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André Téchiné : "Avec Catherine Deneuve, c'était une expérience très nouvelle"
Par Brigitte Baronnet — 14 juil. 2014 à 17:45
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Rencontre avec André Téchiné, à l'affiche ce mercredi avec "L"homme qu'on aimait trop". Le cinéaste évoque notamment son actrice fétiche, Catherine Deneuve, et Adèle Haenel, nouvelle venue dans son univers...

AlloCiné : Avec L'homme qu'on aimait trop, c'est déjà votre 7e collaboration avec Catherine Deneuve. La question ne se pose peut être même plus à ce stade... Avez-vous tout de suite pensé à elle pour ce rôle ?

André Téchiné : Mais non (sourire) ! Figurez-vous que ce sont les producteurs qui m’ont proposé ce sujet sur l’affaire Le Roux. C’est une commande. Pour Renée Le Roux, ils avaient déjà Catherine Deneuve en tête. J’ai accepté avec joie. Ca paraît assez évident : un ancien mannequin Balenciaga, avec ce côté impérial, royal, dirigeant son casino, avec son autorité. Tout ça paraissait évident... Mais en même temps, pour nous, c’était une expérience très nouvelle. Je ne l’avais jamais utilisé, si vous voulez, dans cet aspect là d’artifice, de mascarade et de sophistication. C’était la première fois.

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A-t-elle accepté facilement de changer son apparence, de se vieillir?

L’histoire du vieillissement nous a pris beaucoup de temps. J’ai fait beaucoup d’essais. Et là, ça ne peut être que vous qui jugez du résultat. Ca a été un énorme travail. Je n’aime pas beaucoup au cinéma les artifices de vieillissement. Ca a été un travail de préparation de longue haleine.

Pour incarner la fille de Catherine Deneuve, vous avez choisi Adèle Haenel, qui nous a confié que vous ne lui aviez pas fait passer d’essais pour ce film…

A l’époque, elle n’avait pas encore beaucoup tourné. Elle m’avait beaucoup frappé dans un court métrage de Jean-Paul Civeyrac, qui s’appelait "Une heure avec Alice" (voir le court métrage ici). Elle avait pour partenaire Grégoire Leprince-Ringuet. J’avais été très fasciné par l’originalité de ce couple, par leur présence, leur fraicheur. Et puis, bien sûr, comme tout le monde, la découverte d’Adèle, c’était La Naissance des pieuvres, le film de Céline Sciamma. J’essayais de l’observer, d’écouter sa voix… C’est sa présence, essentiellement de ce que je connaissais d’elle dans ces deux films là, qui m’a vraiment déterminé à la choisir.

C'est sa présence qui m'a déterminé à la choisir

Vous savez, ce que dégage une présence, en puissance, en physique, c’est quelque chose de très instinctif que je ne serai pas capable du tout de théoriser. En tout cas, j’avais vraiment envie de me lancer avec elle. La seule chose que je lui ai demandé, parce que je pensais que ça accentuerait encore plus le côté solaire que je lui trouvais, c’était de se teindre les cheveux, d’accepter d’être brune.


On la compare à Isabelle Adjani jeune (Ndlr. André Téchiné a tourné avec Isabelle Adjani pour "Barocco" et "Les soeurs Brontë" à la fin années 70)…

C’est drôle car j’y ai beaucoup pensé à cause des années 70, mes propres années 70, surtout au début dans la scène de l’aéroport. Et puis aussi dans l’espèce de mobilité dans les expressions qu’Adèle peut avoir. Elle a quelque chose de très brut, de très enfantin…

Comme je savais que c’était un personnage douloureux, qui acquiert un destin malheureux, je voulais qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit rieuse, qu’elle soit solaire, et je tenais beaucoup à cette fraicheur. Je savais qu’il y avait des scènes où elle devrait pleurer. Je me méfie toujours des larmes, j’ai toujours très peur de ça au cinéma. Faire pleurer les actrices, je n’aime pas beaucoup ça. Déjà je trouve que c’est plus intéressant de faire pleurer les garçons.

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Je savais qu’Adèle arriverait à pleurer comme le font les enfants qui ont le cœur lourd, sans aucun maniérisme, sans aucun apitoiement, sans aucun chichis. Je raisonne là quand je vous parle. Quand je l’ai embarquée dans l’aventure, je n’ai pas raisonné comme ça. Mais j’essaie de retrouver tout ce qui était inconscient dans ce choix.

Je me suis dit qu’elle ne ferait pas de pathos. Elle jouera les scènes de détresse avec innocence, sans chercher à apitoyer, sans chercher à attendrir, à cause du côté cru qu’elle peut avoir. Autrement, il y avait le danger d’en faire un personnage geignard, une espèce de victime fragile, et ça je ne le voulais surtout pas


Vous travaillez sur deux nouveaux projets, dont un avec Céline Sciamma…

Oui, c’est une grande rencontre. On travaille ensemble. Je pense qu’on aura fini une première version après Cannes. C’est difficile de résumer le projet avec Céline Sciamma car nous sommes dans une phase d’intensité de travail et ça bouge, ça change.

C’est l’histoire de deux garçons qui se battent tout le temps et que les familles respectives n’arrivent pas à séparer. L’éducation scolaire intervient pour les séparer pour éviter qu’ils se battent. La question est de savoir comment tout ça va évoluer, s’ils vont rester ennemis jusqu’au bout ou s’ils vont parvenir à se rapprocher. Ce sera avec des inconnus (voir notre précédent article sur le sujet). 

Vous avez également pour projet l’adaptation de "En finir avec Eddy Bellegueule" ?

J’ai rencontré Edouard Louis, mais pour l’instant, on ne peut pas en parler. Tout ça sont des projets. Je ne sais pas lesquels auront la chance de voir le jour. C’est toujours un peu comme ça. Et je suis toujours dépendant des financements que je trouverai ou pas.

J’ai eu la chance de toujours pouvoir travailler. Je n’ai pas arrêté, mais j’ai quand même travaillé sur beaucoup de projets qui ne se sont pas faits. 
C’est toujours compliqué, même quand on s’appelle André Téchiné, de trouver des financements ?

Pour moi, ça a toujours été compliqué. Il y a toujours eu des contraintes économiques, pendant la préparation, le tournage. J’ai eu la chance de toujours pouvoir travailler. Je n’ai pas arrêté, mais j’ai quand même travaillé sur beaucoup de projets qui ne se sont pas faits. 

On ne va faire une rubrique nécro, mais j’ai travaillé beaucoup plus sur des films qui ne se sont pas faits que sur des films qui ont vu le jour. Mais, en même temps, les films qui ne se sont pas faits n’ont jamais été véritablement perdus car je les ai retrouvés dans un film suivant à une autre place.

Et c’est d’ailleurs le cas pour "L’homme qu’on aimait trop"…

C’était le cas pour "L’homme qu’on aimait trop" parce que Agnès Le Roux m’a fait penser à Julie de Lespinasse, qui est un projet que j’avais et qui n’a pas eu la chance de se tourner.

Propos recueillis par Brigitte Baronnet à Cannes, le 21 mai 2014

André Téchiné vu par ses comédiens :

 

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