Sorti il y a 53 ans, Pat Garrett & Billy The Kid est considéré comme l’un des plus grands westerns de Sam Peckinpah, mais son parcours fut dès le départ contrarié par son studio. Après La Horde sauvage, Peckinpah poursuit son exploration d’un Ouest en déclin, peignant le crépuscule des héros et de leurs derniers idéaux. Le film raconte la traque de Billy The Kid par Pat Garrett à Fort Sumner, Nouveau-Mexique, le 14 juillet 1881.
Comme pour d’autres de ses films, Peckinpah dut affronter les restrictions imposées par un producteur en conflit ouvert avec lui.
Peckinpah : un cinéaste né “trop tard”
Michael Henry Wilson écrit dans À la porte du Paradis : 100 ans de cinéma américain : “Le drame profond de Sam Peckinpah, c’est qu’il est né trop tard. Descendant de pionniers fameux, Peckinpah est né au moment où ses ancêtres entraient dans la légende californienne : faute de pouvoir vivre leur épopée, il dut se contenter d’en recueillir les échos. Et c’est trop tard encore, dix ans trop tard, qu’il vint au cinéma, entamant une carrière tumultueuse, émaillée de batailles perdues car vouées à un perpétuel porte-à-faux.”
Cette réflexion s’applique particulièrement à La Horde sauvage, son western crépusculaire par excellence et réponse d’Hollywood aux westerns spaghetti. Sam Peckinpah y décrit un Ouest agonisant, marqué par la modernité : en 1911, les premières automobiles apparaissent et bouleversent un monde qui n’est plus à la mesure des anciens. Pike Bishop (William Holden), chef de bande, incarne ce désarroi, tout comme Peckinpah lui-même.
Le réalisateur était fasciné par les valeurs brutales de la Frontière et le code moral des pionniers et hors-la-loi. Il peint des survivants errants, fidèles à eux-mêmes et refusant toute compromission, même au prix de leur vie. Pour lui, la disparition de cette promesse de liberté symbolise la perte de l’essence même de l’Amérique.
MGM
Une méditation tragique sur un Ouest révolu
Alors que La Horde sauvage est une apothéose sanglante, Pat Garrett & Billy The Kid marque une ultime méditation sur la fin de ces héros. Les vastes territoires ont été colonisés, et l’ordre capitaliste règne désormais. Pat Garrett (James Coburn), ancien hors-la-loi, doit stopper à tout prix Billy The Kid (Kris Kristofferson), son ancien compagnon.
Au début du film, Garrett explique vouloir “vieillir avec le pays”. Plus tard, il dit à Billy : “Les temps ont changé.” Et Billy répond : “Les temps, peut-être, mais pas moi.” La rupture est bien là : l’ancien monde et ses idéaux sont irrémédiablement perdus.
Un film martyrisé par la MGM
Comme beaucoup de ses films – Major Dundee, Chien de paille, La Horde sauvage – Pat Garrett & Billy The Kid souffrit des interventions des producteurs. Gordon T. Dawson, assistant fidèle de Sam Peckinpah entre 1965 et 1974, racontait : “Le pire, c’étaient les repérages, car il buvait tout le temps. A l’arrière [de la voiture], il y avait plein de glaçons et des bouteilles de bière. Tu entendais les bouteilles en permanence. Tu devais t’arrêter à tous les bars. Il était complètement saoul après huit heures du soir. Et à 6h du matin, il prenait de la cocaïne. Il n’a jamais essayé de s’arrêter.”
James Aubrey, patron de la MGM, réagit violemment à certaines scènes du scénario, comme celle où Garrett échange des tirs avec une famille sur un bateau : “C’est un moment de violence existentielle. Existential Fucking violence ?! Je ne veux plus jamais entendre parler de ça !”
Peckinpah réussit à imposer Kris Kristofferson pour le rôle de Billy, malgré les pressions pour choisir Jon Voight ou Peter Fonda. Pendant le tournage, il multiplia les séquences inutiles pour faire perdre de l’argent au studio, allant jusqu’à envoyer une photo de son assistante Katy Haber déguisée en infirmière lui injectant de l’alcool par intraveineuse.
Il proposa même deux montages différents, refusés par la MGM, notamment un prologue où Pat Garrett serait assassiné par ceux qui lui demandèrent de tuer Billy. Peckinpah déclarait : “Rudy Wurlitzer est un poète. Il écrit très bien. Son scénario aurait fait un film de cinq heures. Un affrontement épique, avec des grandes qualités lyriques. Je l’ai résumé dans mon film, en essayant d’en préserver la poésie, et j’étais content. Ces eunuques émotionnels de la MGM ont enlevé dans leur montage toute la personnalité en essayant de ne garder que les tirs. Ça ne marchait pas.”
Les différentes versions
La version director’s cut de 124 minutes fut montrée une seule fois en 1973. James Aubrey força Sam Peckinpah à réduire le film à 106 minutes pour sa sortie en salles, où il échoua. Peckinpah réclama alors deux millions de dollars pour le sabotage de son œuvre.
En 1988, Ted Turner ressortit la version director’s cut en laserdisc et vidéo. En 2005, un montage spécial de 115 minutes fut proposé, combinant éléments de la version director’s cut, de la version de 106 minutes et de scènes inédites. Ce montage fit grincer des dents chez les puristes. Parmi les nouveautés, on note un générique différent et une mort de Pat Garrett sensiblement raccourcie.
La trame reste celle d’un héros de légende qui trahit ses propres principes en tuant son meilleur ami, symbole de la fin de l’Ouest que Peckinpah aimait tant.
Aujourd’hui, l’œuvre conserve un lyrisme désespéré et une nostalgie mélancolique, symbolisant le chant d’adieu de Sam Peckinpah à un passé révolu – un chant porté par la musique mélancolique de Bob Dylan, qui incarne Alias dans le film.
Pat Garrett & Billy The Kid est à redécouvrir en streaming sur la plateforme Sooner ainsi qu’en VOD. En ce qui concerne ses éditions physiques, malheureusement, en France, le film n’est disponible que sur un DVD vieux de 19 ans. Seuls les États-Unis ont bénéficié en 2005 d’une double édition regroupant les deux montages. Pour les 50 ans de l’œuvre, Criterion a sorti en 2024 une édition définitive.
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