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    James Gray raconte comment Harvey Weinstein a volontairement saccagé la sortie américaine de The Immigrant
    Par Raphaëlle Raux-Moreau — 28 mars 2017 à 18:10
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    Souvent critiqué pour ses méthodes douteuses, le producteur Harvey Weinstein est loin d'avoir fait du bien à la carrière de James Gray. Lors d'une interview, le réalisateur est ainsi revenu sur leur désastreuse collaboration sur "The Immigrant"...

    The Immigrant
    1. The Immigrant +
    Le film de James Gray (2013) est l'un des nombreux films à avoir souffert d'une désastreuse collaboration avec le producteur Harvey Weinstein. 

    => En savoir plus sur ces films abîmés par Harvey Weinstein !
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    Olivier Dahan, Martin Scorsese, Jean-Pierre Jeunet, Mark Christopher... Ils sont nombreux à avoir subi les célèbres coups de rabots du producteur américain Harvey Weinstein, qui n'hésite pas à couper des scènes et amputer tout un film de son essence s'il estime qu'il en sera plus rentable. James Gray, dont le dernier film The Lost City of Z vient de sortir en salles, fait partie de ces figures de réalisateurs déshérités, privés, à des échelles différentes, du fruit de leur travail.

    Si James Gray possède aujourd'hui une base de fans très solide et un nombre de critiques affiliés à son cinéma, le réalisateur a essuyé, dans le courant de sa carrière, de nombreux revers. Quand la sélection cannoise le plébiscite - quatre de ses films ont été sélectionnés - ils essuient ensuite des huées en salles de projection. Quand la critique française le porte, les critiques américains et britanniques le malmènent fréquemment. Et quand son cinéma se veut personnel et sombre, Harvey Weinstein tente d'y placer un bon coup de ciseaux et plus de mélo.

    Les coulisses de "The Yards"

    Parmi les combats menés par James Gray, ses confrontations avec Harvey Weinstein sont en effet loin d'être un secret. Leur rencontre date du tout début de carrière de James Gray, à l'époque de The Yards (2000). A cette époque le réalisateur n'est pas en mesure de négocier quoi que ce soit avec le célèbre producteur qui possède le dernier mot sur le film. Et ce dernier n'hésitera pas à en profiter...

    Bac Films
    "The Yards", une histoire douloureuse devant et derrière la caméra
    The Yards, une succession de demandes aberrantes

    Après lui avoir demandé de raccourcir son scénario, Weinstein demande à Gray de changer la fin de The Yards après une projection-test. Toujours pas convaincu, Weinstein cherche à couper, à couper... Mais, devant une nouvelle projection-test où le public continue d'être circonspect, il accepte de revenir à une version plus longue puis laisse croupir le film dans un coin pendant un an. Au final, si Gilles Jacob n'avait pas invité Gray à le présenter au Festival de Cannes, The Yards serait sorti en Direct-to-DVD.

    Mais, sur place, rien ne va s'arranger pour The Yards-le-Maudit. Lors de la projection, James Gray fait en effet face à sa première "violence cannoise". Son film est encensé par les uns et hué par les autres. L'évènement donne du grain à moudre à Weinstein qui saborde une dernière fois le film, lui offrant une sortie limitée et aucun appui publicitaire. Une histoire bien triste qui aurait d'ailleurs pu priver le public du reste de l'oeuvre de Gray qui, après cette expérience douloureuse, mit sept ans à réaliser son film suivant, La Nuit nous appartient

    Je ne suis pas idiot au point de lui faire confiance deux fois

    Dans ces conditions, on peut sérieusement se demander pourquoi James Gray a accepté de retravailler avec Weinstein sur The Immigrant, son cinquième film qui raconte l'arrivée d'une jeune polonaise, interprétée par Marion Cotillard, aux Etats-Unis, et dont la distribution a également été saccagée.

    La réponse est assez claire et, lors d'un entretien réalisé par le quotidien britannique The Telegraph à l'occasion de la sortie de The Lost City of Z, le réalisateur est longuement revenu sur cette expérience désastreuse, spécifiant d'entrée de jeu que cette nouvelle collaboration avec Weinstein était loin d'être un choix ni un moyen d'apaiser leur relation :

    "Laissez-moi être aussi direct que possible avec vous là-dessus. Il n'y avait aucune relation à réparer. Je n'avais pas l'intention qu'Harvey achète et distribue The Immigrant. Je trouvais que c'était une idée désastreuse. Et je ne pensais pas qu'il voudrait du film ni qu'il l'aimerait. [Mais], il en a acheté les droits de distribution sans que je le sache ! Il l'a acheté aux gens qui s'occupent de lever des fonds pour moi aux Etats-Unis. Je leur ai dit que c'était une mauvaise idée mais je n'ai pas eu gain de cause".

    Vendu sans le consentement de son auteur et malgré le passif entre les deux hommes, le film partait déjà sur des bases fragiles : "Ce n'était ni ma préférence ni mon choix. Je ne voulais pas que ça se fasse, je n'avais aucune relation avec Harvey. Ce n'est donc pas comme si j'avais cherché à apaiser nos rapports et qu'il m'avait encore entubé ensuite. Je ne suis pas idiot au point de lui faire confiance deux fois !", continue Gray.

    Anne Joyce
    James Gray sur le tournage de "The Immigrant"
    Conserver sa version ou le happy end de Weinstein...

    Confronté à nouveau au géant Harvey Weinstein, Gray était toutefois dans une position totalement différente qu'à l'époque de The Yards : "Pour The Immigrant, j'avais le final cut. Alors, je savais qu'il ne pouvait pas me faire changer [ce qu'il voulait]. Mais, il a appliqué toute la pression qu'il pouvait sur le film, y compris celle de l'enterrer." Le réalisateur a alors été confronté à un choix cornélien :

    "Est-ce que je change le film, ce qui équivaut, dans mon esprit, à le détruire ? [L]a version [de Weinstein] durait 88 minutes, s'achevait sur une fin à la Mélodie du Bonheur avec un plan où Marion Cotillard et sa soeur marchent au travers d'une montagne à Los Angeles avec une voix-off disant : "J'ai réussi, j'ai réussi", avec en fond une musique grandiloquente."

    Il aurait pu faire gagner l'Oscar à Marion s'il avait mis sa machine en marche

    Une version plus ampoulée, et raccourcie de 30 minutes, qui ne plaisait pas du tout au réalisateur qui refusait d'y être associé : "Le public ne sait pas que ce n'est pas votre idée. On vous le reproche car vous êtes le réalisateur et le scénariste. Alors, je me suis dit que je n'allais pas en prendre la responsabilité. De toute façon, ce qui se serait passé, c'est que ce film-là aurait eu des mauvaises critiques puis se serait planté alors que ce n'était même pas ma version".

    James Gray décida donc de conserver sa version initiale "au risque qu'elle ne soit jamais distribuée. [Je me suis dit que] si je continue ma carrière, il deviendra peut-être ce film légendaire que j'ai fait et que personne n'a pu voir. J'ai opté pour la seconde option qui me paraissait meilleure que la première. [Weinstein] a eu le sentiment que c'était complètement obstiné, terrible et égoïste de ma part. Car il pensait que sa vision était plus "commerciale".

    Wild Bunch Distribution
    Joaquin Phoenix et Marion Cotillard


    L'autodestruction à la Weinstein

    Comme il estimait que James Gray refusait de faire ce qui était le mieux pour le film, Harvey Weinstein a tout fait pour ne pas l'aider à monter vers les sommets. Ce dernier aurait alors volontairement saccagé la sortie d'un film de sa propre écurie alors que tout aurait dû le pousser, financièrement notamment, à la favoriser. "Quand le film est sorti aux Etats-Unis, Marion a gagné pratiquement tous les prix critiques. Harvey aurait sans peine pu lui obtenir une nomination à l'Oscar, même lui faire gagner la statuette, s'il avait mis sa machine en marche derrière elle (...)", explique le réalisateur.

    Il a fait ça parce que je ne suis pas allé dans son sens

    "On agit souvent par autodestruction. Harvey qui enterre le film était un véritable acte d'autodestruction. En gros, il a fait ça parce que je ne suis pas allé dans son sens. Ca a violé ses principes narcissiques. Lorsque vous ne faites pas exactement ce qu'il veut, cela n'a aucune importance que ce soit dans son intérêt de protéger le film. Il ne voit pas les choses de cette façon."

    Au final, The Immigrant, qui n'a reçu aucune nomination aux Oscars en 2013, n'a bénéficié que d'une sortie très confidentielle (150 salles aux Etats-Unis) malgré ses critiques positives. Quant à ses recettes, elles sont loin d'avoir épongé son budget. Doté d'un très beau casting et très ambitieux à plusieurs niveaux, notamment en termes de décors et de figurants, The Immigrant a même fait moins de recettes que le plus intimiste Two Lovers. Tous deux très loin du record de Gray, enregistré à l'occasion de La Nuit nous appartient (distribué dans plus de 2400 salles américaines). 

    James Gray nous parle de "The Lost City of Z" :

    The Lost City of Z : entretien avec James Gray

     

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