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Un visiteur
5,0
Publiée le 31 mai 2009
Situé dans un cadre aussi atypique que magnifique (les marais irakiens, emplacement supposé du jardin d’Eden, que nous voyons se transformer en enfer sous les bottes des militaires), L’Aube du monde est une vraie surprise, une sorte d’ovni cinématographique comme il en arrive peu sur nos écrans. Réalisé avec une grande maitrise et un sens de la beauté peu commun, le film raconte le drame des civils en temps de guerre sans démonstration édifiante ni voyeurisme morbide. S’il mérite d’être vu, c’est aussi pour la beauté des images et de la musique, comme pour l’intensité de l’interprétation : Hafsia Herzi et Hiam Abbass littéralement "habitées" par leurs rôles.
L’AUBE DU MONDE est un film réellement réussi, bien supérieur, et de loin, à un tas de productions insignifiantes qui nourrissent l'agitation médiatique. On est merveilleusement pris par ce film, qui semble venir de loin et qui est traversé de bout en bout par une assurance de vérité rare. Jamais décentré, jamais dans le superflu, toujours dans l'essentiel. L'essentiel rendu perceptible au prétexte d'un lieu et d'une histoire habités par l'épure. Cette diagonale qui relie paysage intérieur et paysage extérieur. Une diagonale invisible, mystérieuse mais salvatrice. Au cinéma, disons que c'est la ligne magique. Elle part du regard du cinéaste et enveloppe l'œil du spectateur. Elle impose sa loi et transfigure les conventions mineures (le cadre de l’histoire, les spécificités du contexte, la typologie des particularismes) en un travail de recyclage le plus subversif qui soit et qu'on pourrait résumer ainsi : l’identité est moins une affaire d'accessoires que d'imaginaire. La force de L’AUBE DU MONDE, c'est qu'il participe d'une telle équation. Aucun des personnages, aucune des scènes, aucun des décors n'échappe au diapason du paysage intime du réalisateur. Genèse de la vertu singulière du cinéaste et du cinéma qu’il nous rappelle avec talent et humilité : il y a la compétence, certes, mais que pourrait-elle valoir sans la grâce? L’AUBE DU MONDE nous y ramène sans faille. C'est précisément ce qui pourrait déranger, ici et là (voir la critique imbécile du magazine Première qui reproche au réalisateur de L’AUBE DU MONDE ses clins d’œil à un cinéma qu’elle qualifie de « vieillot », celui de Bergman et Tarkovski !) Oui, le film d’Abbas Fahdel peut déranger car il défie la plus terrible des cognes, celle de l'ignorance, de l'insignifiance et des idées reçues. Fahdel a fait son (premier) film en résistant à toute trivialité, sans renoncer à son ambition artistique que certains aurait voulu codifiée, normé aux tiroirs prévus pour que chacun tienne son rôle. Son film est pourt
On dirait un film venu d’une autre planète tellement c’est différent de ce qu’on nous propose d’habitude ! Il y a de la beauté dans chaque image, de la poésie, de l’émotion. La dénonciation de la guerre prend une forme inoubliable grâce à la rigueur inspirée de la mise en scène qui réussit à rendre visible l’intenable. Terribles et magnifiques à la fois, les scènes de la fin sont particulièrement marquantes. On en sort ébranlé.
Nous ne connaissons de la guerre (des guerres !) en Irak que les images montrées par nos médias occidentaux, et voilà qu’un réalisateur irakien nous révèle le contrepoint de ces images, une vision de l’intérieur totalement inconnue pour nous (avez-vous déjà entendu parler des Arabes des marais ?) L’Aube du monde est un film paradoxal qui, tout en décrivant sans censure les horreurs de la guerre, le fait avec un tel sens de la beauté que le spectateur ne peut s'empêcher d'y prendre du plaisir (plaisir esthétique s’entend !) Pour déjouer le potentiel mélodramatique du récit, le réalisateur a opté pour une mise en scène dépouillé qui préserve le film du sentimentalisme et impose une certaine "distanciation" au spectateur, ce qui n’empêche pas certaines scènes d’être vraiment déchirantes. Le film évite aussi toute vision romantique ou patriotique de la guerre et présente les protagonistes non pas comme des héros ou superhéros, mais comme de pauvres gens qui essaient simplement de survivre. La guerre est omniprésente mais elle n'est jamais montrée directement. Là où la plupart des films de guerre (ou anti-guerre) se complaisent à montrer la violence sous prétexte de la dénoncer, L’Aube du monde laisse la barbarie hors champ, manière de dire qu’il y a des choses inmontrables et qu’en art, éthique et esthétique sont indissociables. Pour le spectateur français, le film réserve quelques belles surprises, comme celle de voir Hafsia Herzi dans son premier vrai rôle de composition, celui d’une jeune fille (encore enfant presque) qui se transforme en femme dans un contexte dramatique. Beauté racée et regard intense, elle crève littéralement l’écran. A ses côtés, dans un rôle moins important mais tout aussi "habité", on retrouve la grande Hiam Abbass, remarquée dernièrement dans The Visitor et Les Citronniers.
Sang et eau, mort et espoir, vie et survie, pointes d'émotion et poésie crépusculaire, voilà les éléments dont est fait L’Aube du monde, oeuvre tout en finesse, d'une sompteuse beauté formelle, qui touche à un point indicible. Témoignage émouvant sur les atrocités de la guerre et la puissance de l'amour, il laisse une sensation de gorge serré et imprime durablement la rétine.
Si vous êtes convaincu que le langage de soi, sans triche ni posture, est bien plus nécessaire que celui, brouillon et agité, de l'air du temps, vous apprécierez L’Aube du monde. Vous l’apprécierez pour sa forme autant que pour son fond. Mais encore faut-il que vous ayez la possibilité de le voir! Or sorti en catimini, sans la moindre promotion, dans 2 salles seulement (le distributeur est prié de s’expliquer!) le film se voit d’emblée privé de toute chance de rencontrer son public potentiel. Incompréhensible! Inadmissible!
Superbement réalisé, ce film pacifiste montre avec une humanité bouleversante comment une guerre moderne transforme un coin de paradis préservé depuis des millénaires en enfer. Il arrive à nous émouvoir sans jouer la carte "lacrymal" et sans tomber dans la facilité morbide. Les images sont d'une beauté fulgurante, la musique est envoûtante et côté interprétation, Hafsia Herzi est tout simplement sublime.