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    La Vache : "un conte moderne, sur le ton de la comédie, avec un vrai sujet de société"
    Par Brigitte Baronnet — 17 févr. 2016 à 08:15
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    La Vache, grand vainqueur du Festival de la comédie de l'Alpe d'Huez 2016, sort sur les écrans ce mercredi. Nous avons rencontré le réalisateur Mohamed Hamidi et les comédiens Fatsah Bouyahmed, Jamel Debbouze et Lambert Wilson.

    Pathé Distribution

    AlloCiné : Comment définiriez-vous le registre du film ?

    Mohamed Hamidi, réalisateur : Je dirais que c’est une comédie humaine pour parodier un grand auteur! C’est une comédie avant tout car c’est un personnage drôle, qui est un peu un clown, un pantomime. Il a un physique marrant quand il se déplace et puis il y a Jamel et Lambert autour qui renvoient à la comédie.

    Malgré tout, on n’a pas peur de dire des choses sensibles aussi. Parfois, en comédie, on veut éviter ça, de peur d’être sur deux registres, mais c’est pour ça que je dirais que c'est une comédie humaine.

    Fatsah Bouyahmed (Fatah) : Oui, une tragi-comédie.

    Mohamed Hamidi : Non, pas tragi-comédie, car le « tragi » prend trop de place. Il n’y a pas de tragique.

    Fatsah Bouyahmed : Il y a un fond qui peut être tragique, mais qui ne l’est pas. On rit, on pleure, on pleure de joie. C’est du sentiment.

    Mohamed Hamidi : Une comédie sentimentale ?! On va y réfléchir ! On va trouver !

    Jean-Claude Lother

    Lambert Wilson (Philippe) : C’est un conte moderne, un conte sur le ton de la comédie. Mais qui a un vrai sujet de société... Un vrai sujet de fond qui va loin, qui est : comment des gens qui apparemment ne devraient jamais se rencontrer, et qui aussi devraient avoir facilement de la méfiance les uns pour les autres vont se trouver par hasard parce que la vie les met en contact les uns avec les autres. Ils vont vraiment se trouver et donner le meilleur d’eux-mêmes.

    C’est aussi un film poétique sur un personnage qui a un regard poétique sur la vie. C’est un candide moderne.

    Jamel fait partie des gens qui ont initié le projet. Les raisons pour lesquelles tu as voulu le faire sont, j’imagine, très spécifiques ?

    Jamel Debbouze (Hassan) : Honnêtement, d’abord par amour pour Fatsah. Chronologiquement, ça s’est passé de la manière suivante : j’ai rencontré Mohamed Hamidi, qui est devenu metteur en scène de mon spectacle. Quand je me retrouve sur scène, il me faut quelqu’un de confiance. Mohamed Hamidi était la personne idéale pour moi. Je me suis rendu compte qu’il avait un vrai talent de scénariste car j’ai coproduit son premier film, Né quelque part. J’ai voulu suivre ce talent, et à travers notre histoire, on a rencontré Fatsah, qui nous a éclaté tout de suite !

    Lambert Wilson : D'ailleurs comment s’est passée la premiere rencontre ? Je ne sais pas ça !

    Jamel Debbouze : On cherchait à faire le Jamel Comedy Club, on cherchait des jeunes talents. Je suis tombé sur une vidéo de Fatsah et de Blanche Gardin, qui est une très bonne comédienne aussi. Je suis tombé sous le charme des deux. Mais c’est vrai que ce personnage de Fatsah, juste à travers la vidéo, m’a pris tout de suite à la gorge et au cœur.

    Les grands comiques qui me fascinent sont les Chaplin, les De Funès ou les Galabru, qui ont dans l’œil des larmes. Ils ont, dans le fond, un drame profond qu’ils nous cachent à travers toutes ces gaudrioles qu’ils nous font. Je trouvais que Fatsah avait cette intensité dramatique. On s’est rencontrés comme pour un entretien d’embauche, et depuis c’est devenu mon ami d’enfance !

    Sur AlloCiné, on parle souvent de spin-off, reboot, etc. En voyant La Vache,  on peut se demander si La Vache n’est pas en quelque sorte un spin-off de Né quelque part avec le personnage de Fatah qui était déjà présent…

    Mohamed Hamidi : C’est vrai. On a repris les lunettes, la veste… C’est un personnage que j’avais tellement aimé dans Né quelque part que j’avais envie de le mettre en avant sur tout un film. Dans Né quelque part, il avait moins de place car ce n’est pas son histoire que l’on racontait. 

    J'avais écrit l'histoire de Né quelque part, avant qu’on se connaisse, en 2005. Puis, quand j’ai pensé cette histoire pour le cinéma, j’ai immédiatement pensé à Fatsah. On a trouvé des vannes ensemble. Mais je me suis senti un peu frustré. Nous n'avions que 4-5 scènes, mais qui ont marqué...

    Fatsah Bouyahmed : « Comme on dit en arabe, l’intimité ça n’existe pas ! »

    Mohamed Hamidi : J’avais envie de plus en tant que réalisateur donc le meilleur moyen, c’était de faire un film pour lui.

    Vous aussi, quand vous l’avez joué, vous vous êtes dit qu’il y avait matière à développer ce personnage ?

    Fatsah Bouyahmed : Oui, bien sûr. Ce personnage, la première fois que je l’ai joué, c’était dans une pièce de théâtre en 1997, puis il a évolué. A partir de Né quelque part, il y a un autre ton qui est apparu sur ce personnage. Il évolue toujours. C’est un personnage qui évolue en fonction de moi.

    Jean-Claude Lother
    Fatsah Bouyahmed, Mohamed Hamidi et Jacqueline

    Mohamed Hamidi : Sans faire de références qui nous écrasent, c’est plutôt rare d’avoir un personnage aussi fort. C’est un personnage qui compose complètement, comme Chaplin composait complètement son Charlot. Ce n’était pas du tout Charlot dans la vie, mais c’est dans ce personnage qu’il se révélait en tant qu’acteur. Et j’ai l’impression que l’acteur Fatsah se révèle dans Fatah. Il enlève son S !

    Je suis très content d’avoir eu ce personnage entre les mains parce que c’est une liberté énorme pour un réalisateur. Et tous les autres personnages se mettent à son diapason.

    Quelle est la part autobiographique dans ce film ?

    Mohamed Hamidi : C’est une synthèse de nos pères. Il y a plein de vannes qui sont des mots de nos parents.

    Fatsah Bouyahmed : Il y a un petit peu de ce qu’on pense, il y a un peu de la mentalité algérienne... A un moment, on dit qu’à la télévision algérienne, on ne voit que des moustaches. On l’interprète comme on veut, mais je sais qu’en Algérie, on peut parler des militaires en disant moustache…

    Mohamed Hamidi : C’est notre regard sur la France. Dans Né quelque part, c’était un peu plus perso, c’était vraiment ce que peut ressentir un fils d’immigré qui retourne dans le pays d’origine de ses parents.

    Mais la manière dont on raconte la France ici, c’est très personnel. Fatsah et moi on a un parcours assez similaire, on a fait beaucoup de colonies. J’ai emmené des gamins dans toute la France, entre 18 et 25 ans quand j’étais étudiant. J’ai découvert la France comme ça, j’ai découvert des gens géniaux, généreux. Après, l’environnement aidant, tu te retrouves avec des trucs un peu plus agressifs, mais moi ce n’est pas ça que je retiens de la France.

    Jean-Claude Lother

    Lambert Wilson : Pour moi c’était intéressant de voir comment un metteur en scène de culture algérienne analysait la fascination pour la France de personnages algériens. Mais il le fait avec une ironie incroyable. Il n’y a que lui qui pouvait faire ça, c’est-à-dire décrire certains personnages du village, notamment le jeune qui s’occupe du cyber café qui drague une française qu’il veut absolument épouser.

    Il y a un humour, une affection et aussi en même temps une certaine ironie sur les Algériens eux-mêmes. Sur la fascination qu’ils peuvent avoir d’aller en France, etc. Ca fait tomber beaucoup de clichés, mais en même temps on construit une bonne histoire aussi avec des clichés. Dans le film, je suis un artisto d’origine chrétienne, dépressif, mais c’est un cliché... Mes profs de théâtre me disaient toujours ça : il n’y a pas de bonne dramaturgie sans commencer à partir de clichés. Après, il faut l’humaniser, s’en éloigner. 

    C’est un regard bon, il n’y a pas de méchanceté, mais pas de mièvrerie. Mais il y a quelque chose de très humain sur tous les personnages quels qu’ils soient. L’humain est placé avant tout comme valeur. C’est ça qui fait que les gens sont touchés par le film. Ca les réconcilie à une époque où tout le monde veut être séparé.

    Jamel Debbouze : On croit de moins en moins en la sincérité, en la naïveté. Les gens appellent ça des bons sentiments. Je crois vraiment en la naïveté et la candeur. Ma mère est comme ça. Elle arrive dans une pièce : elle ne cherche rien et elle a tout parce qu’elle ne cherche rien. Fatsah quand il arrive dans un endroit, il ne cherche ni à plaire, ni à se départir de qui il est. Il reste au plus proche de qu'il est et c’est pour ça qu’on l’aime.

    Dans le générique de fin, vous remerciez Vincent Lindon. Pourquoi ?

    Mohamed Hamidi : Parce que dans ma recherche de comédiens, à un moment, je lui ai proposé le scénario. Il a beaucoup aimé. On a fait quelques rendez-vous, à discuter ensemble, à discuter du film. Il m'a aussi nourri dans ma réflexion. Je n'avais pas encore le casting définitif. Il m'a nourri. C'est un mec intense qui connait vraiment bien le cinéma. Il y a des idées à lui que j'ai gardées. Je voulais le remercier, je remercie tous les gens qui ont contribué de près ou de loin à ce scénario. C'est un mec vraiment formidable.

    La bande-annonce de La Vache, à l'affiche ce mercredi :

    La vache Bande-annonce VF

     

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