Comment résumer un univers aussi unique, drôle et absurde que celui des frères Zucker ? Probablement avec cette citation de leur film Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ?, sorti en 1994 : “Tel le nain devant l'urinoir, je devais placer la barre très haut.”
Un héritage lourd à porter
Cette réplique humoristique contient presque à elle seule tout ce qui caractérise les comédies écrites par le trio ZAZ (Jeremy Zucker, Jim Abrahams, David Zucker) : un prémisse fort, vulgaire et imagé, suivi d’une conclusion absurde, le tout balancé avec une fulgurance qui cloue le spectateur sur place, le poussant à s’esclaffer. Mais ce n’est pas tout.
Il y a, dans cette réplique, quelque chose que l’on qualifierait de “problématique” vu de 2026 : le handicap d’un personnage est utilisé pour déclencher l’hilarité du public. Les films des ZAZ sont truffés d’exemples similaires, dont l’un des plus connus se trouve dans leur film Y a-t-il un pilote dans l’avion : le gag repose ici sur le désir pédophile d’un des personnages, qui demande à un enfant : “Tu as déjà vu un monsieur tout nu ?” Et nous riions.
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On imagine sans mal les trois scénaristes du film Y a-t-il un flic pour sauver le monde, sorti en 2025, se couper les cheveux en quatre pour tenter de résoudre une impossible équation : rester fidèle à l’esprit absurde, graveleux et subversif des ZAZ, tout en l’adaptant à la société des années 2020. Mais est-ce seulement possible ?
Une comédie d’aujourd’hui ?
Cette nouvelle version de Y a-t-il un flic, au premier abord, a de quoi rassurer : l’humour absurde et imagé que nous aimions tant a survécu. Citions en exemple cet échange entre les personnages de Liam Neeson et Pamela Anderson, qui se rencontrent dans l’un des bureaux de la Police Squad : “Ne restez pas debout, prenez une chaise. / Merci, j’en ai déjà à la maison.” Et nous rions.
Pourtant, tandis que le film avance et que les gags s'enchaînent, un manque se fait ressentir : l’absurde et la fulgurance sont là, mais toute la subversion, l’aspect “problématique”, a disparu du registre comique employé par le film. Si certaines blagues n’hésitent pas à aborder frontalement des sujets difficiles (comme ce sketch savoureux où le racisme de la police est ouvertement moqué), jamais le spectateur n’éprouve cette délicieuse honte de rire alors qu’il sait qu’il ne devrait pas. L’époque a changé.
Faut-il choquer pour faire rire ?
Face à ce constat, les phrases toutes faites abondent : cette époque est celle des censeurs, plus rien n’est drôle de nos jours, de toute façon on ne peut plus rien dire, etc. Or, là n’est pas le problème de cette suite/remake de Y a-t-il un flic. D’abord, parce que le film est vraiment drôle par moments.
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Ensuite, parce que la comédie est, par définition, un art qui fait rire avec les préoccupations actuelles d’une société : le mouvement Black Lives Matter ayant été un événement marquant de l’histoire américaine récente, il est normal que celui-ci soit utilisé comme situation comique dans le film. Mais rire de la pédophilie après #metoo, ce n’est pas la même chose. En fait, ce n’est plus possible, en tout cas pas comme le faisaient les ZAZ à l’époque. Alors, que faire ? Ce nouveau film a préféré contourner l’obstacle.
Que l’humour du film a été superbement modernisé, c’est une évidence : mais il manque la subversion, qui est toujours à inventer avec l’époque. Les ZAZ sont et resteront toujours drôles, mais cela ne signifie pas que leur style est le plus à même de nous faire rire de ce qui se passe aujourd’hui. Comme à chaque génération, une nouvelle comédie est à inventer.
Y a-t-il un flic pour sauver le monde est disponible sur Canal+ à partir du 13 février.
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