chercher, d'aller au forceps, ça peut être aussi très embarrassant ! Quelles déclaration je vais lui faire ? « Bienvenu, Jim. Welcome to the Caesar Ceremony ! ». Comment ne surtout pas l'imiter, et en même temps, c'est tentant. Je ne sais pas trop ce que je vais lui dire, mais j'ai encore un peu de temps pour préparer mon texte. Je ne vais pas bouder mon plaisir. Je vais évidemment essayer de lui dire deux, trois mots.
La 51ème cérémonie des César se tient ce jeudi 26 février 2026.
Propos recueillis le 14 janvier 2026, à Paris, par Brigitte Baronnet
La cérémonie des César 2026 se vivra le jeudi 26 février en direct et en clair sur CANAL+, accessible exceptionnellement sur le site et l’App AlloCiné dès 19H30.