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Journal intime est probablement un des meilleurs films de Nani Moretti et sûrement un des plus représentatifs de son oeuvre, à la fois vision politique, intime et culturel. Il n'est pas fréquent qu'un film découpé en sketch soit réussi, souvent des segments peuvent être assez faibles et déséquilibrer le propos. La première partie, longue balade en vespa dans les rues de Rome au mois d'août, est la plus riche en idée ; une ode au cinéma et un hommage à Pasolini, une critique de l'urbanisme romain. La notion du temps est distordue (le temps mis pour arriver sur les lieux de l'assassinat de Pasolini). La deuxième partie et ses pérégrinations dans les îles éoliennes en vue de repérages pour son prochain film vise une recherche introspective et une occasion de s'en prendre à la télévision et aux petites lâchetés des hommes. La qualité de la photographie, pourtant sans visée touristique, est magnifique. Moretti privilégie les plans larges aux gros plans. Une très belle scène elliptique : celle où il joue au football esseulé (commes ses propres idées?). Il se joue aussi de la structure familiale. Une série de scènes très drôles : les appels téléphoniques et les cris d'animaux, hilarant et aussi bien menée que les meilleurs films comiques avec un grand sens du montage. La partie conclusive est autant une ridicule vision narcissique liée à ses problèmes réels de santé qu'une critique de la médecine et de ses médecins pérorant qu'on croirait sortis des personnages parvenus de Molière. La conclusion est difficilement oubliable. Moretti ne cache pas ses opinions politiques sans concession sur son pays mais en y ajoutant ici une grande liberté de ton qui baigne le film, mais aussi une façon de tourner qui est une ode à la liberté, à la fois Vitorio De sica que Jean Vigo. Le changement du style narratif lors des différentes parties fait toute la personnalité de ce grand film, un des plus en vue lors du festival de Cannes 1994. A noter aussi la très bonne partition musicale diverse et suprenante baignant tout le film. Nani Moretti fournit ici aussi une très bonne performance d'acteur bien plus inspiré que dans Habemus papam où il vampirisait le film en partie.
Ajoutée le 13 janv. à 12h01 Signaler un abus
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