"Excusez-moi, m'sieur, j'ai une dernière question à vous poser : saviez-vous ce qu'avait pensé l'interprète de Columbo de son travail avec Steven Spielberg sur un épisode de la série ?"
Nous sommes en 1971, Steven Spielberg réalise pour Universal Television un épisode de la série Columbo, avec Peter Falk. Comme ne l'ignorent pas les fans du feuilleton, sa particularité est que chaque épisode commence par un meurtre dont on connaît le coupable. L'enjeu est donc de savoir comment l'inspecteur Columbo va pouvoir le pincer.
"Je sentais que ce type était exceptionnel"
NBC
L'épisode mis en scène par Spielberg est même le premier épisode officiel de la série, bien qu'il existe avant cela deux téléfilms qui ont posé les bases du show diffusé en 1968 et 1971. Intitulé Le livre témoin (Murder by the Book), il met en scène l'histoire d'un duo d'auteurs de romans policiers à succès qui décide de se séparer. James a le vrai talent d'écriture, et Ken n'a aucun talent. Suite à la séparation annoncée, Ken assassine son collègue.
Sur le plateau de tournage, Peter Falk est impressionné par ce jeune réalisateur de 25 ans qui casse les codes habituels de l'époque, comme il le racontait dans l'émission Pebble Mill at One en 1993 (via TVline) :
"Je sentais que ce type était exceptionnel. L'épisode avec Steven Spielberg a été la première fois de ma carrière où j'ai tourné une scène sans savoir où était la caméra. A la télévision, la caméra est toujours présente. Et là, on faisait une scène où il a dit 'Action', ça filmait mais au beau milieu, j'ai dit 'Mais attendez... où est la caméra ?' Il était le genre de metteur en scène à placer la caméra dans la rue et à vous filmer à travers la fenêtre, et ce n'était pas du tout commun à l'époque".
En effet, les épisodes étaient tournés en 10 jours, ce qui est assez court pour un format d'1h16. Si l'on peut apercevoir quelques erreurs dans Le Livre témoin (notamment le reflet des lumières du plateau sur les vitres du bureau du méchant), il s'agit d'un épisode bien mis en scène, avec quelques mouvements de caméra bien travaillés, raccords avec la note d'intention initiale de Spielberg :
"La liberté dont j'ai pu faire preuve dans cet épisode..."
Zuma Press / Bestimage
'"J'ai traité [Columbo] comme un mini-film, et je l'ai tourné en me mettant dans la peau d'un réalisateur de cinéma, pas de télévision. Je me suis dit : 'Je vais faire ressembler [cet épisode] - dans le temps qui m'est imparti - Je vais faire en sorte qu'il ait belle allure. Ils me donnent 130 000 dollars pour une heure ? Je vais les transformer en un million de dollars."
Les ambitions de Spielberg sont d'ailleurs encouragées par les producteurs du show, comme il l'avait confié à Empire : "Je pense que (...) la liberté dont j'ai pu faire preuve dans cet épisode de Columbo m'a été donnée par Richard Levinson et William Link, les créateurs de [la série], qui (...) ont été les premiers producteurs à m'encourager à faire des choix étranges et non conventionnels. Ils venaient sur le plateau regarder les images du jour et chaque fois qu'ils venaient ou m'appelaient au téléphone, ils me donnaient un formidable regain de confiance. C'était ma première expérience avec une série télévisée où les producteurs m'encourageaient à faire des prises de vue, alors que d'autres producteurs de télévision me suppliaient de ne pas le faire."
Avec son épisode, considéré comme l'un des meilleurs de la série, Spielberg a contribué à donner à la série son style formel, et cette expérience lui fournira le tremplin pour mettre ensuite en scène le téléfilm à suspense Duel, diffusé la même année que Columbo, et qui fera connaître le nom de Steven Spielberg et le fera accéder au cinéma.
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