On ne sait pas comment elle s’appelle… et pourtant elle est partout. C’est le premier signe que Le Délicieux Professeur V. n’est pas tout à fait une série comme les autres. Même si le procédé rappelle une autre célèbre série, mais on y reviendra plus bas. Disponible depuis le 5 mars sur Netflix, cette mini-série en huit épisodes de trente minutes est adaptée du roman de Julia May Jonas, qui en a également assuré la création et l’écriture.
On suit donc tout du long une professeure de littérature d’une cinquantaine d’années, incarnée par Rachel Weisz (La Favorite, The Lobster), dont la vie s’effrite en silence. Sa carrière d’écrivaine est au point mort. Ses cours attirent de moins en moins d’étudiants. Son mariage avec John (John Slattery de Mad Men) ne tient que sur les apparences. Et ce, d’autant que son mari se retrouve au cœur d’un vilain scandale qui fait trembler toute l'université : il est accusé d'avoir entretenu plusieurs relations avec des étudiantes, en profitant de sa position dominante.
Quant à sa relation avec sa fille, elle s’est distendue au fil des années... Bref, tout va mal même si en apparence, on pourrait croire le contraire. Mais les choses changent à l’arrivée de Vladimir, campé par Leo Woodall. Le regard bleu et le charme dévastateur, il est filmé comme un total objet de désir. Ce jeune écrivain prometteur vient d'être recruté comme collègue. Et ça va être le début du chaos.
Shane Mahood/Netflix
Entre Fleabag et Bridget Jones
Ce qui distingue immédiatement la série, c’est son dispositif narratif. À la manière de Fleabag, la protagoniste brise régulièrement le quatrième mur pour s’adresser directement au spectateur. Elle livre ses pensées, ses justifications, ses réécritures personnelles des faits... Et le spectateur finit par ne plus trop savoir ce qui relève du fantasme ou de la réalité. Un flou volontaire qui est censé entretenir une zone d’inconfort.
Le ton, lui, flirte avec la comédie dramatique façon Bridget Jones – et la présence de Leo Woodall qui figurait déjà au casting du dernier film de la saga en date n'y est pas étrangère. La série pratique allègrement l'humour pince-sans-rire et une certaine autodérision, tout en abordant des sujets bien plus sérieux. À commencer par le désir féminin passé 50 ans, les rapports de pouvoir dans le milieu universitaire, et la question de la légitimité sociale du vouloir. Qui a le droit de désirer, et jusqu’où ? On vous avait dit que sous ses airs de série très légère, Le Délicieux Professeur V. donne à réfléchir.
Leo Woodall, révélé par Un jour sur la même plateforme, confirme ici qu’il est l’une des nouvelles valeurs sûres de Netflix. Son Vladimir reste volontairement ambigu. Ses intentions ne sont jamais clairement établies, ce qui contribue à maintenir la tension sur l’ensemble des épisodes.
Netflix
Une mini-série calibrée pour une soirée
Avec ses huit épisodes de trente minutes, Le Délicieux Professeur V. s’avale en une soirée. Un format idéal pour une série qui fonctionne avant tout sur l’accumulation et la montée en pression. La narration aborde aussi, en filigrane, les débats post-#MeToo sur les abus de pouvoir dans le milieu universitaire, sans jamais forcer de réponse moralisante ce qui est à la fois sa force et, selon les attentes, sa limite.
Rachel Weisz, également productrice exécutive, porte le tout avec une aisance évidente. Quant au reste du casting, Jessica Henwick (Game of Thrones) dans le rôle de l’épouse de Vladimir, Ellen Robertson (Mickey 17) dans celui de la fille de l’héroïne, il complète un ensemble soigné. Une série qui ne révolutionne pas le genre, mais qui pose les bonnes questions avec suffisamment d’élégance pour mériter votre soirée.
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