Il y a 33 ans, sortait en salles un film bouleversant porté par l’immense Al Pacino. Aujourd’hui encore, une scène en particulier continue de marquer les esprits : un monologue magistral de six minutes qui reste l’un des discours les plus mémorables du cinéma.
Si vous n’avez jamais vu Le Temps d’un week-end (Scent of a Woman en version originale), il est grand temps de réparer cette lacune. Sorti en 1993, il met en scène Al Pacino au sommet de son art, aux côtés du jeune Chris O’Donnell, qui se faisait alors connaître avant de devenir Robin dans Batman Forever, deux ans plus tard.
Une adaptation réussie d’un classique italien
Réalisé par Martin Brest, Le Temps d’un week-end est un remake du chef-d’œuvre italien Parfum de femme. L’histoire suit Charles (Chris O’Donnell), un étudiant discret et ambitieux souhaitant intégrer Harvard. Pour subvenir à ses besoins, il accepte un emploi d’aide auprès du colonel Frank Slade (Al Pacino), un militaire retraité devenu aveugle.
Le caractère renfermé et irascible de Slade pourrait décourager n’importe qui, mais Charles découvre rapidement un homme sensible, séducteur et doté d’un charme singulier, malgré la douleur qu’il cache. Ensemble, ils forment un duo touchant et inspirant, où chaque scène oscille entre poésie et grandeur épique grâce à la performance exceptionnelle d’Al Pacino – qui lui a valu l’Oscar du meilleur acteur en 1993, son seul Oscar à ce jour malgré neuf nominations.
Le monologue qui transcende le film
C’est lors d’une confrontation avec la commission de discipline de son école que le moment culte se produit. Charles est appelé à témoigner contre ses camarades ayant vandalisé la voiture du directeur. Fidèle à ses principes, il refuse de les dénoncer, risquant ainsi son avenir scolaire.
Avant que le jury ne rende son verdict, le colonel Slade prend la parole. La voix grave et l’éloquence impressionnante du personnage – et de l’immense acteur qui l’incarne – captivent l’assemblée et défendent l’intégrité de Charles.
Universal Pictures
Voici le discours dans son intégralité :
“Tout ceci est un ramassis de conneries ! Monsieur Simms n’en a rien à branler d’être estampillé, ou pas, compagnon de Baird. C’est quoi cette secte ? Quelle est votre devise ? ‘Messieurs, il faut balancer vos camarades et assurer vos arrières, faute de quoi, nous vous clouerons au pilori !’ Comme on dit, quand les choses tournent au vinaigre, il y en a qui baissent leur froc et d’autres qui montent la garde !”
“Ici, Charles brave la tourmente, et George qui se cache dans les jupes de papa. Et vous, qu’est-ce que vous faites ? Vous récompensez George et vous sacrifiez Charles. Je ne sais pas qui est sorti de cette école. William Howard Taft, William Jennings Bryant, Guillaume Tell, qui vous voulez ! Leur esprit s’est éteint, s’ils n’en ont jamais eu un. Vous bâtissez le radeau de la méduse. Un vaisseau pour cafards aquatiques.”
“Si vous croyez préparer ces marins d’eau douce à être des hommes, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Parce que j’affirme que vous tuez l’esprit-même que cette institution prétend faire naître. Tout ça c’est du pipeau ! Qu’est-ce que c’est que cette comédie que vous mettez en scène ? Le seul qui a de la classe dans cette farce, est assis à côté de moi !”
“Et je suis venu vous le dire, l’âme de ce garçon est intacte ! Elle n’est pas négociable ! Une des personnes présentes, et je ne dirai pas qui, a voulu l’acheter. Mais l’âme de Charlie n’était pas à vendre. Je vous ferai voir moi jusqu’où on peut aller ! Allez trop loin, vous ne savez pas ce que c’est ! Je vous ferai voir mais je suis trop vieux, trop fatigué, et bien sûr aveugle.”
“Si seulement j’étais le même homme qu’il y a 5 ans, c’est au lance-flammes que j’attaquerais Baird ! À qui croyez-vous vous adresser ? J’en ai vu des choses, vous savez. Il fut un temps où je n’étais pas aveugle. Un temps où j’ai vu des gamins comme ceux-là, et plus jeunes que ceux-là, les jambes arrachées, les bras déchiquetés par les bombes !”
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“Mais il n’y a rien de pire que le spectacle de l’amputation d’un esprit ! Il n’existe aucune prothèse pour ça. Vous croyez simplement renvoyer ce splendide fantassin dans ses foyers au bout de l’Oregon, la queue entre les jambes pour tout salaire ? Moi, je dis que vous êtes en train d’exécuter son âme ! Et pourquoi ? Parce qu’il n’est pas compagnon de Baird ?”
“Faites-lui du mal et on vous appellera les compagnons de merde tous autant que vous êtes. Et Harry, Jimmy, Trent ! Où que vous soyez ! Allez vous faire foutre ! Quand je suis arrivé ici, j’ai entendu ces mots : ‘Berceau des dirigeants du pays’. Quand la proue du bateau se brise, le berceau va par le fond et il coule corps et bien.”
“Vous qui formez les chefs, qui façonnez nos dirigeants, faites bien attention au genre de dirigeants que vous nous préparez. Je ne sais pas si le silence de Charlie est justifié ou non. Je ne suis ni juge ni juré. Mais il y a une chose que je sais. Ce n’est pas quelqu’un qui vendrait père et mère pour se payer un avenir !”
“Et ça mes amis, ça s’appelle l’intégrité ! Ça s'appelle le courage ! Voilà l’étoffe dont nos dirigeants devraient être faits ! Se retrouver à la croisée des chemins, ça m’est déjà arrivé. À chaque fois je savais quel était le bon chemin. Sans aucune exception, je le savais. Mais je ne l’ai jamais suivi. Vous savez pourquoi ?”
“Il m’aurait fallu ce qu’on appelle le courage. Et maintenant regardez Charlie. Il est à la croisée des chemins. Il a choisi sa voie. C’est la bonne voie. C’est une voie fondée sur des principes qui forgent un caractère. Laissez-le poursuivre sa route. Protégez-le. Prenez-en soin. Et vous pourrez être fiers de lui un jour, je vous le promets.”
Après ce monologue fascinant, les applaudissements éclatent dans toute la salle, rappelant le talent inégalé d’Al Pacino. Mention spéciale également à Bernard Murat, le comédien de doublage, qui restitue avec brio toute l’intensité et la puissance du jeu de l’acteur.
Pour tous ceux qui souhaitent revivre ou découvrir ce moment d’anthologie, Le Temps d’un week-end est disponible sur Netflix.
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