Resté interdit pendant près de 30 ans, ce film français connaît enfin une seconde vie grâce à sa sortie en DVD et Blu-ray. Mais qu’est-ce qui a poussé à son exclusion si prolongée ?
Le film en question, c’est Le Franc-tireur, enfin accessible au grand public depuis le 4 septembre 2024. Porté par le regretté Philippe Léotard, il a été privé de projection pendant des décennies. L’œuvre, unique long-métrage de Jean-Max Causse (qui nous a quittés le 2 janvier 2026) et Roger Taverne, a provoqué un tel scandale à sa sortie initiale qu’aucun des deux réalisateurs n’a jamais refait de films par la suite.
L’histoire retrace un portrait peu flatteur de la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale. À sa création en 1972, le film a été censuré et interdit de diffusion en salles. Après 30 ans d’invisibilité, il a fait une première apparition limitée au cinéma en 2002, avec seulement six copies disponibles. Ce n’est qu’en 2024, grâce à l’éditeur ExtraLucid Films, que le public a pu le découvrir plus largement. L’édition vidéo précise dès l’introduction : “Ce film a été interdit pendant 30 ans par le pouvoir gaulliste.”
Pourquoi a-t-il été censuré ?
Le récit suit Michel Perrat (Philippe Léotard), fils d’un collaborateur de Grenoble, qui se réfugie chez sa grand-mère sur le plateau du Vercors pour attendre la fin de la guerre. Le 21 juillet 1944, les troupes allemandes investissent le plateau et tuent sa grand-mère sous ses yeux. Forcé de fuir, Michel rejoint un petit groupe de résistants et de civils, luttant pour survivre pendant trois jours et trois nuits.
ExtraLucid Films
À l’origine, les réalisateurs avaient imaginé une sorte de western français inspiré de Rio Bravo et L’Homme de l’Ouest, mais transposé dans le Vercors, symbole de la Résistance. Tourné en décors naturels, Le Franc-tireur frappe par ses paysages montagneux d’une beauté saisissante, contrastant avec l’horreur de la guerre qui s’y déploie.
Avec une durée de 1 heure et 15 minutes, le film va droit au but. Il suit la fuite effrénée des résistants face à l’offensive allemande, immergeant le spectateur dans le maquis où la survie devient un défi quotidien. Le film révèle également Philippe Léotard dans son premier grand rôle, livrant une performance remarquable.
Une sortie sabotée
En 1972, alors que le film est prêt à être diffusé, la production fait faillite, et la seule copie existante reste bloquée. Jean-Max Causse, qui est également exploitant de cinémas, réussit à récupérer cette copie au milieu des années 1980 et tente de la présenter dans divers festivals.
Une projection devait notamment avoir lieu lors du gala de clôture du festival du film de Grenoble en 1986. Cependant, le journal Le Dauphiné libéré publie un article du président des Anciens du Vercors, qui déclare que le film n’est qu’une “pantalonnade innommable qui va de ripaille en ripaille, de coucherie en coucherie, de beuverie en beuverie.” Pour ces anciens combattants, le long-métrage véhicule une image dégradante de la Résistance et ne peut être toléré.
ExtraLucid Films
Sous la pression, le film est déprogrammé et retombe dans l’oubli pour plusieurs décennies. Cette réaction s’explique en partie par la tradition cinématographique d’après-guerre : des films comme La Bataille du rail de René Clément présentaient une Résistance idéalisée, intouchable et héroïque.
Déconstruire le mythe
Après Mai 68, certains films ont commencé à revisiter cette image de la Résistance, suscitant la controverse. Des œuvres comme Lacombe Lucien de Louis Malle (1974), L’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville (1969) et Le Franc-tireur ont offert un regard moins glorieux et plus critique sur cette période.
Le personnage central, Michel Perrat, fils de collaborateur rejoignant la Résistance par instinct de survie plutôt que par conviction, a heurté la sensibilité des Anciens combattants. Pour eux, les réalisateurs cherchaient à “déconstruire le mythe” des héros de la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, en visionnant le film aujourd’hui, on découvre des personnages profondément humains, tentant de résister avec leurs moyens limités dans un contexte de guerre totale. Enfin libéré, Le Franc-tireur est désormais accessible en vidéo, permettant au public de se forger sa propre opinion sur cette œuvre longtemps occultée.
Le film est aussi à retrouver sur la plateforme Sooner (ex Filmo / UniversCiné).
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