Film très solide que Snake Eyes, que je vois souvent comme un film où Brian de Palma réussit à être fidèle à lui-même, tout en étant plus accessible que dans la plupart de ses films, à un public moins initié.
Le casting est très attrayant. Nicolas Cage cabotine un peu outrageusement, mais il hérite vraiment d’un rôle typé pour lui plaire, excentrique, nerveux, bavard, et il s’en empare avec un plaisir manifeste. Face à lui Gary Sinise est très bon, sobre, froid, méthodique, un côté un peu plus séducteur n’aurait pas été de refus. Comme souvent chez De Palma les femmes ne sont pas en reste, et on se retrouve ici avec la sublime Carla Gugino, délicieusement mise en valeur, et trouvant un rôle plaisant qu’elle conduit avec maitrise. Quelques têtes connues dans l’arrière-plan, notamment cette trogne reconnaissable entre mille de Luis Guzman !
Le scénario est intelligent. Pas beaucoup de suspens, mais de la tension, et un mystère malgré tout qui plane sur le rôle exact de chacun. Snake Eyes est un métrage ludique, en temps réel, qui distille une enquête plaisante, sur fond de thriller politique, dans un huis clos, qui vire à la fin au bon métrage d’action ! On passe un très bon moment de divertissement, même si le film apparaitra un peu léger pour Brian de Palma, qui aurait sans doute pu offrir une intrigue plus machiavélique.
Formellement c’est là que Snake Eyes marque pas mal de point. Porté par la mise en scène virtuose de Brian de Palma (le plan d’ouverture, les travellings, les choix dans les angles de vue…), par une photographie de tout premier ordre (magnifique jeu de couleurs), Snake Eyes ne manque pas d’allure, est rappel qu’on a affaire au film d’un réalisateur chevronné et talentueux. Le travail sur les décors est un peu inférieur mais ça reste d’un bon niveau, tandis que musicalement il manque un peu le thème mémorable, celui qui retient l’attention durablement.
C’est certain Snake Eyes est, pour le néophyte une bonne entrée en matière dans le cinéma de Brian de Palma. On goute le réalisateur, dans un cadre plus classique que ses films plus personnels comme Pulsions ou Body Double par exemple. Reste que si ce film est supérieur au second nommé, il n’a pas la force, l’originalité, du premier, et, plus globalement des meilleurs films du réalisateur. Mais on est quand même dans le haut de sa filmographie. 4.