"A Night to Remember" est encore aujourd'hui considéré comme l'un des films les plus sérieux sur le naufrage du Titanic. Il faut dire qu'il avait à l'époque les moyens de ses ambitions, avec un budget de 600 000 livres qui en fit en son temps le film britannique le plus cher. Des dizaines d'acteurs et de décors, construits à partir des plans du Titanic. Et des survivants du naufrage en guise de conseillers techniques !
Cette volonté de précision entraîne une approche documentaire pointilleuse, qui néanmoins sacrifie l'émotion. Les personnages sont pour la grande majorité individuellement peu présents à l'écran, à part certains seulement qui ont un arc narratif marquant. Notamment le second officier Charles Lightoller, qui sera le fil rouge du récit. Ou l'ingénieur Thomas Andrews, présenté comme humble et résigné devant le désastre qui s'annonce.
Il faut dire que l'ensemble ne s'éparpille pas pour présenter ses personnages. La collision avec l'iceberg arrive à seulement 30 minutes. Puis l'on verra pendant 1h30 le chaos s'installer peu à peu, jusqu'au naufrage meurtrier.
Outre ses décors bien reconstitués et nombres de scènes basées sur des témoignages, "A Night to Remember" peut se targuer d'avoir de jolies et impressionnantes maquettes, qui parviennent à rendre l'impression de grandeur du navire... et de déchéance lors de la catastrophe. Ce qui permet quelques scènes qui fonctionnent encore très bien. Je pense aux vrais cascadeurs qui plongent de très haut. Ou à des morts d'enfants, chose rarement montré au cinéma (rappelons qu'il s'agit d'un film britannique et non américain).
Aujourd'hui, il est difficile de ne pas comparer "A Night to Remember" au "Titanic" de James Cameron. Forcément, Cameron a eu des moyens plus modernes, et une connaissance plus développée. Par exemple, on ne verra pas ici le navire se briser en deux, c'était alors inconcevable, et les témoignages de survivants allant dans ce sens n'avaient pas été pris au sérieux. Mais le film de Roy Ward Baker n'a pas à rougir de la comparaison, tant on remarquera avec amusement le nombre de scènes que Cameron a reprises presque telles quelles (les musiciens, plusieurs scènes avec Thomas Andrews).
Autre anecdote amusante : parmi les acteurs, pas toujours crédités, figurent pas moins de quatre futurs Q de long-métrages James Bond, officieux ou officiels ! Peter Burton ("Dr. No"), Desmond Llewelyn (le Q sur 17 films officiels 007), Geoffrey Bayldon ("Casino Royale" cuvée 1967) et Alec McCowen ("Never Say Never Again"). De là à dire que l'on est dans un bon film de Q...