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| Posté par AlloCiné
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vendredi 26 septembre 2008
James Bond revient... pour se venger ! Première interview de l'acteur Daniel Craig et de Marc Forster, le réalisateur de "Quantum of Solace", 22ème aventure de l'agent 007...
James Bond est un personnage issu de la Guerre Froide. Une nouvelle guerre froide se profile peut-être, est-ce une bonne chose pour James Bond ?
Malheureusement oui. J'aimerais que ce ne soit pas le cas. Ce n'est pas comme si le monde ne nous fournissait pas déjà assez d'éléments pour nos histoires ! Nous sommes actuellement dans une période où le monde devient encore plus complexe. Peut-être que le prochain James Bond traitera de ces relations avec les services secrets russes, de bonnes relations je l'espère, contrairement à ce qui se passe dans la réalité. Les événements actuels sont du pain béni pour la littérature d'espionnage. J'espère que nous arriverons éventuellement à traiter cela de manière positive
Qu'en est-il de la personnalité de votre James Bond ?
La vérité c'est que je suis toujours en train de construire ce James Bond. Si j'ai la chance d'en faire un nouveau, j'avancerai encore. Lorsque j'aurai terminé de le construire, il n'y aura plus tellement de raisons de continuer l'aventure. Il y avait beaucoup de pression autour de , il y en a encore eu pour celui-là car il fallait faire un film complètement différent. Tant que j'aurai la possibilité de continuer à explorer, à chercher, à tenter, à faire évoluer James Bond, je continuerai.
Y a-t-il des caractéristiques, des talents que vous enviez à James Bond ?Non pas vraiment. Je ne réfléchis pas ainsi. J'ai toujours considéré la comédie, l'art dramatique comme une recherche des défauts et des failles des personnages. J'aime le fait qu'il soit vraiment bon dans son boulot d'espion mais qu'il fasse malgré tout des erreurs, c'est beaucoup plus intéressant. Pour répondre directement à votre question, ce serait bien si je pouvais conduire ou tirer aussi bien que lui. Mais je sais préparer la Vodka- Martini
(rires) !
Votre James Bond est une réinvention, une reconstruction d'un personnage. Vous êtes quasiment parti d'une feuille blanche pour redessiner un nouveau Bond. Est-ce que cela vous a aidé ?Heureusement nous avions les livres sous la main ! Si j'étais complètement perdu, je pouvais me référer à
Ian Fleming. Quand vous regardez les films, vous vous rendez compte à quel point il manque des passages, des instants, des éléments présents dans les livres. Les films n'exploitaient que la moitié des richesses présentes dans les bouquins de
Fleming. Tout n'y est pas bon, bien entendu, mais nous avons pu prendre ce que nous y cherchions.
James Bond ne peut pas mourir, comment faire en sorte dès lors que le spectateur tremble pour lui ou sente un danger sérieux ?Nous faisons de notre mieux
(rires) ! En réalité, il s'agit avant tout de jouer sur d'autres éléments, par exemple les personnages secondaires. Il faut que ces derniers soient forts, existent, aient de l'épaisseur, qu'ils aient autant d'importance que mon personnage. Meilleur sera le personnage secondaire, meilleur sera James Bond. Et comme les gens autour de lui ont tendance à mourir... il est capital que le spectateur s'attache émotionnellement à eux. C'est de là que naissent essentiellement la peur et les émotions. Il faut que nous arrivions à surprendre le spectateur, l'amener là où nous voulons pour mieux le surprendre. J'espère que nous avons atteint notre but avec
et que vous serez surpris par la direction prise. Je veux que vous sautiez de votre fauteuil, voilà tout !
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"Quantum of Solace" : interview Marc Forster
L'intention de "Casino Royale" était de rétablir Bond dans une certaine réalité. Quelle est la vôtre avec "Quantum of Solace" ?
Marc Forster : L'interprétation de Daniel (ndlr : Daniel Craig) dans a inscrit Bond dans un certain réalisme et lui a amené une part d'humanité qui me parle. A la fin de , James Bond est dans un tel état de vulnérabilité, c'est justement ce qui m'intéressait et ouvre de nouveaux horizons pour 007.
En quoi ce James Bond diffère des précédents ?
J'avais le sentiment qu'il fallait que je crée ma propre version, ma propre interprétation de James Bond. Visuellement également, une nouvelle approche était nécessaire. Je me suis énormément inspiré des Bond des années soixante et j'ai tenté en même temps de le moderniser. Le film a un look un peu rétro, qui peut rappeler par exemple les décors créés par Ken Adam pour Bons baisers de Russie et Au service secret de sa Majesté. Ce qui est fascinant également, c'est ce choc entre la carapace de Bond et son état de vulnérabilité émotionnelle.
Et à propos de l'humour, est-il très présent dans "Quantum of Solace" ?
Bien entendu. C'est un élément important des films de James Bond, qui ne doivent pas se prendre trop au sérieux. Même s'il s'agit dans le cas de Bond d'un équilibre dur à trouver.
Envisagez-vous de réaliser le prochain James Bond, le 23ème ?Barbara Broccoli et
Michael G. Wilson me l'ont proposé et je dois avouer que même si
a été une expérience créative incroyable, je ne veux pas faire un nouveau gros film dans l'immédiat. J'aimerais revenir à quelque chose de plus simple et petit.
Vous n'aviez pas réalisé de film d'action jusque-là, qu'est-ce qui vous a poussé à passer le pas et à réaliser un film comme "Quantum of Solace" ?En réalité, j'ai toujours voulu réaliser un film d'action ! En ce qui concerne Bond, c'est la première fois que je collabore avec un réalisateur de 2ème équipe et également la première fois que je tourne dans autant de décors, tout autour du globe. En même temps, tout s'est fait en douceur, grâce notamment à la fantastique équipe de production. Mais
Les Cerfs-volants de Kaboul reste le film le plus dur que j'ai tourné, parce que je n'avais par exemple aucun soutien financier. La production de Bond m'a permis de réaliser la vision que j'avais tête. Pour moi, la phase la plus compliquée pour un film comme Bond, c'est la pré-production, être à tous les endroits au même moment. Je contrôle tout sur un plateau parce que je sais précisément ce que je veux que vous voyez à l'écran. Au final cela a parfois été difficile mais on m'a vraiment permis d'arriver là où je voulais.
C'est le premier James Bond qui est une suite directe du film précédent, comment avez-vous géré cette contrainte de la continuité ?Je ne pense pas que cela soit un désavantage ou un challenge particulier. La vulnérabilité ressentie par Bond est un point de départ intéressant pour
et cela nous a permis à
Daniel et moi d'avoir une idée précise de la direction que nous voulions donner au personnage. Cela nous a permis d'aller encore plus loin, plus en profondeur et également de donner plus d'importance à M
(ndlr : interprétée par Judi Dench) que je trouvais vraiment sous-exploitée dans les épisodes précédents. M est la seule femme de l'univers bondien avec laquelle il n'y a aucune tension sexuelle.
Judi Dench est une actrice fantastique qui me ferait rêver rien qu'en lisant l'annuaire. Je sentais qu'il fallait lui donner plus d'espace, de scènes, afin notamment de voir Bond face à cette femme si différente et au comportement si singulier.
Comment avez-vous géré l'héritage de "Casino Royale" ?Je n'ai repris que l'état émotionnel dans lequel se trouve Bond dans les 3 dernières minutes de
, durant lesquelles Bond perd Vesper. C'est tout ce qui m'intéressait. Tout ce qui s'est passé avant n'avait pas tant d'importance dans le sens où on l'avait déjà vu dans 21 James Bond. Mais ce moment, cet instant où il perd Vesper, l'amour de sa vie, son seul amour, qui m'intéresse et ce qui était important pour
.
Pensez-vous que la volonté de faire de Bond un personnage plus sombre et plus complexe peut se faire sans perdre un quelconque aspect du personnage ?Le danger de la noirceur est de perdre la légèreté inhérente au personnage, c'est pour cette raison qu'il était nécessaire d'y apporter autant d'humour que possible. C'est la recette pour ne pas se prendre trop au sérieux, mais le risque inverse est d'en faire un film dénué de sens. C'est un équilibre très précaire. Selon moi, il était capital de conserver cet humour, j'espère y être parvenu.
Comment avez-vous collaboré avec le scénariste Paul Haggis pour "Quantum of Solace" ?Nous nous sommes rencontrés pour parler du genre de film que nous voulions faire réellement. Je commençais à peine les repérages, je lui ai donc demandé d'intégrer au scénario les décors et les endroits que je trouvais. Nous avons eu beaucoup de discussions très détaillées.
Paul Haggis s'est ensuite mis au scénario mais malheureusement il était trop occupé avec son propre film
(ndlr : Dans la vallée d'Elah). Nous avons donc retravaillé avec
Daniel son script, qui comportait encore quelques trous et pistes inexplorées. Le travail a été très positif car nous avons des sensibilités proches.
Quel est votre point de vue sur les gadgets, qui ont pris de plus en plus d'importance au fil des films ?J'aime les gadgets mais ils ont perdu un peu de leur impact de nos jours car nous en avons tous ! Ils ne sont donc plus aussi pertinents qu'avant. Le monde est également devenu beaucoup plus complexe qu'il ne l'était lors de la Guerre Froide et ce n'est pas toujours évident de déterminer qui est le bon et qui est le méchant. Il est impossible ou presque de dire qui fait quoi et pour qui. La distinction entre le Bien et le Mal est devenue tellement floue. On ne peut plus créer un grand méchant diabolique tentant de conquérir le monde.
creuse ce sillon. Un méchant peut en réalité être bon et le gentil faire des choses aussi inacceptables que le méchant.
Comment s'est passée votre collaboration avec Giancarlo Giannini ?Tout simplement fantastique ! C'est une légende et je suis un fan de ses films. C'est aussi un homme drôle, chaleureux et agréable.
Giancarlo a un grand coeur et il aime profondément ce qu'il fait. C'est appréciable d'avoir sur le plateau un acteur qui aime autant son métier.
Avez-vous eu toute lattitude pour présenter dans "Quantum of Solace" votre propre vision de 007 ?Oui, j'avais le sentiment qu'il fallait montrer ma vision de James Bond et
Barbara Broccoli et
Michael G. Wilson m'ont beaucoup soutenu dans cette démarche. J'ai pu travailler avec mon équipe habituelle et créer visuellement le 007 que je voulais. J'ai eu toute la liberté de faire le film que je désirais.
Propos recueillis par Thomas Destouches le 18 septembre 2008 à Londres
En savoir plus : Casino Royale, Quantum Of Solace, Daniel Craig, Marc Forster