Déjà, il y a dans "Et puis les touristes" l'apologie plus que discutable du commerce forgé sur les camps de concentration, très vite métamorphosés en centres touristiques bénéfiques sous prétexte que personne ne doit oublier l'horreur de ces innommables massacres. Se basant sur cette facette du drame, son après, la mémoire à entretenir, les écarts malheureusement inévitables qui se creusent entre les générations l'ayant vécu et les plus jeunes, Robert Thalheim réalise une fiction quasi-documentaire, comme un reportage, un témoignage sur l'oubli et l'irréparable. Mais rien ne dissocie un personnage d'un autre ; ainsi la victime semble aussi peu concernée que ceux qui l'écoutent, des humains fades et inintéressants, mollement interprétés par une série d'acteurs peu enthousiastes. Le scénario, très carte-postale intime, navigue dans des eaux troubles, mélangeant l'idée d'une certaine mouvance paysagesque et les installations raides lors de longs dialogues. La fadeur de l'inflexion des cadres assemblée à la lourdeur du montage et la perforation qu'il effectue dans le récit plombent le film et lui enlève toute trace de sincérité. On ne sait pas trop quoi retenir de ce pseudo-drame mélancolico-carnavalesque aux enchaînements thématiques déliés, lourd hymne à la mémoire et au présent, ennuyeux devoir, rigide, froid et désagréablement rugueux dans son approche volontairement inattachante de l'humain. A la limite des tics auteurisants et scolaires (caméra à l'épaule, éclairages pauvres, absence de psychologie pour soi-disant expérimenter la recherche subjective), parfois mièvre dans son application sans génie des conséquences du drame, des gens qui ne sont plus grand-chose et n'ont plus que la transmission comme avenir et espoir, "Et puis les touristes" est une oeuvre inoffensive, sans effet, dont on ne saura plus tard qu'elle a existé que grâce aux quelques pélerins qui, tels des touristes, sont allez faire un tour devant.