A l'image de son compatriote Haneke, Ulrich Seidl n'est pas du genre à faire des concessions et choquer ne lui fait pas peur. Import/Export est un film d'une âpreté parfois discutable, qui raconte une Europe en pleine déliquescence, à l'ouest comme à l'est. Ses deux histoires parallèles ont un point commun : la volonté de s'en sortir, vaille que vaille, quitte à accepter les pires compromissions. Le film est souvent sordide mais jamais méprisant pour ses personnages. Le cinéaste autrichien a de l'estomac et des tripes (ainsi qu'un indéniable talent) : ce n'est pas si courant dans une production cinématographique globalement aseptisée
Une description singulière de ces petits détails décalés (gestuelle, accessoires, vêtements) d'un monde faussement simple. Mais le cinéaste pourrait avec fierté revendiquer la filiation d'un Tati pour le cinéma classique et d'un Kaurismäki pour le contemporain. Il est en outre courageux dans sa volonté de filmer sans concessions des personnages et des situations qui suscitent d'ordinaire l'autocensure de ses pairs et le malaise du spectateur, sans sombrer dans le voyeurisme ou le sentimentalisme. Il est surprenant que ce film révélé au Festival de Cannes 2007 ait mis près de deux ans à trouver une sortie sur nos écrans.