Johnnie To, le maître hong-kongais du thriller. C'est mon premier film de Johnnie To. Eh bien, je le concède, le bonhomme est fort. Y'a de l'originalité, de l'identité, de la substance. Il ne se contente pas de puiser dans les repères classiques du thriller: à la fois dans sa mise en scène et dans son scénario, Vengeance trace son propre sillon dans l'immense champ du genre.
C'est donc l'histoire d'un père qui débarque en Chine pour régler les comptes de sa fille, qui est impliquée contre son gré dans une histoire de dettes mal réglées entre son mari et des membres de la Triade. Sa fille lui demande clairement (plus ou moins, elle est dans un état quasi-comateux après avoir reçu plusieurs balles dans le crâne) de la venger. Mais avec peu d'indices et peu de repères dans la jungle souterraine de Beijing, il aura besoin de renfort: 3 tueurs à gage qu'il rencontre par hasard et dont il va s'attacher les services rapidement. Simple, et même simpliste, non? Sauf que la suite va doucement élever le film en termes de qualité, grâce notamment à une immersion plus qu'intéressante (car neutre) dans le monde des tueurs à gage. On oscillera entre le western et la tragédie classique, quand, au milieu de fusillades très joliment filmées, les protagonistes se poseront un instant pour se considérer l'un l'autre, avec respect et selon le code d'honneur du milieu. On ne tue pas les enfants. On respecte la famille. On ne se défile pas quand un autre nous défie. On n'a pas peur de la mort. Au contraire, on s'y jette, à la manière de cette magnifique scène finale ou les buttes de déchets serviront d'ultimes remparts face aux balles des ennemis. Le tout est surplombé d'une atmosphère théâtrale, quasi-irréelle, où les tireurs sont carressés par un souffle épique. Ce n'est pas tant une élégie au meurtre et à la violence qu'un regard éploré vers ces gens comme les autres, qui, baignant constamment dans les eaux obscures de la bassesse humaine, font de l'honneur et de l'honnêteté leur unique bouée.
Seul tache qui vient gâcher la limpidité de l'ensemble: l'interprétation. Certes, le personnage du père convient bien à un inexpressif comme Johnny. Mais son jeu d'acteur est tellement pitoyable qu'il n'est même pas capable d'éviter le ridicule lors des rares scènes où l'interprétation compte. C'est dommage de devoir grincer des dents devant un tel travail simplement en raison d'un mauvais casting. Pourquoi avoir pris Johnny?
Vengeance est malgré tout un petit bijou de cinéma, qu'il ne faut rater sous aucun prétexte. Même pas celui de ne pas supporter le Johnny Halliday acteur.