Xavier Dolan et moi c'est assez moyen, ma première fois c'était "Tom a la Ferme" à sa sortie au cinéma, je n'avais pas du tout mais alors pas du tout aimé, rarement (voire jamais) je ne m'étais autant ennuyé face à un film, long, caricatural et narcissique, une virgule inutile, ensuite "Laurence Anyways" m'a réconcilié immédiatement avec le prodige québécois, c'est probablement le meilleur film de ces dernières années, d'une splendeur grandiose et juste ...beau. Après est venu "Mommy", son "Black Swan" à lui qui lui a valu un engouement immense allant jusqu'à faire passer la sortie de "Gone Girl" pour une événement discret, puis j'ai découvert "Les Amours Imaginaires", c'est un peu comme "Tom à la ferme", un cyclone d'ennui mais une claque esthétique, bon au moins celui là ne m'a pas poussé à m'endormir.
Et maintenant je découvre son premier, "J'ai Tué Ma Mère", je m'attendais à détester comme je n'ai pratiquement aimé aucun film ou Xavier avait le rôle principal, surement par peur de la sublimation trop grave et du narcissisme trop aiguë et finalement qu'elle bonne surprise ...
Dans une vague de mélancolie le jeune réalisateur (19 ans à l'époque) dissèque la relation aimante et haineuse entre une mère et son fils. Après avoir bluffé Suzanne Clément et Anna Dorval de part sa maturité, Dolan les dirige toutes les deux d'une façon virtuose. Multipliant les effets de styles on en arrive à nous demander comment un mec a pu faire ça à un tel age. "J'ai Tué Ma Mère" est un cyclone émotionnel total à la fois drôle et dramatiquement aérien, ce qui fera la recette des films du petit Xavier, ce style consistant à sublimer les personnages à travers des ralenties esthétiques et calibrés pour être beau, si dans "Mommy" ça s'approchait du mauvais gout dans "Les Amours Imaginaires" et "J'ai tué ma mère" cela fonctionne avec brillo.
Plans cadrés de travers pour illustrer la distance entre les deux protagonistes et le monde en soit, poème venant intervenir dans le cadre pour rappeler le contexte de la situation et bien entendu reprise des grands classiques de la musique pour arriver à un huis clos mélancolique et beau. Mais qui devons nous détester ? La mère qui préfère regarder la télé plutôt que de faire attention à son fils ? Ou le gosse qui se montre violent et égoïste ? Autant les deux que aucun, ils sont tous les deux aussi attachants que repoussants, tous provoquent le malaise de l'autre. Comme chaque être humain au final. L'un est hanté par ses désires, l'autre ne veut rien à part un peu de chaleur, l'un est un artiste né, l'autre est une inculte aux goûts plutôt beauf. Xavier Dolan dresse ce portrait comme un duo amoureux et familiale auquel on s'identifie mais surtout auquel on croit, si il s'amuse à faire le gars un peu trop perfectionniste c'est tout à son honneur et à celui du film dont la puissance n'a d'égal que la finesse et son environnement minimaliste et sombre mettant en image le quotidien de tous les jours de manière touchante et sans concession avec des acteurs émouvant en plein cœur jouant avec un réalisme extrême.
Bref, si au final ça ne vole pas aussi haut que ça aurait pu, pour un premier film "J'ai tué ma mère" est absolument magistral et impressionnant de part sa maîtrise, un très bon Dolan, loin des somnifères qu'il a pu commettre mais aussi très loin de ses plus grands films. Pour finir un artiste à vu le jour.