Il y a 52 ans, Jean Gabin a eu ce geste qui témoigne d'un professionnalisme sans faille
Aude Mackau
Aude Mackau
Passionnée de cinéma, Aude a grandi dans les salles obscures tout en tombant amoureuse des séries à côté. Jonglant entre le petit et grand écran, elle se spécialise désormais dans tout ce qui fait l'actualité, de l'anecdote du passé à la dernière info sensationnelle à relayer.
Co-écrit avec :
Corentin Palanchini

En 1974, Jean Gabin, icône du cinéma français, prouve une fois de plus son professionnalisme… même quand il ne peut pas chanter. Découvrez l’histoire surprenante derrière son dernier enregistrement.

Jean Gabin a montré en 1974 une classe et un professionnalisme exemplaires, même lorsqu’il ne pouvait pas travailler.

Cette année-là, Denis Bourgeois, éditeur de musique, contacte l’acteur pour lui proposer d’enregistrer une chanson dont il lui assure que les paroles sont prêtes. Connu sous le surnom de “Le Patron” par les critiques des Cahiers du cinéma, Gabin est une star confirmée, toujours à l’affiche de films à succès. Il accepte, notamment pour ne pas décevoir l’auteur des paroles et honorer le travail déjà réalisé.

Jean Gabin dans “Deux Hommes Dans La Ville” (1973) Adel Productions
Jean Gabin dans “Deux Hommes Dans La Ville” (1973)

Mais la vérité est différente : aucune parole n’existait encore. Bourgeois avait en réalité “enfuméJean Gabin. Il disposait uniquement des droits d’une chanson américaine, But Now I Know, interprétée par Noel Purcell. Il fait alors appel à Jean-Loup Dabadie, qui accepte d’écrire une version française, Maintenant je sais, destinée à Gabin. Ce dernier accepte également d’enregistrer la face B du disque, Maître Corbeau et Juliette Renard, une discussion musicale entre un notaire et une jeune fille, composée par Dabadie et mise en musique par Jean-Pierre Sabar. La partie chantée est doublée par Anne Germain, qui avait déjà prêté sa voix à Catherine Deneuve dans Les Demoiselles de Rochefort (1967) et Peau d’âne (1970).

Le Patron, même avec un mot d’excuse

Le 3 juillet 1974, Jean Gabin arrive en studio à 14 heures précises pour l’enregistrement. Mais, à la surprise de tous, il ne peut pas chanter. Jean-Loup Dabadie raconte dans le n°29 du magazine Schnock : “Il arrive pile à l’heure avec un foulard, sa bâche (sa casquette) et ses grosses lunettes. Il nous dit : ‘Je suis désolé, je ne peux pas chanter. J’ai pris froid ce week-end aux courtines [mot d’argot pour désigner un hippodrome].’

L’éditeur tente de le rassurer : le studio restera disponible pour lui. C’est alors que Jean Gabin sort de sa poche une feuille A4 : “C’est la lettre d’un médecin, un ORL, qui certifie que Monsieur Gabin a attrapé une trachéite qui l’empêche de chanter. Le grand Gabin avec un mot d’excuse !”, explique Dabadie.

Deux jours plus tard, il revient et enregistre sans problème. Il connaît parfaitement son texte et se laisse diriger avec naturel. Si la majorité de ses parties reste parlée, il chante néanmoins le pont de Maintenant je sais.

À sa sortie, le disque connaît un succès inattendu, se classant brièvement 3e du hit-parade d’Europe 1, juste “derrière les Pink Floyd et Sheila”, selon Jean Gabin. Pour rappel, l’acteur, qui avait débuté avec des opérettes, n’avait plus chanté depuis Quand on s’promène au bord de l’eau pour La Belle Équipe de Julien Duvivier en 1936.

Jean Gabin s’éteint deux ans après cet enregistrement, le 15 novembre 1976.

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