Un palmarès attachant et en noir et blanc. Mais surtout attachant. Si Nouvelle Vague de Richard Linklater , sur la genèse du A bout de souffle de Jean-Luc Godard, a fait la course en tête jusqu’au bout avec ses quatre récompenses, c’est bien Carine Tardieu et son tendre Attachement qui s’imposent au finish. Avec un prix de moins, certes, mais le plus important : le César du Meilleur Film, en plus de ceux de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle et du Meilleur Scénario Adapté.
Ce drame très humain sur fond de deuil et de reconstruction, qui questionne la notion de famille, succède ainsi au flamboyant Emilia Perez, à l’issue d’un 51ème édition dont le dénouement est longtemps resté incertain, faute d’un vrai favori qui aurait laissé peu de place au suspense.
"Tout le monde en a eu un peu" (mais certains plus que d'autres)
Une homogénéité qui se retrouve dans un palmarès où "tout le monde en a eu un peu", comme l’a souligné Carine Tardieu au moment de clore un bal ouvert par Nadia Melliti, Meilleure Révélation Féminine avec La Petite dernière, première lauréate de la soirée.
Et, au final, du seul César remis au troisième long métrage d’Hafsia Herzi, qui termine ex-aequo avec L’Etranger, La Femme la plus riche du monde ou Dossier 137, que ses interprètes ont aussi empêchés de repartir bredouilles : Pierre Lottin, Laurent Lafitte et Léa Drucker, qui rejoint Romy Schneider ou Yolande Moreau parmi les comédiennes sacrées par deux fois dans la catégorie Meilleure Actrice.
Au total, douze longs métrages ont été récompensés ce jeudi 26 février. Dont Une bataille après l’autre (Meilleur Film Etranger) ou Un ours dans le Jura, qui a permis à Franck Dubosc et Sarah Kaminsky de remporter le César du Meilleur Scénario Original, et à la star de Camping d’achever son arc de rédemption entamé l’an dernier avec un sketch hilarant sur le fait qu’il n’avait jamais été récompensé, et encore moins nommé.
L’occasion pour lui de se fendre d’un autre discours très drôle, citant aussi bien Julien Duvivier que Philippe Lacheau parmi ses maîtres à penser, lui qui a notamment triomphé de Jafar Panahi.
Jafar Panahi bredouille
Nommé à deux reprises avec Un simple accident, Palme d’Or du Festival de Cannes 2025, le réalisateur iranien fait partie des oubliés, alors que la situation actuelle de son pays a été au coeur de plusieurs discours. Celui, déchirant, de sa compatriote Golshifteh Farahani, venue remettre un César en évoquant, avec des trémolos dans la voix, un "pays tout entier en deuil" ou des "bourreaux [qui] peuvent tuer les corps mais jamais atteindre leurs âmes."
Ou ceux, encore, de Pierre Lottin, qui arborait un badge "Iran" lorsqu’il est venu remettre un prix avant d’aller chercher le sien, d’Isabelle Adjani ou de Vimala Pons, qui a également incarné le versant humain de cette cérémonie où les mots "espoir" et "empathie" sont souvent revenus.
"La joie c’est une éthique qui nous permet de traverser les autres émotions de la vie, surtout les négatives", a déclaré la lauréate du César de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle pour L’Attachement, qui a incité le public à "vivre deux fois plus pour ce qu’on n’a pas eu, et quatre fois plus pour les gens qu’on a perdus" avant de dédier son prix "à tout ce qu’il y a de joyeux en nous, on en a besoin pour affronter ce qui arrive."
Une injonction qui faisait écho au discours, très humain lui aussi, de Vincent Munier, au moment de recevoir le second des deux César de son Chant des forêts (Meilleur Documentaire et Meilleur Son).
Peu de temps après, Léa Drucker a décrit le cinéma comme "une respiration nécessaire (...) où les nuances et les paradoxes nourrissent notre intelligence humaine et collective", dans une "période où la vérité est malmenée, très fragilisée", symbolisant ainsi l’autre grand thème de la soirée, présent aussi bien dans le palmarès que les discours des lauréats : la place des artistes.
Et cela allait d’Emmanuel Curtil, voix française du César d'Honneur Jim Carrey, appelant la Ministre de la Culture à protéger les comédiens de doublage contre l’intelligence artificielle, à Catherine Cosme (Meilleurs Décors pour L’Inconnu de la Grande Arche), qui a mis en avant le savoir-faire de ses équipes au détriment d’une IA que beaucoup l’imaginaient avoir utilisé.
L’artisanat et les artistes à mettre sous le feu des projecteurs, c’est aussi ce qu’incarnent les deux trophées de L’Inconnu de la Grande Arche (Meilleurs Décors et Meilleurs Effets Visuels) dont c’est justement l’un des sujets centraux. Tout comme ceux remportés par Nino (Révélation Masculine et Meilleur Premier Film), tourné avec une majorité de femmes comme cheffes de poste. Par Arco (Meilleur Film d’Animation et Meilleure Musique Originale), fait à l’ancienne et dont le succès incite à "se battre pour que les choses fragiles puissent exister (...) Croire en nous, croire en notre savoir-faire" pour son réalisateur Ugo Bienvenu.
"Quand vous allez voir Dune, vous financez L’Histoire de Souleymane”
Ou encore les quatre César de Nouvelle Vague (Meilleure Réalisation, Meilleur Photo, Meilleur Montage et Meilleurs Costumes) qui, lui aussi, ne parle que de ça : de cinéma, d’artisanat, de débrouille, d’hommes et de femmes qui ont fait bouger les choses.
Celles et ceux qui permettent à notre cinématographie de tenir le cap, tant bien que mal, dans un système que beaucoup nous envient ("Quand vous allez voir Dune, vous financer L’Histoire de Souleymane", a rappelé la Présidente Camille Cottin dans son discours inaugural).
Alors oui, il n’y avait pas cette année d’oeuvre majuscule, aussi imposante et rugissante que le numéro d’ouverture de Benjamin Lavernhe, lancé dans une imitation XXL de The Mask sous les yeux de son idole Jim Carrey. Mais, cette année plus que d’autres, la célèbre "grande famille" du cinéma a bien mérité son appellation grâce à ce palmarès qui met en avant l’humain et l’importance du 7ème Art dans nos vies. La soirée a bien sûr eu son lot de maladresses et de longueurs, mais elle s’est révélée attachante. Jusque dans l’identité de son grand gagnant.
CÉSAR 2026 : LE PALMARÈS COMPLET
Meilleur film : L'Attachement de Carine Tardieu
Étaient également nommés :
- Dossier 137 de Dominik Moll
- Nouvelle Vague de Richard Linklater
- La Petite dernière de Hafsia Herzi
- Un simple accident de Jafar Panahi
Meilleure réalisation : Richard Linklater - Nouvelle Vague
Étaient également nommés :
- Carine Tardieu - L'Attachement
- Dominik Moll - Dossier 137
- Stéphane Demoustier - L'Inconnu de la Grande Arche
- Hafsia Herzi - La Petite Dernière
Meilleur acteur : Laurent Lafitte - La Femme la plus riche du monde
Étaient également nommés :
- Benjamin Voisin - L'Étranger
- Bastien Bouillon - Partir un jour
- Claes Bang - L'Inconnu de la grande arche
- Pio Marmai - L'Attachement
Meilleure actrice : Léa Drucker - Dossier 137
Étaient également nommées :
- Leila Bekhti - Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan
- Valeria Bruni Tedeschi - L'Attachement
- Isabelle Huppert - La Femme la plus riche du monde
- Mélanie Thierry - La Chambre de Mariana
Meilleur acteur dans un second rôle : Pierre Lottin - L'Étranger
Étaient également nommés :
- Swann Arlaud - L'Inconnu de la Grande Arche
- Xavier Dolan - L'Inconnu de la Grande Arche
- Michel Fau - L'Inconnu de la Grande Arche
- Raphaël Personnaz - La Femme la plus riche du monde
Meilleure actrice dans un second rôle : Vimala Pons - L'Attachement
Étaient également nommées :
- Jeanne Balibar - Nino
- Dominique Blanc - Partir un jour
- Marina Foïs - La Femme la plus riche du monde
- Ji-Min Park - La Petite Dernière
Révélation masculine : Théodore Pellerin - Nino
Étaient également nommés :
- Idir Azougli - Météors
- Sayyid El Alami - La Pampa
- Félix Lefebvre - L'Épreuve du feu
- Guillaume Marbeck - Nouvelle Vague
Révélation féminine : Nadia Melliti - La Petite Dernière
Étaient également nommées :
- Manon Clavel - Kika
- Suzanne Lindon - La Venue de l'avenir
- Camille Rutherford - Jane Austen a gâché ma vie
- Anja Verderosa - L'Épreuve du feu
Meilleur premier film : Nino de Pauline Loquès
Étaient également nommés :
- Arco d'Ugo Bienvenu
- L'Épreuve du feu d'Aurélien Peyre
- La Pampa d'Antoine Chevrollier
- Partir un jour d'Amélie Bonnin
Meilleur film documentaire : Le Chant des forêts de Vincent Munier
Étaient également nommés :
- À Bicyclette ! de Mathias Mlekuz
- Le Cinquième Plan de la jetée de Dominique Cabrera
- Personne n'y comprend rien de Yannick Kergoat
- Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi
Meilleur film étranger : Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson
Étaient également nommés :
- L'Agent Secret de Kleber Mendonça Filho
- Black Dog de Guan Hu
- Sirāt d'Oliver Laxe
- Valeur sentimentale de Joachim Trier
Meilleur film d'animation : Arco
Étaient également nommés :
Meilleur scénario original : Franck Dubosc & Sarah Kaminsky - Un ours dans le Jura
Étaient également nommés :
- Dominik Moll & Gilles Marchand - Dossier 137
- Pauline Loquès - Nino
- Holly Gent & Vince Palmo - Nouvelle Vague
- Jafar Panahi - Un simple accident
Meilleur scénario adapté : Carine Tardieu, Raphaële Moussafir & Agnès Feuvre - L'Attachement
Étaient également nommés :
- Stéphane Demoustier - L'Inconnu de la Grande Arche
- Hafsia Herzi - La Petite Dernière
Meilleur court métrage : Mort d'un acteur d'Ambroise Rateau
Étaient également nommés :
- Big Boys Don't Cry d'Arnaud Delmarle
- Deux personnes échangeant de la salive de Natalie Musteata & Alexandre Singh
- Wonderwall de Róisín Burns
Meilleur court métrage d'animation : Fille de l'eau de Sandra Desmazières
Étaient également nommés :
Meilleur court métrage documentaire : Au bain des dames de Margaux Fournier
Étaient également nommés :
Meilleurs costumes : Pascaline Chavanne - Nouvelle Vague
Étaient également nommés :
- Céline Guignard - La Condition
- Corinne Bruand - Dracula
- Jürgen Doering - La Femme la plus riche du monde
- Pierre-Yves Gayraud - La Venue de l'avenir
Meilleurs décors : Catherine Cosme - L'Inconnu de la Grande Arche
Étaient également nommés :
- Jean-Philippe Moreaux - Chien 51
- Riton Dupire-Clément - Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan
- Katia Wyszkop - Nouvelle Vague
- Marie Cheminal - La Venue de l'avenir
Meilleure musique originale : Arnaud Toulon - Arco
Étaient également nommés :
- Olivier Marguerit - Dossier 137
- Fatima Al Qadiri - L'Étranger
- Alex Beaupain - La Femme la plus riche du monde
- Amine Bouhafa - La Petite Dernière
Meilleur son : Romain Cadilhac, Marc Namblard, Olivier Touche & Olivier Goinard - Le Chant des forêts
Étaient également nommés :
- Nicolas Becker, Andrea Ferrera & Damien Lazzerini - Arco
- François Maurel, Rym Debbarh-Mounir & Nathalie Vidal - Dossier 137
- Jean Minondo, Serge Rouquairol & Christophe Vingtrinier - Nouvelle Vague
- Rémi Chanaud, Jeanne Delplancq, Fanny Martin & Niels Barletta - Partir un jour
Meilleur montage : Catherine Schwartz - Nouvelle Vague
Étaient également nommés :
- Stan Collet - 13 jours, 13 nuits
- Christel Dewynter - L'Attachement
- Laurent Roüan - Dossier 137
- Géraldine Mangenot - La Petite Dernière
Meilleure photographie : David Chambille - Nouvelle Vague
Étaient également nommés :
- Elin Kirschfink - L'Attachement
- Patrick Ghiringhelli - Dossier 137
- Marine Atlan - L'Engloutie
- Manu Dacosse - L'Étranger
Meilleurs effets visuels : Lise Fischer - L'Inconnu de la Grande Arche
Étaient également nommés :
- Cédric Fayolle - Chien 51
- Rodolphe Chabrier & Benoit de Longlée - L'Homme qui rétrécit
- Alain Carsoux - Nouvelle Vague
La cérémonie des César 2026 se vivra le jeudi 26 février en direct et en clair sur CANAL+, accessible exceptionnellement sur le site et l’App AlloCiné dès 19H30