Dans son numéro de mars, le mensuel Les Années Laser a convié le réalisateur Jan Kounen pour balayer sa filmographie, ses hauts et ses bas. L'intéressé se plie à l'exercice avec une magnifique franchise. Après le film Mon cousin, sorti en 2020, "arrivé à un moment particulier où je pensais ne plus faire de longs métrages", parce que "ca faisait presque dix ans que je n'arrivais pas à financer mes projets", Jan Kounen signe en 2025 une nouvelle adaptation du classique de la SF, L'homme qui rétrécit.
Si le film réalisé en 1957 par Jack Arnold est un totem, la version de Kounen emprunte davantage au roman de Richard Matheson, et n'est pas une décalque de l'oeuvre de 1957, ce qui lui ouvre finalement une voie très personnelle.
"Pour moi, le film est un opéra sur la finitude. Il est guidé par la musique, par le rythme par une immersion sensorielle et par Jean Dujardin qui s'est totalement impliqué. Il parle de l'impermanence, de la volonté de vivre malgré la disparition programmée, puis de l'acceptation. C'est un parcours initiatique, intime. Le Fantastique est là pour faire ressentir, pas pour expliquer" commente le cinéaste.
"L'échec en salles a été difficile à vivre"
Las, le film, porté à bout de bras par son acteur, sera un terrible échec en salle, avec à peine 265.000 spectateurs. Un flop d'autant plus lourd à porter que le film a bénéficié d’un budget confortable de 21 millions d’euros, ce qui le classait à la septième position des films les plus chers du cinéma français en 2025.
"L'échec en salles a été difficile à vivre" poursuit Jan Kounen dans les colonnes du magazine. "Il est sorti dans une période où le public avait peut-être besoin de légèreté, et ce n'est pas un film pour tout le monde. Pourtant, j'ai reçu énormément de messages de spectateurs profondément touchés. Je n'ai pas de regrets et plutôt de la fierté. J'ai fait le film que je voulais faire, avec les moyens dont je disposais".
Universal Pictures
Dans un tout récent entretien avec le média Brut, Jean Dujardin est étonnamment peu volubile sur le film. Le journaliste lui demande ce qu'il a retenu de son expérience sur ce film ainsi que Lucky Luke, deux oeuvres qui ont "connu un succès au box-office inférieur aux prévisions".
"il faut faire attention à ses propres envies et se méfier de sa salle de jeu d'enfant" lâche l'acteur, précisant qu'il faut se méfier de la tentation de vouloir revivre des souvenirs ou des émotions de jeunesse, car la réalité est souvent moins belle que le souvenir. Selon lui, vouloir "rentrer dans la photographie ou dans la carte postale" est un piège, car le projet risque de n'avoir de sens que pour son propre parcours intime et de ne parler à personne d'autre. Il en conclut qu'il faut se garder de "cet emballement d'enfant" lorsqu'on fait des choix, car au cinéma, il est essentiel de réussir à s'adresser au public.
"Le Director's Cut est plus exigeant"
Le film vient tout juste de débouler dans les linaires en DVD et Blu-ray. L'occasion pour Kounen de mettre deux versions du film. Celle exploitée en salle, et une version Director's Cut.
"Une version essentielle" pour lui. "Il n'y aucune différence d'images. La seule variation est d'ordre sonore. Le film a été conçu sans voix off, comme un pur spectacle sensoriel. Après les projections tests négatives, nous avons ajouté une voix off dite par Jean Dujardin pour guider davantage le public.
La version cinéma tient davantage par la main. Le Director's Cut sans voix off est plus exigeant, plus libre, et correspond exactement à mon intention. Aujourd'hui, pouvoir proposer les deux versions est une chance". Une belle opportunité de découvrir ce film très injustement boudé en salle, et qui mérite une sérieuse réévaluation.
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