Le premier film de Xavier Dolan, c'était lui. J'ai tué ma mère, tiré de son écrit Le Matricide, qui raconte l’histoire d’un adolescent qui haït sa mère en même temps qu’il l’aime, « mais pas à la manière d’un fils ». C’est une relation de conflit, d’harmonie, d’inégalité constante dont l’auteur a su restituer tout le trouble qu’elle a déclenché en lui. Il fait la découverte en même temps de plusieurs expériences, l’homosexualité, la fugue, l’ostracisme, un isolement complet dont il ne tire rien, sauf de la rage. Hubert est en ébullition, c’est un révolté prêt à éclater à tout moment, qui gueule contre le monde. C’est un film tout d’abord autobiographique qu’a voulu réaliser Dolan, un film sur un amour qui explose inexplicablement, qui prenait ses sources dans l’enfance puis se finit dans l’adolescence où sa nature devient contradictoire. Pourquoi haït-il à ce point sa mère ? C’est une question dont on connaîtra les ressorts sans en connaître la réponse… Ainsi c’est sa confusion, sa violence contenue que transpose Dolan à l’écran. Avec un certain brio, une maturité étonnante. Certes, la réalisation est simple mais juste, et annonce celle, plus fulgurante, plus électrique qu’on avait adoré dans Mommy. D’ailleurs, si l’essentiel réside dans la réflexion sur cet amour-haine perdu entre la sobriété et la fièvre ingérable d’Hubert , la radicalité des sentiments ne s’exprime ici que par des coups de gueule géniaux et des séquences musicales plutôt bien faites mais plus troublantes que jouissives. J’ai tué ma mère témoigne surtout d’une nécessité de parler, d’expliquer les eaux troubles de l’adolescence, sa violence, la colère qu’elle interpose vis à vis des êtres qu’on est sensé aimer, l’ignorance de son identité, de sa moralité, durant laquelle on ressent des choses que le silence explique mieux que les mots. Et ça, Xavier Dolan l’avait déjà compris. A dix-neuf ans.