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    Marie Stuart, Reine d'Ecosse : "L'Histoire l'a longtemps fait passer pour une incompétente parce qu'elle était une femme"
    Par Léa Bodin — 27 févr. 2019 à 05:00
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    Rencontre avec Margot Robbie, Saoirse Ronan et la réalisatrice Josie Rourke à l'occasion de la sortie de "Marie Stuart, Reine d'Ecosse".

    AlloCiné : Le face à face entre Mary et Elizabeth est le climax du film, mais historiquement, il n'est jamais arrivé.

    Josie Rourke : Historiquement, il n'a pas existé, mais il y a une longue tradition dramatique autour de ce face à face. La pièce de théâtre très célèbre de Friedrich von Schiller, écrite en 1800, est probablement la première à avoir imaginé cette rencontre. Katharine Hepburn, Helen Mirren, Vanessa Redgrave, ont joué cette scène au cinéma. Je pense que ce qui a motivé les metteurs en scène et les cinéastes à donner vie à cette rencontre, c'est la correspondance très prolixe qu'ont entretenue Mary et Elizabeth pendant de nombreuses années. Elles échangeaient sur des sujets politiques, mais aussi plus intimes. D'un point de vue très pragmatique, je crois que le public s'ennuierait profondément si c'est quelque chose que je montrais par le biais de lettres : on veut que ces deux personnages incroyables se fassent face.

    Est-ce qu'on se sent moins libre quand on doit faire un film historique ?

    Je ne me sens jamais vraiment libre dans aucun des projets que j'entreprends, car les détails sont très importants pour moi. Tous les historiens ont une opinion. Il y a l'histoire, les faits, et il y a les historiens qui les interprètent. Il y a donc déjà un premier acte d'interprétation, avant même qu'on commence à se pencher sur le matériau de départ. Il s'agit donc de trouver celle en laquelle on a le plus confiance et j'ai vraiment confiance en John Guy, qui a écrit ce livre sur Mary Stuart, parce que l'un des aspects de sa recherche qui est très important pour moi, c'est qu'il prend Mary très au sérieux en tant que politicienne et il se débarrasse de tout le slut-shaming. Dans l'histoire, il y a eu une véritable propagande qui a longtemps fait passer Mary pour une incompétente parce qu'elle était émotive, parce que "c'est ainsi que sont les femmes"…

    Ces deux femmes ne sont pas en opposition, elles portent un regard similaire sur beaucoup de choses.

    Bien sûr. Lorsqu'on parle de deux hommes comme des rivaux, c'est le point de départ de l'histoire. On parle ensuite de leur ambition, de leur pouvoir, de leur fascination et de leur obsession pour l'autre et ça devient une histoire. Lorsqu'on parle de deux femmes rivales, ça a tendance à être la fin de l'histoire, ça s'arrête là et personne ne cherche vraiment plus loin. Bien sûr il y a de la rivalité, car elles sont en concurrence pour le trône d'Angleterre, mais en même temps ça va bien au-delà de ça : il y a une compréhension mutuelle, en tant que femmes de pouvoir, elles nourrissent une obsession mutuelle pour le caractère de l'autre. Finalement, je voulais transposer quelque chose que l'on se permet pour raconter l'Histoire des hommes à celle des femmes.

    Universal Pictures International France

    Le film est très moderne. C'est ce qui semblait juste pour raconter cette histoire ?

    L'une des grandes influences pour le film a été La Reine Margot, de Patrice Chéreau. Voilà ce qui est remarquable, avec ce film : au début, lors de la scène de mariage, on lui écrase la tête contre le coussin pour l'obliger à dire "oui", il y a quelque chose de très viscéral. Je ne sais pas si c'est ça, la modernité, mais on peut sentir - et Chéreau est un cinéaste qui vient aussi du théâtre - on ressent al scène de manière très vive, on ressent l'instant. Peut-être que quand on parle de modernité, ce qu'on veut dire par là, c'est qu'on a le sentiment qu'on pourrait être présent à cet endroit, à ce moment, on comprend la dynamique de ce lieu, de cette pièce, de cette scène. C'est comme cela que je travaille au théâtre et j'espère, maintenant, au cinéma. 

    En effet, vous venez du théâtre, c'est votre premier film et il est très ambitieux. Comment vous êtes-vous accomodée à l'art cinématographique ?

    C'est agréable de pouvoir parler à des français de cela car j'ai l'impression qu'en France, le passage se fait naturellement du théâtre au cinéma, du cinéma au théâtre parce que chez vous le dialogue culturel est très riche. J'ai passé toute ma carrière, je crois, à penser au cadre ! Quand vous faites un film, d'un coup, vous avez des milliers de cadres que vous pouvez mettre en forme, de manière plus picturale ou de manière plus dynamique. On a beaucoup réfléchi au mouvement, à la chorégraphie. C'était très excitant et le théâtre, d'une certaine façon, est un bon moyen de s'y préparer. 

    Que pensez-vous avoir apporté au film en tant que femme ?

    Avant de vous répondre, je dois préciser que je ne me prends pas pour une reine de la Renaissance, mais ce que j'ai fait, c'est que j'ai dirigé des structures artistiques pendant dix ans, je suis directrice artistique d'un théâtre à Londres et quand j'ai commencé ma carrière dans le théâtre, j'étais la seule femme à faire ce travail, donc je connais ce sentiment, qui consiste à arriver dans une réunion importante où il n'y a que des hommes et de représenter dans cette pièce non seulement sa propre personne, mais aussi toutes les femmes. Je pense que d'un point de vue personnel, il y a un peu de cela dans ce film. 

    On peut voir le film comme une relecture féministe de l'Histoire. Qu'en pensez-vous ? 

    Encore une fois, dans la culture française, le relecture des événements est essentielle depuis très longtemps. C'est ce que Simone de Beauvoir nous a appris ! C'est quelque chose qui me tient à coeur d'un point de vue politique, mais c'est aussi vraiment lié à mon expérience, très instinctif. Dans chaque pièce où en rentre en tant qu'être humain, les premières questions qu'on se pose sont instinctives. 

    Pourquoi pensez-vous que ces deux femmes, des siècles et des siècles après leur mort, continuent de fasciner les gens ?

    C'est peut-être parce qu'on a choisi de se souvenir de très peu de femmes dans l'Histoire, donc c'est important de continuer à raconter leur histoire. Une de mes grandes frustrations a été de ne pas pouvoir inclure Catherine de Médicis dans le film, j'adorerais faire un film sur Catherine de Médicis et il y a encore énormément de femmes incroyable dont on pourrait raconter l'histoire et j'espère pouvoir le faire à l'avenir ! 

    La bande-annonce de Marie Stuart, Reine d'Ecosse : 

     

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    Commentaires
    • riqueuniee
      Sans entrer dans un débat sur le féminisme, la réalisatrice oublie un fait : elle a été considérée comme incompétente parce qu'elle a perdu.Pour en revenir au film, d'après les images, la reconstitution semble plus que stylisée
    • Madozam
      très bon film !! j'ai déjà vu des films sur des grandes personnalités historiques (plus sur des hommes!), mais de cette envergure c'est très rare !!
    • Robert L.
      Ça alors mon commentaire a sauté... On aime pas la contradiction Allociné ?
    • MickDenfer
      ça fait plus peur que La nonne. lol
    • TheTHX
      Déjà, il y a ceux(celles) qui connaissent Marie-Stuart et les autres... Ceux qui ne la connaissent pas ne peuvent pas la trouver incompétente et ceux qui la connaissent savent qu'elle ne l'était pas. D'autre part, l'Angleterre a eu nombre de femmes de pouvoir est reconnus comme telles. En France, l'affaire de la tour de Nesle, si bien romancée par Maurice Druon, à évidement limité ce genre de chose ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas eu. Faire ce genre de déclaration n'est juste qu'un moyen de se faire de la pub ... lamentable
    • Robert L.
      La cargaison géniale des femmes libérées du XXIème on l'attendra longtemps...
    • tueurnain
      Bravo pour ton post!
    • Thom_Prn
      Le tabou des règles, l'homosexualité, les femmes de pouvoir, de nombreuses thématiques finement abordées dans Marie Stuart. http://www.lebleudumiroir.f...
    • Didier H
      Cette itw concentre à elle seule les trois plus grasses erreurs des feministes : 1. penser sur le mode du avant nous, le desert et estimer que c'est elles qui ont tout decouvert et qu'elles vont liberer les femmes d'ajd mais aussi d'hier. 2. s'estimer representante de toutes les femmes en tant que feministe. Alors que le feminisme est une ideologie qui est loin de faire l'unanimité chez elles. 3. confondre les femmes de pouvoir, et il y'en a eu beaucoup dans l'histoire, et de talents, egalement, avec des femministes.Le feminisme est une ideologie qui a d'abord pris son essor dans la direction de l'egalité en droit, donc devant la loi, avant de poursuivre sa route jusqu'à devenir une lutte pour l'egalité en tout, donc l'interchangeabilité. Le premier sillage a permis de sortir les femmes de la minorité eternelle (de leur pere à leur maris) et de leur donnef accès à la majorité et l'opportunité d'etre autonome. Il a donné aux femmes le droit de vote, et donc la liberté de conscience et d'expression. Le second sillage rogne la complementarité des sexes, au sein de la famille notamment, le merite, avec le principe de la parité, la paix sociale, avec la suspicion permanente vis à vis de la mysoginie ou de l'emasculation, selon le camp concerné. On est loin du progrés evident et unanime que chaque femme devrait porter en bandouliere. Et les feministes devraient ajouter un peu d'humilité à leur vin. Parce qu'un siecle archaique et sexiste comme le 19eme a livré des femmes comme Marie Ann Evans, les soeurs Bronte, Jane Austen et Virginia Woolf. On attend toujours la cargaison geniale des femmes liberées du 21e.
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