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    La Vie Scolaire: notre rencontre avec Grand Corps Malade et Mehdi Idir
    Par Propos recueillis par Chaïma Tounsi — 28 août 2019 à 05:30
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    AlloCiné a rencontré Grand Corps Malade et Mehdi Idir, réalisateurs de La Vie Scolaire. Le duo revient avec un film engagé, deux ans après le salué Patients.

    La Vie scolaire : notre rencontre avec Zita Hanrot et Liam Pierron

    Avec La Vie Scolaire, vous avez choisi de vous concentrer sur les années collèges plutôt que le lycée. Quels souvenirs vous en gardez ?

    Grand Corps Malade : On a choisi les années collège parce qu’on a bien aimé cette période, on a plein d’anecdotes. Souvent on en parle et on se raconte nos histoires. On s’est dit que ça ferait un bon film sur l’école. On est partis d’anecdotes personnelles, de scènes qu’on a vécues ou qu’on nous a racontées. Après c’est aussi un thème de fond : la vie dans un collège dit populaire et ce que ça pose comme question. Notre but, au-delà de ça, c’est aussi se poser des questions sur ce système scolaire.

    Si je ne me trompe pas Mehdi, on fait cette interview dans ton collège (Gabriel Lorca à Saint-Denis). Qu'est-ce que ça te fait de revenir des années après, et d'y tourner un film ? 

    Mehdi Idir : Oui c’est bien ça. C’était bizarre au début, surtout parce qu’ils ont tout rénové. Ça ne ressemble plus du tout à ce que c’était. Du coup ça a un peu atténué l’effet madeleine de Proust. Ce qui est étrange c’est de faire cette interview dans le couloir où j’adorais trainer (rires). 

    Vous citez Ken Loach et ses comédies sociales comme source d'inspiration, à savoir faire des films lumineux et drôle tout en abordant des sujets sensibles. Mais ils sont aussi politiques. Vous diriez que la vie scolaire est un film politique ?

    Grand Corps Malade : C’est au commentateur de juger si c’est un film social ou politique. On ne se pose pas la question de savoir dans quelle case on le range. Evidemment qu’il y a certainement une dimension politique quand on parle d’un quartier populaire et que tu te poses des questions sur comment l’éducation nationale arrive à agir dans un quartier comme ça. On essaie de raconter des vies qui existent, de se rapprocher le plus possible de la réalité. Il se trouve que dans la réalité il y a souvent une dimension politique.

    Laetitia Montalembert - Gaumont – Mandarin Production – Kallouche Cinéma


    La vie scolaire est un film d'école plutôt original puisque raconté à travers le prisme des pions et de la CPE. Comment l'idée vous est venue ?

    Medhi Idir : On voulait entrer dans le collège d’une façon originale. L’un de mes cousins, Khalid Zibra, qui a donné son nom à notre CPE, fait aussi ce métier. On l’entendait souvent nous raconter ses histoires. C’est quelqu’un qui est à la croisée des chemins : il est entre les élèves, les profs, les parents d’élèves, l’administration etc. Et c’était intéressant parce c’était le noyau qui nous permettait de dévier sur pas mal d’histoires.

    D'ailleurs l'histoire sur le concours de punition, elle est vraie ?

    M.I : Le Simpson Challenge ? On l’a inventé (rires). Mais c’est parti de pleins de punitions dont on a entendu parler. On s’est amusés à le faire.

    Mehdi, vous avez dit sur le plateau de Quotidien que Yanis, le personnage joué par Liam Pierron était inspiré de vous.

    M.I : Ce n’était pas notre volonté de départ, c’est arrivé un peu par hasard. Quand on a commencé à écrire, on s’est inspirés de chose qu’on connaissait. Quasiment toutes les histoires qui sont dans le film sont vraies. Les personnages aussi. En cherchant notre personnage principal, on voulait lui donner un passé. Un film qui se passe dans un collège en banlieue, ça a déjà été fait. On voulait apporter un peu de réalisme en parlant de ce qu’on est. Ce que je suis.

    On aime faire de belles images, des plans ambitieux mais ça doit correspondre à une nécessité de narration

    Et Farid le mytho, il est inspiré de qui ? 

    GCM : Il est inspiré d’une légende vivante de Saint-Denis. On lui a donné le même nom, Farid Hamoudi. Il est une génération au-dessus de nous. J’ai eu la chance de le croiser une fois. Les mensonges dans notre film sont petits à côté de ceux du vrai Farid. C’est un vrai mythomane.

    M.I : C’est une expression qu’on utilisait entre nous à l’époque. On disait aux gens "T’es un vrai Farid toi !" quand ils mentaient.

    J’ai remarqué qu’il y avait un personnage qui s’appelle "Bouchard" à la fois dans La Vie Scolaire et dans Patients

    M.I : T’es forte. C’est exactement ça. (rires).

    GCM : On met souvent des noms de gens qu’on connaît. Et Bouchard, ce n’est pas un pote, c’est quelqu’un qu’on connaît. Et du coup on ne lui donne pas les meilleurs rôles (rires). Mais si c’était à refaire, on ne le referait pas parce que notre Thierry Bouchard est tellement humain alors qu’on voulait en faire le méchant de la bande au départ. Antoine Reinartz lui a apporté beaucoup d’humanité et de justesse.

    Laetitia Montalembert - Gaumont – Mandarin Production – Kallouche Cinéma


    Patients et La Vie Scolaire partagent pratiquement les mêmes acteurs. Pourquoi ce choix ?

    M.I : On a vraiment écrit les rôles pour Moussa Mansaly, Soufiane Guerrab, Alban Ivanov… On avait envie de rebosser avec gens-là. On les trouvait extraordinaire et depuis Patients ils sont devenus de très bons potes. On ne se voyait pas tourner sans eux.

    Ce ne serait pas un fil rouge que vous aimeriez garder dans tous vos films ?

    M.I : C’est sûr pour Soufiane Guerrab (rires). On aime tellement nos acteurs qu’on va essayer de leur trouver des rôles dans nos prochains projets.

    Il y a des plans très sympas dans votre film, notamment celui qui lie les deux fêtes. Maintenant que vous cumulez deux expériences, comment vous décririez votre style en termes de réalisation ?

    GCM : C’est difficile de commenter son propre style. On essaie à la fois de rester assez simple, on ne veut pas d’effets juste pour le plaisir des effets. Mais quand on en fait, on essaie que ce soit justifié, que la forme soit toujours au service du fond. Il y a certaines scènes où les personnages sont un peu décadrés. C’est des moments qui correspondent à des tensions entre les personnages. Celle dont vous parlez, avec le un faux-plan séquence, un moment très clipé mais ce n’est pas gratuit : c’est pour montrer le parallèle entre les profs et les élèves et montrer que finalement, ils font la fête de la même façon. On aime faire de belles images, des plans ambitieux mais ça doit correspondre à une nécessité de narration.

    Vous réfléchissez déjà à votre futur projet, une série télé peut être ?

    M.I : On travaille sur une série qui se déroule dans le milieu des comiques ou le rôle principal sera tenu par Youssef Hajdi. On l’écrit avec lui et notre producteur Jean-Rachid [Kallouche]. C’est super intéressant d’écrire avec un acteur parce qu’il voit des choses qu’on ne voit pas forcément. On est au tout début du processus.

     

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