Howard Hawks a toujours affirmé s’intéresser plus aux relations entre les personnages qu’à la progression dramatique de cette intrigue proprement dite d’ailleurs assez conventionnelle. Et c'est ainsi que marche Rio Bravo, western devenu un symbole du genre et on sait pourquoi. Le film ne saurait se résumer à cette simple histoire de duel opposant le petit groupe conduit par le shérif contre les innombrables mercenaires. Bien d’autres thèmes seront abordés en cours de route dont le principal est un leitmotiv chez le réalisateur : la chaude amitié virile exaltée par la tâche qu’il y a à accomplir en commun, mais aussi les difficiles relations hommes/femmes, la vie d’une petite ville frontalière, le sauvetage moral de Dude, etc. Rio Bravo fonctionne donc comme un film à multiples tâches, sans qu'aucune d'entre elles n'aient une fausse note. En effet, Rio Bravo fait partie des films les plus parfaits sortis des studios hollywoodiens, Hawks jouant du classicisme avec splendeur et décontraction. L’intrigue de son film n’a rien de bien originale, sa mise en scène pourrait paraître en apparence banale et pourtant, le réalisateur parvient à créer quelque chose qui frôle la perfection. Tous les éléments de l’histoire et la présentation des protagonistes sont effectués dès les 10 premières minutes du film qui va désormais se dérouler, dans sa majeure partie, en intérieur. Cette claustration d’un genre habituellement dévolu aux grands espaces et chevauchées ne pouvait donner un résultat passionnant que si les acteurs choisis entraient parfaitement dans la peau des personnages qu’ils avaient à jouer (et dont les noms possèdent tous une signification les décrivant) puisque leurs caractérisations et leurs dialogues devaient être ici plus importants que l’action, le décor et les paysages, quasi-absents. Rio Bravo repose donc en major-partie sur les épaules des acteurs, après nous avoir clairement montré qu'en matière de mise en scène, malgré quelques longueurs, il était juste, fort et réaliste. Et quelle surprise de voir cette brochette spectaculaire d'acteurs aussi doués les uns que les autres. inoubliable John Wayne qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles : le personnage qui restera et qui donne l’image la plus juste de ce que John Wayne aura voulu montrer tout au long de sa carrière : l’homme droit, valeureux, professionnel, d’apparence dure mais en réalité proche et affectueux avec ses hommes, maladroit et pataud avec les femmes, celui aussi qui par son charisme cimente un groupe. Tout est parfait dans le jeu de John Wayne et ceci dans ses moindres faits, poses et gestes : sa façon de s’habiller, d’arpenter une rue, de tenir son fusil, de mettre son couvre chef, tout est une création de l’acteur. Dean Martin est quant à lui incroyable. Son ‘sauvetage moral’, sa réhabilitation qui l’amènera à retrouver sa fierté, est l’un des thèmes principaux du film. Le talent de l’acteur éclate aussi bien dans ses moments de détresse et de doute (émouvante scène de déprime après qu’il s’est fait bêtement assommer) que dans ceux où on le voit émerger de l’enfer dans lequel il s’était enfoncé. Walter Brennan dans ce rôle de vieil homme bourru, cabochard, grincheux et truculent mais au cœur ‘gros comme ça ne peut nous empêcher de sortir quelques petits rires tant son personnage est attachant et drôle. Et enfin la ravissante Angie Dickinson qui éclate de talent et de sensualité. Son personnage qui tient la dragée haute à celui joué par John Wayne est à la fois celui d’une femme, au charme provocant, qui n’a pas froid aux yeux, qui sait ce qu’elle veut mais qui possède, elle aussi, des qualités humaines véritables. Au niveau de la mise en scène, il est clair qu'elle peut paraître transparente fait douter certains quant à ses qualités. Mais elle reste pourtant très forte, très juste et donne au film un certain réalisme qu'on ne peut nier. Ainsi, Rio Bravo est le symbole d’un cinéma dans le même temps classique et moderne. Situations classiques, évolution lente mais certaine de personnages à la caractérisation fortement typée, aucune prétention à renouveler un genre bien codifié, scénario bétonné, interprétation au diapason, le mélange de tous ces éléments nous donnant un très bon western à l'image sublime qui n'est pas prêt de se faire oublier.