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Classique kafkaïen du 7e art, régulièrement cité comme œuvre culte, "Brazil" restera certainement comme le film référence de son réalisateur Terry Gilliam. De tels louanges rendent le film immanquable pour tout amateur de cinéma… et je dois admettre que je ne partage absolument pas l’emballement général pour ce "Brazil". Certes, les intentions du réalisateur, qui entend dénoncer l’absurdité de l’administration à outrance, sont louables, de même que ses efforts pour s’éloigner des sentiers battus tant sur le plan du récit (l’onirisme et les faux semblants viennent côtoyer le fantastique et le comique) que sur le plan de la mise en scène (où Gilliam prend de sacrés risques, à commencer par les scènes de rêves de Lowry). Mais l’originalité (et le mélange des genres) prend ici une place particulièrement disproportionnée, au point de friser l’excès de style, et s’avère avoir terriblement vieilli aujourd’hui. Il faut dire que "Brazil" cumule à peu près tous les travers des films intello des années 80 avec son grain d’image vieillot, son ambiance sombre, ses mouvements de caméra improbables ou encore son ambiance jazzy. On aura également du mal à ne pas trouver le scénario franchement bordélique, l’intrigue ressemblant, par moments, à un patchwork d’idées maladroitement accolées les unes aux autres. Les exemples plus symptomatiques restent certainement les interventions intempestives du mystérieux Tuttle (Robert de Niro) ou des deux réparateurs (dont un Bob Hoskins survolté). On pourra toujours imputer la responsabilité de ce scénario rapiécé au conflit ayant opposé Gilliam à ses producteurs (l’un des plus célèbres conflits du genre). Cependant, un tel bricolage a un point positif puisque "Brazil" nous réserve quelques séquences qui, prises isolément, sont très réussies à commencer par la cultissime scène où la mère du héros (campée par Katherin Helmond) se fait tirer le visage chez son chirurgien esthétique (formidable Jim Broadbent). On retiendra également quelques personnages plutôt amusants campés par la crème des acteurs britanniques tels que Ian Holm, Ian Richardson ou encore Michael Palin. Heureusement, d’ailleurs, que ces quelques scènes et ces personnages amusants viennent émaillées le film car, pour le reste, outre un rythme pour le moins incertain, j’ai été profondément ennuyé par le héros Sam Lowry (joué par un Jonathan Pryce qui ne démérite pas mais qui n’a pas franchement les épaules pour un premier rôle), sorte de pleurnicheur érigé en victime perpétuelle d’un système qui le dépasse. J’admets que sa passivité (il subit les événements plus qu’il ne les provoque… sauf en rêve) et son amour impossible avec l’énervante Jill (la méconnue Kim Greist) ont eu du mal à me toucher. La faute sans doute au manque de subtilité avec lequel Gilliam dépend la place de l’Homme dans une société déshumanisée, qui a visiblement enchanté les contestataires et les anarchistes mais qui m’a, personnellement, un peu gonflé. Un peu plus de charisme pour le héros n’aurait pas forcément été de trop. Seule la scène finale, magnifiquement désespérante, vient sauver l’intérêt de ce personnage fade au possible. Pour le reste, "Brazil" a beau être une œuvre marquante ayant influencé bon nombre de cinéastes, il n’en demeure pas moins, pour moi, un film bordélique, daté et franchement chiant.
Ajoutée le 24 déc. 2012 à 12h21
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