Les États-Unis et la guerre contre le terrorisme, épisode… épisode combien, tiens ? Il est vrai que le nombre de films sur le sujet s’est tellement accru ces derniers temps qu’il en devient difficile de les compter. Mais leur présence importante augmente aussi le risque de redite. Ce que “Détention secrète” parvient à éviter, merci pour lui, en abordant un aspect encore peu vu (à part dans le “Road to Guantanamo” de Michael Winterbottom) : le programme “Rendition” instauré par Clinton (et, on s’en doute, largement repris par son successeur), permettant l’extradition de terroristes présumés (notez bien le “présumés”, c’est important) vers leurs prisons secrètes, sans passer par les formalités d’usage. Évidemment, tout ceci ouvre en grand la porte à l’abus de pouvoir, comme l’illustre le long métrage de Gavin Hood. Car quand un attentat-suicide, en Égypte, fait une victime américaine parmi les morts, la CIA ne se fait pas prier pour trouver un bouc-émissaire : Anwar El Ibrahimi, ingénieur-chimiste d’origine égyptienne et de retour d’un voyage d’affaires en Afrique du Sud. Arrêté, effacé de la liste des passager de son vol puis extradé, l’homme est emprisonné puis torturé jusqu’à ce qu’il avoue un crime dont même ses bourreaux le savent innocent, tandis que son épouse enquête sur sa disparition, et qu’il est pris de pitié par un jeune observateur de la CIA. Pas forcément le personnage le plus réussi du lot, d’autant plus que ses agissements orientent le film vers un final un peu trop hollywoodien. Avant ça, Hood nous aura quand même pris aux tripes, avec les méthodes révoltantes montrées à l’écran, tout en évitant l’amalgamme “terroristes-peuple”, au gré d’un récit entremêlant plusieurs destins sans trop de grosses ficelles et fort d’une belle astuce scénaristique en fin de parcours. Film coup de poing, le premier essai hollywoodien du réalisateur sud-africain est donc un long métrage qui aurait tout intérêt à ne pas rester secret.