La crise survenue en 2008 est toujours un sujet d'actualité. Les chaines de télévision y font presque tous les jours allusions (de manière plus ou moins voilée). Mais le grand écran a aussi son mot à dire là-dessus. Margin Call, Wall Street: l'argent ne dort jamais ont tous les deux choisi de situer leur intrigues en plein centre du cataclysmique évènement ayant bouleversé l'économie mondiale. The Company Men, sorti entre ces deux films, est quelque part le juste milieu. Son étude de caractère à propos de 3 hommes, fraichement licenciés d'une grande firme pour "raisons économiques", rappelle le premier. Son épilogue et son message le rapproche par contre plus du second.
Du chaos professionnel dans lequel ces trois ex-employés (parmi tant d'autres) se retrouvent, on finit par déceler 3 âmes perdues, qui vont doucement et douloureusement accepter une vérité ainsi que toute l'absurdité qu'elle entraîne. Pourquoi les plaindrions-nous ces gaillards? Ils avaient un train de vie bien supérieur à la majorité de leurs concitoyens. Maisons (très) spacieuses, voitures de luxe, addition de 500 $ pour un restaurant. Ils vivaient pleinement le rêve américain. Pourtant, on les plaint.
Car comme nous, ils mesurent les conséquences sur leurs vies et sur ce système pour lequel ils consacraient leurs forces. Le ton du film est amer, ce qui peut rendre sa vision difficile. Mais c'est pourtant cette dureté qui le tire vers le haut. Car arrivé à sa fin, qui prône le retour du "travail concret", on verse dans une morale trop facile.
John Wells, scénariste-réalisateur dont c'est le premier film, délivre une copie plus qu'honnête. Sa réalisation colle à ses personnages. Bon choix, puisqu'ils sont interprétés avec force. Ben Affleck est impeccable en Bobby Walker, ex-golden-boy qui assiste, impuissant, à l'effondrement de son univers. Chris Cooper est quant à lui touchant dans le rôle de Phil Woodward, dont le licenciement plonge sa vie de famille dans une épouvantable inertie. Enfin, Tommy Lee Jones est parfait en Gene McClary, pilier de mélancolie et de regrets qui semble incarner à lui-seul cette Amérique face à ses erreurs.
Un terrible sujet, cette crise financière. Mais ironiquement, il donne des idées à Hollywood. Et elles ne sont pas mauvaises du tout.