En bon réalisateur aux thèmes variés, mais ayant tout de même la préférence du thème de l'amour avec ses inspirations très "nouvelle vague" française, Wong Kar-Wai quitte, le temps d'un film, Hong-Kong pour présenter ce "My Blueberry Nights". Autant dire que le réalisateur chinois a trouvé le filon pour attirer le client occidental qui ne serait pas habitué à sa filmographie en faisant de sa tête d'affiche la chanteuse pour midinettes Norah Jones secondée par Jude Law, le chéri de ces dames. Connaissant le talent de Wong Kar-Wai, malgré la présence de têtes d'affiches ultra-reconnues, ça ne pouvait pas être aussi nul que ce que chante cette chère Norah Jones. Et finalement, une fois que les premières notes du générique de fin retentissent, on se dit que Norah Jones ferait mieux de quitter l'univers de la chanson pour se coller au métier d'actrice, sa prestation étant plus crédible que ses étrons musicaux.
Rassurez-vous, je n'ai pas fini de faire ma mauvaise langue, car si "My Blueberry Nights" est un bon film dans son ensemble, il est bien en déça que ce dont nous a habitué Wong Kar-Wai avec ses précédents métrages comme "In the Mood for Love", subblime, ou même "2046". Le problème vient-il du fait que Wong a voulu séduire le public occidental? Peut-être bien car en matière de philosophie amoureuse, on l'avait vu plus inspiré, plus profond. Pourtant, traiter de la solitude en amour et des blessures que cela inflige était une excellente idée. Si le monsieur avait eu le même génie que pour "In the Mood for Love", ça aurait été titanesque. Malheureusement, l'ensemble est trop gentil et pas assez exploité. Pour résumé rapidement, "My Blueberry Nights" suit le parcours d'une jeune femme, Elizabeth, qui après une rupture amoureuse décide de tout plaquer dans sa merveilleuse ville de New-York et de partir ailleurs. On pourrait croire à un road-movie philosophique mais la route n'est que très peu présente. Au contraire, seuls les lieux ou Elizabeth travaille sont présentés. Coupé en trois parties, la première met en avant la rencontre Law/Jones à New-York avant le départ de la demoiselle. Cette première partie est sans doute la meilleure, dans laquelle tous les élements chers à Wong Kar-Wai conçernant les mystères de l'amour sont traités dans des excellents dialogues. Cette première vingtaine de minutes envisage le meilleur mais arrive la seconde partie, ou Lizzie se rend dans une autre ville et travaille en tant que serveuse et barman (barwoman plutôt...) et rencontre un flic alcoolique depuis le départ de sa femme. Autre déception amoureuse parallèle aux aventures de Lizzie. Cette seconde partie est la moins intéressante du lot, dû à ses longueurs et à l'absence de cette atmosphère qui avait habité l'unité de lieu des premières vingt minutes. La troisième remet du punch dans l'ensemble, grâce au personnage joué par Nathalie Portmann de "bluffeuse" et de menteuse dans l'univers des casinos et du jeu d'argent. L'amour père/fille est le centre de cette partie et redresse minutieusement le film du gouffre dans lequel il s'enlisait.
Je ne m'attarderai pas sur la photographie qui est excellente, même si à mon goût Wong Kar-Wai aurait pu enlever quelques effets ralentis, mais rien de bien grave.
"My Blueberry Nights" est un bon film, représentatif des déceptions amoureuses avec un oeil intelligent mais qui aurait mérité plus de fluidité avec un traitement plus profond. De ce fait, Kar-Wai signe un film mineur de sa filmographie, mais sympathique à regarder.