Cannes l'a nommé 'Révélation' . Pourtant on ne voit pas vraiment ce jeune artiste (19 ans) aller vraiment plus loin, pousser plus la forme ainsi que le fond dans une future carrière qui semble déjà finie. Cela n'est pas un reproche, ni à lui ni à ce premier film, d'un excellent niveau, mais tout simplement parce qu'à la figure de Xavier Dolan, on voit une gêne de cinéma à travers ce désir de filmer. A part filmer sa vie, sa douleur, faire du cinéma une catharsis magistrale, on y voit que l'oeuvre ultra-aboutie d'un cinéaste si mûr qu'il est déjà enfermé à n'être qu'une promesse non construite, chez laquelle le cinéma n'est ni un dialogue partagé mais un dialogue bienfaiteur pour soi-même. "J'ai tué ma mère", film original et fort sur thème chiant et éculé, réussit la prouesse d'être placé dans un univers lié à l'inconscient, une représentation kitsch ou dramatique des faits, et d'être en même temps un film de mise en scène extrêmement agile. Il manque certes l'émotion, fatalement à la lisière des drames vécus par les personnages (qui sont ses drames, et pas les nôtres). Peut-être Xavier Dolan ne sait-il pas faire partager les endurances qu'il décrit, il ne parvient pas à les faire notre ce qui, pour notre confort, nous laisse extérieurs à la tragédie maternelle. Il se créé une distance entre le film et le spectateur qui, tout en créant un rythme lancinant et nuisible, n'entâche en aucun cas le talent tout particulier de son jeune metteur en scène : idées scéniques, inspirations scénaristiques, il se mêle dans ce film-tableau un patchwork de scènes fortes naissant d'un mouvement continu issu de la vague contemporaine de chez Pollock (que Dolan cite justement), ainsi qu'une imagerie underground qui donne au film le profil d'une oeuvre douloureuse dans son simple quotidien peu reluisant. L'ôde à la différence (homosexualité, rejet des normes familiales et des études), comme chez Gus Van Sant et Honoré dont les présences sont plus qu'odorantes, est ici le vecteur de l'a