On ne dirait pas comme ça, mais, malgré le fait qu’il n’aient jamais joué ensemble, Stuart Townsend et Emilio Estevez sont beaucoup plus proches qu’il ne semblent l’être au premier abord. “Forts” d’une carrière qui aurait pu être meilleure (le premier, remplacé au dernier moment au casting du “Seigneur des anneaux” est apparu dans “La Reine des damnés” ou “La Ligue des Gentlemen Extraordinaires”, tandis que le second a perdu pied au milieu des années 90), les deux comédiens ont en effet réussi, avec succès, leur reconversion de réalisateur, et ce dès leur premier essai. Plus d’un an après le “Bobby” d’Estevez (récit de l’assassinat de Robert F. Kennedy), Townsend donne donc, lui aussi, dans la fiction inspirée de faits réels avec “Bataille à Seattle”, chronique de ces cing jours de novembre-décembre 1999, où la ville du titre est devenue le théâtre d’une quasi-guerre civile, lorsque des manifestations d’altermondialistes ont mal tourné. Du maire aux manifestants, en passant par les policiers, et la femme enceinte de l’un d’eux, le jeune metteur en scène nous offre une vision globale de l’événement, tout au long d’un film nerveux et engagé, qui fait se rencontrer reconstitution et images d’acrhives, et effectue de nombreux allers-retours entre le cœur et les abords du conflit. C’est d’ailleurs là que la bât blesse, car, s’il nous prend aux tripes avec ses séquences d’affrontements, Stuart Townsend s’égare (et nous avec) lorsqu’il tente de creuser les protagonistes (fictifs) de l’histoire, et ne parvient pas à éviter la sur-dramatisation et les clichés, lors du segment centré sur Woody Harrelson et Charlize Theron notamment, où les violons font un peu tâche à côté des heurts, coups de matraques et jets de gaz lacrymogènes. La réussite de “Bataille à Seattle” s’en ressent donc un peu, même si le film, reste, au final, une assez bonne surprise, forte d’un sujet intéressant, et d’une troupe de comédiens aussi crédibles les uns que les autres.