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The Fits : un premier film dansant sous l'influence de Tomboy [INTERVIEW]
Par Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 10 septembre 2016 — 11 janv. 2017 à 11:45
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Récompensé par le Prix de la Critique au dernier Festival du Cinéma Américain, "The Fits" nous fait découvrir une variante du hip-hop, en même temps que la réalisatrice Anna Rose Holmer, jeune cinéaste qui nous présente son long métrage.

The Fits Bande-annonce VO

"C'est le plus grand cinéma dans lequel nous avons présenté le film, et devant le public le plus large", nous explique Anna Rose Holmer au lendemain de la projection de The Fits, son premier long métrage, au Festival du Cinéma Américain de Deauville. "Quand on fait le mixage d'un film, on le fait généralement pour une salle de cette taille, mais nous n'avons que rarement la possibilité d'y projeter le résultat." Et il faut croire que l'ambiance lui a porté chance puisque la cinéaste s'est vue remettre le Prix de la Critique.

Porté par la jeune (et incroyable) Royalty Hightower, le long métrage était pourtant le dernier candidat présenté en Compétition, et il nous a notamment permis de faire connaissance avec une variante du hip-hop appelée le drill.

AlloCiné : Comment avez-vous découvert le drill ?
Anna Rose Holmer : Lorsque nous avons commencé à travailler sur le film, nous n'avions pas le drill en tête, ni même l'idée de tourner à Cincinnati. Et c'est pendant que je le développais que je me suis mise à la recherche d'une forme de danse capable de coller avec le récit, sur YouTube surtout. Ça m'a pris des mois et je regardais des équipes de danse, avec différentes variantes. Le premier clip de drill que j'ai vu était des Q Kids, les filles que l'on voit dans le film, et j'en suis immédiatement tombée amoureuse. Je leur ai alors demandé si elles voulaient collaborer avec moi, et c'est quand elles m'ont dit oui que nous avons commencé à travailler pour adapter le scénario au drill et au tournage à Cincinnati.

Que contenait le scénario à l'origine ?
J'ai d'abord pensé à des pom-pom girls, mais je voulais que ce soit plus dansant et que le sport au coeur du récit ait sa propre compétition. Au final, je n'ai pas changé grand chose au scénario : c'est surtout en termes de physicalité qu'il y a eu du changement.

La boxe et la danse permettent de saisir ce qu'il se passe avec Toni

Pendant combien de temps avez-vous développé ce projet ?
Je l'ai développé de façon très libre pendant un an, puis nous avons candidaté pour obtenir une bourse de la Biennale de Venise. Et onze mois se sont écoulés entre le moment où nous leur avons déposé le scénario terminé et l'avant-première mondiale [à Sundance, ndlr], ça a été très rapide.

Au-delà de la bourse qui vous a été accordée, le film a-t-il été compliqué à financer ?
Non, car tout le budget venait de Venise. Et nous avons également reçu des soutiens financiers de la part du Sundance Institute notamment, donc les bourses ont tout couvert.

Lorsque l'on parle d'un film américain où il est question de boxe et de danse, des images nous viennent automatiquement en tête. Avez-vous eu du mal à vous en éloigner pour trouver votre propre style ?
Ce que nous voulions, c'était autoriser le public à venir avec ses attentes. Nous pensions que si The Fits ne voyait pas le jour, il y aurait d'autres films situés dans cet univers. Mais la boxe et la danse permettent de saisir ce qu'il se passe avec Toni, donc c'est vraiment son monde qui dicte le style du film.

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Royalty Hightower, héroïne (et révélation) de "The Fits"

Comment avez-vous travaillé avec le casting et, surtout, trouvé votre actrice principale ?
Je voulais que toutes les filles dans l'équipe se connaissent, donc nous avons d'abord choisi l'équipe et c'est en leur sein que nous avons fait un casting. Elles sont quelque chose comme 200, et nous en avons gardé 45. Royalty Hightower, qui incarne Toni, fait partie de cette équipe puisqu'elle y danse depuis qu'elle a six ans.

Nous l'avons rencontré le premier jour du casting, et je crois que c'était la huitième fille que nous avons vue. Nous avons immédiatement eu un bon feeling à son sujet car elle est très charismatique et magnétique, et elle possède cette incroyable capacité à écouter et montrer au monde qu'elle le fait. Le rôle de Toni n'est pas très verbal, donc il me fallait quelqu'un capable de jouer activement les introvertis. Et elle est incroyable.

Avez-vous laissé vos actrices improviser pour capturer leur naturel ?
Non, il y a très peu d'improvisation à l'écran. J'ai vécu sur les lieux pendant les six mois qui ont précédé le début du tournage et nous les avons beaucoup observées, donc j'avais repéré des choses que j'aimais pour leur demander de le refaire. Il y avait un entrain chez eux et, comme elles sont danseuses, elles n'avaient aucun problème avec la chorégraphie, autant musicales que pour les placements.

Quand l'intrigue autour du virus a-t-elle été ajoutée au scénario ?
C'était le germe du scénario en fait. Quand j'ai commencé à travailler dessus, je cherchais comment exprimer cette contagion, cette hystérie. Donc le virus a toujours fait partie du projet.

Il est question de se transformer et de se voir soi-même

Est-ce qu'on peut le voir comme une métaphore de tous les changements qui se produisent pendant l'adolescence ?
Totalement. Nous voulions que l'idée de virus fonctionne de façon pratique et, surtout, allégorique. Il est vraiment question de se transformer et de se voir soi-même pour la première fois.

Avez-vous vu le film "Bande de filles" ? Car quelques-uns des aspects de "The Fits" m'y font penser.
Oui je l'ai vu. Mais, parmi les films de Céline Sciamma, j'ai préféré Tomboy et son conflit interne est similaire à celui qui est dans The Fits.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 10 septembre 2016

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