Flav43
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2.5 - Moyen
Dans la course du temps, dans l’élan du monde, «L’homme qui marche» (France, 2008) d’Aurélia Georges ouvre une parenthèse, une marge éphémère, le temps d’un épanouissement fugace. Dans le cadre d’une trentaine d’années, Georges relate la vie de Viktor, analogue fictionnelle de l’écrivain Vladimir Slepian. L’inspiration originelle de Georges n’a que très peu d’incidence sur le récit, le véritable sujet d’attention du film est plutôt l’interprétation de César Sarachu. Le profil de son corps, les lignes de son faciès jusque dans la silhouette de sa main, le graphisme (le mot a sa pertinence) de Sarachu, au regard de la société dans laquelle son personnage évolue, paraissent entièrement inadaptés. Personnage taciturne au ton de voix ingénu, sa présence rend aux choses leurs vraies valeurs, leur nécessité relative. Lacan, aux yeux de Viktor, n’est pas ce psychanalyste révolutionnaire envoutant mais un simple homme qui, comme tout le monde, «fait caca». Viktor est cet homme qui marche, cet homme en évolution, en mutation même, ainsi le voit-on changer de nom en cours de film. Georges fait de cet homme, écrivain de «Fils de chien» («Je serais comme un chien mais propre»), un objet, davantage inscrit dans le décor qu’il ne l’est dans la société. Cette première image que le photographe capte de Viktor, et que Georges a élue pour affiche, en témoigne. Cet homme-chose-qui-marche enlace dans ses bras une chaise, objet du repos. Souvent Viktor est assis à la table d’un bar, écrivant en buvant un café mais son mouvement, synchronique à celui du film, ne s’interrompt jamais. Mais vers où donc Aurélia Georges veut-elle mener Viktor par cette incessante marche du temps ? En vue du final, c’est vers l’oubli, l’ignorance de l’être par l’avachissement de son allure que Georges dirige Viktor. Les deux plans conclusifs sont d’une splendeur éloquente sur la superficialité d’une société qui refuse le retard, la marginalité et l’étrange exception.
Ajoutée le 30 janv. à 18h12
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