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Patrick Braganti
101 abonnés
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4,5
Publiée le 5 juillet 2012
Curiosité ô combien satisfaite et récompensée avec Summertime (titre français de The Dynamiter), film remarquablement tenu sans artifice ni pathos qui vous colle à la mémoire comme le tee-shirt poisseux de Robbie Hendrick lui colle à la peau. Pour l’adolescent qui va fêter ses quinze ans, c’est un été déterminant qui s’avance vers lui. En charge d’un demi-frère grassouillet et d’une grand-mère mutique, délaissé par une mère barrée en Californie et par un père inconnu, Robbie espère dans le retour de son aîné Lucas la perspective d’un redémarrage. La déveine reste évidemment toujours du même côté, celui où les miséreux, les travailleurs pauvres et les laissés-pour-compte entrevoient de manière de plus en plus floue et lointaine un rêve américain définitivement hors de portée. Summertime repose presque entièrement sur les épaules du jeune Robbie, qui admire et idéalise son grand frère dont il possède déjà le physique robuste et musclé, ce qui ne l’empêche pas d’endosser avec cran et résignation le rôle du chargé de famille, en protégeant et éduquant le fragile Fess et en acceptant un travail ingrat pour l’été. Une saison qui, au cœur de la nature luxuriante des rives du Mississippi, est synonyme d’extrême chaleur et de moiteur étouffante. Une sensation parfaitement perceptible à l’écran tant Matthew Gordon parvient en effet à capter et rendre une atmosphère de torpeur qui imprègne les mouvements syncopés des acteurs – au passage, tous de formidables non-professionnels au premier rang desquels le magnétique William Ruffin.
Élève bagarreur, Robbie se voit confier la mission par le directeur de son école de rédiger une dissertation durant ses vacances. Cette pirouette scénaristique a le mérite de faire entendre en voix off les réflexions (et donc les écrits) teintés d’amertume et d’une triste lucidité de Robbie. Summertime parie sur la sobriété, la saisie au plus près des corps et des visages et montre dans une approche sensorielle la trajectoire d’un adolescent livré à lui-même et devant prendre son destin en main puisqu’aucun adulte n’est assez fiable pour le soutenir et le conseiller. Sans fioritures, avec une rugosité qui n’annule jamais la douceur réelle qui se dégage de l’ensemble, Matthew Gordon ne souffre aucunement de la comparaison avec Jeff Nichols, autre nouveau venu particulièrement doué dont la première œuvre Shotgun Stories empruntait aussi à la thématique des familles déchirées et belliqueuses. Moins violent, plus dépouillé et plus tendre, Summertime se révèle une vraie réussite, mélange subtil de documentaire et de romanesque dans un style élégiaque et organique.
Si, dans ce drame familial plein de sobriété, le jeu des deux jeunes acteurs et le travail du chef opérateur sont bluffants, c'est regrettant que la narration ait tant de mal à se mettre en place. Les personnages de cette peinture sociale se dessinent avec difficulté à travers une longue succession de non-dits alors que l’histoire de cette famille décomposée et l’évolution psychologique du jeune Robbie ne trouvent leur sens que les vingt dernières minutes. Beaucoup d’émotions donc et une image inattendue de l’Amérique rurale malgré un scénario mal huilé.
Je suis sortie hier de ce film, bouleversée par cette pousse d'homme qui tente de porter à bras le corps une (absence de?) famille. Comment ne pas se laisser porter par la chaleur de cet été qui transparait dans les flots de lumière et le chant des criquets? En bref une très belle réalisation et des acteurs plus vrais que nature. Un moment hors de notre temps speed et urbain dont on sort paradoxalement à la fois apaisé et ébranlé.
Chronique d'un jeune adolescent dans son Mississippi natal. Plus mature que son age parce qu'en proie à la volonté de ressouder sa famille, parce que livré à lui-même, parce que les mauvais coups peuvent etre tentants. Plus mature parce que poursuivi par son obsession: créer une famille. De recomposition ou de substitution, peu importe, le monde est trop grand pour le jeune héros. Et, à sa famille dysfonctionnelle, on notera que notre jeune héros se liera d'amitié avec une afro-américaine et son frère, ce qui pour un film se déroulant dans le sud des états-unis, révèle un esprit d'ouverture pour un film un tantinet trop sage. Au final, un beau portrait aidé par les magnifiques décors naturels du Mississippi qui donnent un aspect à la fois réaliste et poétique à cette histoire, ou l'influence de Terrence Mallick est patente (innocence, morale, transmission). B.O country assez plaisante.
très beau, très émouvant bref a voir. on peut donc faire des films intimistes intelligents beaux pour 250 000$... que les freres poladydes en prennent de la graine
C'est quand Matthew Gordon se rapproche le plus de Terence Malick, de la suggestion des situations, de l'envoûtement de la nature, de la poésie des caractères qu'il nous émeut le plus. L'histoire du passage de l'enfance à l'adolescence, des rapports entre frères, des malheurs familiaux, des premières amours maladroites n'a rien en soi de très original. Le cadre moite du Mississippi, la présence d'adultes attentifs et plutôt bienveillants apportent un surplus d'âme à cette histoire à la fois sordide et édifiante, à la mode des romans d'apprentissage du 19 ème siècle. Le traitement cinématographique est classique avec une attention particulière pour les éclairages de cet été tristounet. L'accompagnement musical pertinent donne du rythme à un déroulé parfois un peu mollasson.
Voici ce qu'on appelle un premier film plein de promesses. Summertime (The Dynamiter en V.O), de Matthew Gordon, n'a pourtant rien d'un prix d'excellence quant à l'originalité de son scénario. Un coin paumé du Mississipi, un garçon de 15 ans qui essaie de lutter contre ses penchants de délinquant, un petit frère à protéger et un plus grand dont il faut se méfier. Mais cette chronique est fort sensible et n'use jamais de raccourcis faciles. La direction d'acteurs est l'une des forces de ce jeune réalisateur auquel on pardonnera une poignées de maladresses dans la narration. En revanche, sa mise en scène est élégante et le montage d'une fluidité parfaite. Summertime vaut bien Shotgun Stories, de Jeff Nichols, dont on sait quel cinéaste il est devenu depuis ce premier essai. On reparlera très vite de Matthew Gordon, avec un scénario plus étoffé et des moyens financiers à la hauteur de son ambition.
"Summertime" est dans la lignée de ces films qui, comme l'excellent "Winter's Bone" l'an dernier, racontent une autre Amérique, l'envers du décor. Matthew Gordon a choisi d'être au plus près de son sujet, se concentrant sur une seule histoire, ou plutôt un bout d'histoire, celui du moment où Robbie, bientôt 15 ans, doit renoncer à ses rêves (pourtant simples : réunir sa famille). Le film est court, Gordon ne se perd pas dans des considérations superflues, les acteurs amateurs sont excellents : la simplicité paye et "Summertime" s'avère être une très bonne surprise. Gordon prétend décrire "l'anti-rêve américain", mais ce n'est pas totalement vrai : pour s'en sortir, son personnage devra revenir aux vraies valeurs (la famille - même si ce n'est pas celle qu'il espérait-, la religion - discrètement évoquée mais présente), et reprendre la route en quête d'un futur meilleur. Au final "Summertime" ne raconte pas l'histoire d'un gamin qui s'en sort, mais celle d'un gamin qui décide de s'en sortir. C'est peut-être un peu conservateur, mais s'en soucie t-on vraiment ?
Magnifique film sur la vie américaine vue par des millions d'américains. Bien loin du rêve américain, Summertime est un trésor brut de subtilité. Les acteurs novices sont exceptionnels. Un film coup de coeur qui est pour moi le plus beau de cette année !