Novembre avec Jean Dujardin quitte Netflix : a-t-on le droit de ne pas aimer le film avec Jean Dujardin ?
Clément Schmidt
Clément Schmidt
Horreur, thriller, docu, romance... En séries comme en films, Clément ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît.

“Novembre” avec Jean Dujardin quitte Netflix le 6 février : l’occasion de revenir sur un film très particulier du cinéma français, que certains spectateurs n’ont parfois pas osé critiquer.

Sorti 7 ans après les attentats du 13 novembre 2015, Novembre de Cédric Jimenez est un film très particulier dans l’histoire du cinéma français : il s’agit du premier long-métrage de fiction à prendre comme sujet un traumatisme collectif (ici un attentat) et à le raconter sur grand écran aussi rapidement après les faits.

Novembre
Novembre
Sortie : 5 octobre 2022 | 1h 47min
De Cédric Jimenez
Avec Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain
Presse
3,5
Spectateurs
4,0
louer ou acheter

Noté 4 sur 5 par les spectateurs et 3,5 sur 5 par la presse, l'accueil réservé à Novembre fut très positif : 2,4 millions de personnes iront le découvrir en salles. Mais en 2022, l’émotion suscitée par le 13 novembre est encore vive, les souvenirs toujours glaçants, et il est difficile (voire impossible) de séparer le film du contexte dans lequel se trouvaient les spectateurs français au moment de sa sortie. 

Quatre ans après, et à l’occasion de son départ de Netflix le 6 février, il paraît pertinent d’interroger l’importance du contexte social français dans la réception de Novembre, et de nous demander si le triomphe du film n’est pas d’abord dû à un effet drapeau. 

Qu’est-ce que l’effet drapeau ? 

L’effet drapeau (ou effet de ralliement) est un concept de science politique théorisé par le politologue John Mueller dans les années 1970, qui décrit le comportement d’une population face à un événement traumatisant (une guerre, une pandémie, un attentat, etc.). Mueller observe qu’après un tel évènement, les différents membres de la communauté entrent en phase de “recueillement” et se soudent autour de leurs dirigeants, cessant toute critique publique ou médiatique à leur égard. L’heure n’est plus à la dispute, mais à l’union sacrée. 

L’effet drapeau et le cinéma américain

Si l’effet drapeau est d’abord un concept de science politique, il s’est parfois appliqué de façon spectaculaire au cinéma, notamment aux États-Unis. Ainsi, lorsque la bande-annonce du film Vol 93 de Paul Greengrass a été diffusée dans les salles new-yorkaises en 2005, les spectateurs se sont spontanément mis à huer, estimant qu’il était beaucoup trop tôt pour qu’Hollywood vienne faire son beurre sur les attentats du 11 septembre avec un thriller d’action. Le temps du “recueillement” n’était pas terminé. 

Mars Distribution

À l’inverse, le film Traque à Boston, sorti en 2016, soit à peine trois ans après les attentats meurtriers du marathon de Boston, a rencontré un grand succès aux États-Unis. Pendant les projections, de nombreux spectateurs se mettaient même à hurler spontanément le slogan “Boston Strong !” (Boston est forte !), dans un élan de ferveur patriotique encouragé par le film. Le long-métrage était cette fois accueilli comme un hommage d’Hollywood à l’union sacrée des habitants, et non comme un simple divertissement. 

Metropolitan

Novembre, le Traque à Boston français

Il est intéressant de noter que les choix artistiques de Novembre sont assez proches de ceux opérés par Traque à Boston. Dans les deux cas, le sujet du film n’est pas l’attentat en lui-même (ni les victimes de celui-ci), mais l’enquête policière bourrée de suspense qui a suivi les évènements, et à l’issue de laquelle les suspects ont été arrêtés. Voilà une différence majeure avec le film Vol 93 de 2005 : à l’époque, Ben Laden était toujours vivant et potentiellement capable de continuer ses attentats. 

Studiocanal

Considérant qu’il était “obscène” (sic) de filmer les attentats en eux-mêmes, encore plus de donner le point de vue des terroristes, Cédric Jimenez fait aussi le choix plus surprenant de donner très peu de place aux victimes des terroristes : celles-ci n’ont droit qu’à une seule scène d’hôpital et sont traitées comme de simples témoins de l’enquête. C’est une décision radicalement différente de celle qui sera prise pour la série Des vivants de 2025, qui choisit de se focaliser sur les survivants et sur leurs traumatismes. 

France TV

Contrairement à la série, Novembre et Traque à Boston se terminent également tous les deux par une “victoire” sur les terroristes. Les deux films nous offrent ainsi un sentiment de revanche, où l’ennemi mortel de la communauté est battu par un policier, bras armé de la société que l’union sacrée a mandaté pour nous protéger. En ce sens, on peut dire que Novembre et Traque à Boston ne sont pas des films sur les attentats, qu’ils ne documentent pas du tout, ce sont des films qui nous permettent collectivement de les surmonter. 

A-t-on le droit de ne pas aimer Novembre ? 

Là est le problème de la réception de Novembre : ne pas aimer le film (y compris pour des raisons purement cinématographiques) revient à s’exclure de l’union sacrée et du sentiment de “recueillement” qui a entouré le long-métrage à sa sortie. Dire “je déteste Novembre” en 2022 n’était pas interdit, bien sûr, mais il y avait quelque chose de gênant à le faire : ça n’était pas le sujet, ça ne se disait pas tout simplement. Comme si le film, du fait de son sujet et du contexte, était au-dessus de ça.

Studio Canal

Est-ce encore le cas en 2026 ? Lorsqu’on voit la réception dithyrambique de la série Des vivants, il faut croire que l’union sacrée créée par les attentats de 2015 n’a pas disparu, et qu’elle continue d’impacter notre manière de regarder les fictions qui en parlent. Parfois, la fiction est aussi (et d’abord) un moment de recueillement. 

Novembre est disponible sur Netflix jusqu’au 6 février. 

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