J’ai pu découvrir le cinéma de Jeff Nichols grâce au bouleversant Take Shelter, sorti début janvier sur nos écrans. Ce dernier était d’ailleurs une double découverte, puisque c’est aussi Michael Shannon qui était apparu à moi comme un excellent acteur. Il n’est nul besoin de détailler davantage les raisons qui ont fait que je me devais de découvrir Shotgun Stories, premier long-métrage du réalisateur. La première chose qui surprend, c’est le grand calme qui a l’air de précéder la tempête, dans une atmosphère aussi apaisante qu’étouffante. Tout du moins, c’est ce que pourrait laisser présager un tel pitch, où les armes semblent détenir une part importante du film, allant même jusqu’à occuper le titre. Et pourtant non, le calme demeure encore et encore. Cette sérénité a beau éclater à certains moments, c’est à l’intérieur que ça bouillonne. Dès lors, on peut se dire que Shotgun Stories n’est ni plus ni moins qu’une ébauche de Take Shelter, où l’utilisation du silence sera présente jusqu’à ôter à la fille du protagoniste son pouvoir de parler. Par ailleurs, Michael Shannon n’a pas véritablement d’occasions d’exploser face à la caméra, ici, tandis que cette année, il est le détenteur d’une des plus marquantes interprétations en père de famille psychotique. On peut très certainement expliquer cela par le simple fait que, dans Shotgun Stories, le personnage de Shannon soit un ainé devant faire de son mieux pour fournir à ses deux frères le modèle qu’ils n’auront jamais eu. Ainsi, la performance de l’acteur est un savoureux mélange de justesse et de simplicité. C’est d’ailleurs à l’image du film tout entier que correspond le personnage. En effet, sans exposer une immense virtuosité, Jeff Nichols livre un long-métrage beau, fort et poétique où la paix semble aussi important que les liens familiaux, qu’ils soient saccagés ou non. Il aura donc fallu au réalisateur ni plus ni moins d’un seul et unique film pour parvenir à un tel partage d’émotion et de puissance, qui se trouvera par ailleurs à des sommets quatre ans plus tard dans Take Shelter. Shotgun Stories, ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais l’annonce d’un grand film. Si la modestie du long-métrage est nettement perceptible, on lui reconnait cependant un charme indéniable qui ne laisse pas de marbre.